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Chantiers Inattendus Présentation
— du 21 au 23 janvier 2004 —

Pendant le festival Les Inattendus 2004, se tiendront des chantiers de réflexion sur la construction des alternatives dans le cinéma et l'audiovisuel.


Une quatrième édition en temps de crise

Quelles alternatives pour la création et la diffusion ?

La lutte des intermittents de l’été 2003 a été le signe d'une crise profonde. La prise de conscience brutale que le système de production cinématographique et audiovisuel français était en train de céder sous la pression de logiques marchandes qui, insidieusement avaient perverti les systèmes sensés soutenir la création et ceux destinés à garantir une protection sociale dans les métiers du spectacle. Au même moment, la notion d'oeuvre audiovisuelle était battue en brèche, la SCAM faisant entrer pour la première fois à son répertoire une émission de "télé-réalité". Cette année 2003 fut donc celle du constat amer des avancées d’une logique libérale dans le champ culturel français. Ainsi plus que jamais, notre festival se veut une niche, un îlot. En ces temps de crise, nous tenterons aussi d'être le lieu d'une réflexion collective... Pendant la journée, les réalisateurs invités se mettront au travail. Ils confronteront leurs pratiques, et tenteront de réfléchir de manière concrète à de nouveaux circuits de production et de diffusion de films. Ils se questionneront sur un statut et une économie possible pour ces structures alternatives.

Des chantiers de réflexion rassembleront des invités porteurs de démarches collectives. Ils seront ouverts aux réalisateurs, producteurs, diffuseurs intéressés, mercredi, jeudi, vendredi, 14 à 17 heures, à la Mutualité.

A travers ces groupes de travail, nous nous demanderons s’il est devenu nécessaire aujourd’hui d’imaginer des circuits de production et de diffusion " autres " que ceux en place, et pour quelles raisons.. Nous ferons un retour sur des expériences passées comme la création des coopératives dans les années 70, et nous tenterons de situer notre analyse dans un contexte économique global.

Dans un deuxième temps, nous réfléchirons au " comment faire ? " Nous nous questionnerons sur un statut et une économie possible pour ces structures alternatives. Pourquoi défendre le statut de producteur associatif ? Quelle est la pertinence du modèle économique du tiers secteur dans le champ de l’audiovisuel ? Nous nous tournerons aussi vers l’exemple belge des ateliers d’accueil et de production.

Une synthèse publique le vendredi 23 janvier, à 21 heures à la Mutualité

Les Inattendus existent parce que depuis 1997, la rencontre a lieu, entre des films libres, et un public habité d’un même état d’esprit. Aujourd’hui, si quelque chose de neuf peut s’inventer, si de nouveaux réseaux de circulation des films peuvent se mettre en place, ce sera en prolongeant cette rencontre, à travers un désir et une volonté commune des spectateurs et des cinéastes.

Ainsi nous convions le public vendredi soir, à partager la réflexion du groupe de travail lors d’une séance de synthèse publique. Dans ce Palais de la Mutualité, qui est cette année notre lieu d'escale dans nos pérégrinations urbaines nous voudrions inscrire un instant d’utopie, celle de créer d’autres relations entre cette société qu’on dit "civile", et ceux qui s’autorisent ou s’essayent à traduire la vie en images et en sons.





Chantier n°1 : Collectifs artistiques, ateliers de fabrication de films

Aujourd’hui, l’évolution technique en vidéo donne une nouvelle marge d’indépendance aux cinéastes notamment dans le documentaire. Un film peut être tourné, monté, conformé et mixé, avec des outils légers.. Les " aides en industrie " apportées par les chaînes de télévision sont de moins en moins indispensables à la finalisation des films. Les cinéastes peuvent s’engager dans leur projet, portés par une pure nécessité personnelle et peuvent ainsi s’affranchir de la demande des télévisions et se dégager de cette situation de commande sous—jacente qui a miné la création.

Accompagnant ces évolutions techniques, on assiste, semble-t-il, à un renouveau des collectifs artistiques. Si pour faire un film, il n’est pas forcément indispensable de passer par une élaboration préalable écrite, la conduite d’un projet cinématographique jusqu’à son terme semble bien rester une expérience collective, complexe et de longue haleine qui nécessite des savoir-faire, un rassemblement d’énergie et des complémentarités.

L'atelier rassemblera des documentaristes, des cinéastes expérimentaux, et des artistes qui travaillent en vidéo qui confronteront leurs manières de faire, en se demandant si, aujourd'hui, leurs problématiques respectives ne viennent pas se recouper. La question a été ouverte, l’an passé, par le manifeste " c’est pas mon genre ! ". Nous souhaitons la prolonger, soucieux de pas laisser instrumentaliser la notion " de genre " cinématographique.

Au cours de cet atelier, nous nous tournerons aussi vers la Belgique.. La diversité, la liberté de ton des réalisations issues des ateliers belges, qui nous étonne depuis 1999, est pour nous un véritable antidote au formatage télévisuel. Cette production est aussi révélatrice, en creux, du manque de souplesse de nos fonctionnements institutionnels, et de nos modes de pensée. En France, on ne trouve pas d’équivalent à ce type de structures que l’on peut qualifier " d’intermédiaires ", qui sont des espaces d’apprentissage et d‘expérimentation. Nous avons donc eu envie de nous inspirer aussi de cette " manière belge " pour conduire la réflexion dans cet atelier..

L’objectif sera d’imaginer des alternatives pour produire autrement, et d’élaborer des propositions d’autres formes de soutien pour ces pratiques du cinéma qui donnent une place centrale à l’expression artistique, et qui viennent bousculer les frontières entre les genres cinématographiques.





Chantier n°2 : vers une nouvelle coopérative de distribution ?

Dans le cinéma expérimental, le modèle de la New York Film-Makers’ Cooperative, première coopérative de distribution de films expérimentaux, crée dans les années 60, a fait son chemin. En France, les distributeurs Light Cone ou CJC (Collectif Jeune Cinéma) effectuent un travail depuis de longues années et possèdent à l’heure d’aujourd’hui un catalogue impressionnant de films qu’ils cherchent à promouvoir.

Ces distributeurs sont le lien incontournable pour les diffuseurs qui viennent louer les films chez eux, 70% de la recette est alors redistribué au cinéaste. Ces structures fonctionnent de manière précaire car elles sont sous financées et ainsi menacées jour après jour de disparition (notamment avec la suppression des emplois jeunes). Avec les années, elles sont malgré tout devenus un maillon incontournable de la création alternative concernant le cinéma expérimental.

Du côté du " documentaire alternatif " très peu de structures ont pris le risque de faire ce travail, la coopérative Co-Errances en est un exemple. Attachée à distribuer et à montrer des films engagés ou dénonçant l’hégémonie médiatique, cette structure tente de faire sortir ces documentaires hors du circuit TV et tente des expériences publiques.

Il reste, malgré tout, tout un pan de la création alternative qui reste en suspens, dans un no man’s land invisible. Tout un pan que s’attache à montrer notamment les Inattendus dans le cadre de son festival. Ainsi, dans le cadre de ce groupe de travail nous chercherons à savoir s’il est aujourd’hui nécessaire ou possible de créer une nouvelle coopérative de distribution. Nous imaginerons comment elle pourrait fonctionner, et à l’utilisation possible des nouveaux supports et outils, DVD et internet notamment.





Chantier n°3 : diffusion

On assiste aujourd’hui à une multiplication des initiatives de projections publiques de films réalisés en dehors des circuits commerciaux : films expérimentaux, films documentaires engagés, ou autres démarches alternatives.

Ce mouvement a été initié par tout un ensemble de petites structures associatives implantées à Paris et en province et souvent animées par des cinéastes : Braquage, Ecrans Citoyens (Paris), Polly Magoo, XHX, Vidéodrome (Marseille), Contre-feux (Tours), Projections alternatives (Nantes), le 102 (Grenoble), etc… À travers ce mouvement, s’exprime souvent une volonté des cinéastes de reprendre en main la diffusion de leurs propres travaux et ceux proches de leur démarche. Un besoin de faire un retour aux origines, à ces temps premiers, avant que le cinéma ne soit rattrapé par le monde industriel, de faire revivre un mythe fondateur, celui du cinéma forain ou du cinéaste artisan et saltimbanque. Il s'exprime aussi semble-t-il, du côté des spectateurs, une recherche d'un autre rapport aux oeuvres cinématographiques et à ceux qui les font.

Ces associations travaillent parallèlement au circuit des salles Art et Essais, à cause notamment des problèmes de formats, le 35 mm adapté au marché, restant encore dans la grande majorité des cas le seul format projeté dans ces salles. Comment alors financer une copie 35 mm ou un kinescopage (Vidéo vers cinéma), lorsque vous pratiquez le super-8 , le 16 mm ou la vidéo de manière indépendante? Les problèmes de formats posent ici une vraie question économique (car ce sont des démarches très coûteuses) concernant la post-production de ces films ou l’adaptation des salles au double format cinéma et vidéo ; pourquoi la plupart des salles restent-elles à l’unique format cinéma alors qu’il y a une explosion de la création via l’outil vidéo, aujourd’hui notamment dans le documentaire ?…

Ainsi, nous prolongerons cet état des lieux en nous questionnant sur ces lieux de diffusion alternatifs, en se demandant comment ils peuvent se situer par rapport aux réseaux existants, s'il est nécessaire ou souhaitable de les fédérer, et comment.





Chantier n°4 : une télé libre à Lyon ?

En décembre, un groupe de lyonnais, associant des personnes issues du monde associatif et des professionnels de l’audiovisuel, s’est réuni pour réfléchir à un projet de télévision associative locale. Dans le ciel de la ville, il reste en effet un deuxième canal hertzien disponible. Alors que les systèmes de câble de Lyon sont d’ores et déjà privés, l’utilisation de ce canal hertzien pourrait permettre tout simplement de reposer le principe " du bien commun ".

Autorisées légalement depuis 2000, les télévisions associatives n’ont reçu depuis aucun soutien public qui leur permettrait de se développer, ni d’envisager de réelles possibilités de diffusion (par voie hertzienne, câble ou satellite). Ainsi, alors que les télévisions publiques se sont alignées sur les chaînes privées (ce sont les mesures de l’audience qui déterminent leur fonctionnement) et que ni le CNC et encore moins le CSA ne jouent plus réellement le rôle d’arbitre qu’on est en droit d’attendre d’eux, les télévisions associatives sont traitées par le mépris. Pourtant, il nous semble que ces petites télés posent une bonne question, qui pourrait résonner plus amplement.

En 2002, nous avions invité Zaléa TV et SCF (Sans Canal Fixe), pionnières parmi les télévisions associatives, à présenter leurs premières réalisations. Lors de l’édition 2004, il nous semble utile de revenir sur cette question en organisant une rencontre entre le groupe de Lyon et des acteurs des télévisions associatives.

Cet atelier permettra d’abord de faire le point sur les expériences conduites, Nous tenterons ensuite de mieux cerner les questions que posent l’existence de ces télévisions associatives et de comprendre les résistances qu’elles soulèvent.

L’atelier associera donc des responsables de télévisions associatives, des membres des Pieds dans le PAF (association de téléspectateurs), ainsi que des membres du groupe local. Il participera à la synthèse publique.





Avec les invités :

Etna (Laboratoire de cinéma expérimental, Paris),

Brasseurs de Cage (Producteur associatif, Soyans),

SCF (Sans Canal Fixe, Collectif de cinéastes documentaristes, Tours),

Co-Errances (Coopérative de distribution, Paris),

CJC (Coopérative de distribution de films expérimentaux, Paris),

Ligth cone (Coopérative de distribution de films expérimentaux, Paris),

Les Pieds Dans Le Paf (Association de téléspectateurs, Nantes),

Re-voir (Édition vidéo),

Zaléa TV (Télévision associative, Paris),

Nicolas Rey (L’Abominable, Paris),

Vincent Blanchet (Membre fondateur des Ateliers Varan, Paris),

Perle Møhl (Réalisatrice, membre des Ateliers Varan),

Colas Ricard (réalisateur et créateur de cineastes.net, Nantes),

Serge Meurant, (Centre du Cinéma de la Communauté Française de Belgique),

Patrick Leboutte, (rédacteur en chef de la Revue L'Image, Le Monde)

...

Tous les réalisateurs, producteurs, diffuseurs présents au festival sont invités à se joindre au groupe de travail.



Les INATTENDUS, QUATRIEME EDITION

découvrir ce qui s’invente aujourd’hui en marge des circuits commerciaux ou télévisuels

Du 20 au 25 janvier 2004 - Entrée libre

Palais de la Mutualité, Lyon 3ème

L’Elysée, Lyon 7ème

 




Les Inattendus, janvier 2004.







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voir aussi sur cineastes.net :
le communiqué bilan des chantiers Inattendus 2004

(ou sur le site des inattendus :
http://perso.club-internet.fr/les-inattendus/npages/commchan.htm)