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"Don’t hate the media, become the media"(1)
— par Patrice Allain —


"Don’t hate the media, become the media" (1)
Manifestation organisée par l’association Videozarts en collaboration avec Mire et Zoo Galerie, dans le prolongement des 4èmes Rencontres nantaises de la presse, Samedi 19 avril 2003, à partir de 18h aux Ateliers Delrue, 49, chaussée de la madeleine 44000 NANTES,


Au milieu des années soixante, avec l’apparition du portapack – le premier modèle de caméra électronique portable commercialisé – l’outil vidéo devient progressivement accessible. L’utopie d’une télévision «faite par tous non, par un» envahit les sphères militantes et artistiques tout en élargissant les marges trop étroites du médiatique.

Au flux inexorable de la TV on oppose le geste individuel. Condamner la place hégémonique de cet appareil de massification marchande devient une urgence. C’est dans ce contexte qu’émerge l’art vidéo, que se déploient les gestes – devrait-on dire la geste – de la contre-information. À cette époque, la vidéo comme pratique sociale ou militante partage le creuset de la vidéo à visée artistique. La fiction voisine volontiers avec le document brut. La contre-information s'exerce alors sous forme de reportages libres abordant des sujets négligés par la télé : de nombreuses «street tapes» sont réalisées par divers collectifs qui se forment d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Dans ce bouillon de contre-culture s’écrivent les paradigmes d’une histoire alternative. On descend dans la rue caméra au poing. D’hier à aujourd’hui, la TV construit un certain type de figuration immédiatement identifiable ; le buste tronqué du présentateur – l’homme encubé – préside aux rituels immuables et cosmétiques de la télévision. Dans un bras de fer qui devient bras d’honneur, les programmes télévisuels sont piratés et remontés à des fins d'édification critique. Les codes de représentation des mass médias sont explicitement détournés, les mécanismes techniques de mise en scène démontés. Dans le sillage de mai 1968, au sein des premiers collectifs français comme Vidéo out, Les Cents fleurs , Slon vidéo s’élabore la reconstruction d’un réel social et immanent qui semble caractériser ces œuvres de contre-information. La vidéo s’affirme comme un outil d'information et de communication entre individus et groupes d'individus. Les premières expériences de réseaux locaux de diffusion se mettent en place…

Aujourd’hui, les questions de la légitimité et de la logique médiatique reviennent au cœur de la critique et posent le problème de la mise en scène de la relation animateur/journaliste - spectateur/public. Les nouveaux médias explosent le cadre sclérosé d’un champ médiatique spectacularisé, paralysé par la main mise accrue des grands groupes industriels et financiers sur l’information, et de plus en plus soumis à la logique de marché et à la concentration.

Internet, média de flux participatif pourrait bien être l'alternative et marquer le début d'une nouvelle ère d'échanges. L’open publishing (publication ouverte sur des sites collaboratifs), pratiqué sur les sites de contre-information brise le rapport hiérarchique qui maintenait le consommateur passif de l’information-marchandise à l’écart du créateur d’informations. Le phénomène weblog, véritables journaux en ligne tenus par des journalistes amateurs court-circuite la chaîne traditionnelle journaliste-éditeur-annonceur. En s’emparant des moyens de production et de diffusion – comme les collectifs de vidéastes se saisirent trente ans auparavant des premières caméras électroniques – les sites comme Indymedia ou Samizdat tentent d’échapper aux contraintes économiques qui s'exercent sur les médias traditionnels. Particulièrement attentifs aux représentations dominantes, les média-activistes mènent une contre-expertise du système médiatique et l’utopie est à nouveau d’actualité – elle est littéralement  "sans lieu» – se donnant comme un réseau d’information fait de libres associations, favorisant de nouveaux modes coopératifs. Bien sûr, «on» nous rétorque que les mêmes mirages nous aveuglent à nouveau. Mais sont-ce des mirages : l’Histoire dans toute sa subjectivité reste encore celle des vainqueurs. Ainsi aujourd’hui, c’est le livre des histoires alternatives que nous nous proposons de (ré)ouvrir. Militants, artistes, média-activistes et cyber-résistants tissent la nouvelle toile de pénélope et s’approprient l’outil des dominants pour réinventer des formes et un propos resté inachevé. Toutes les uchronies sont à repenser ; elles seront désormais nos histoires. «Selon d'où vient le vent du souvenir, les dunes se forment, d'autres s'en vont» (2). Mais sous la plage, il y a toujours des pavés à jeter dans la mare stagnante du flux médiatique (3).


Patrice Allain, mars 2003.
ce texte est également paru dans le numéro 4 de la revue Les archarnistes.


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notes

(1)
L’intitulé de la manifestation a été choisi en référence au slogan popularisé par les sites media-activistes présents sur le Web comme Samizdat agence de presse alternative ou Indymedia réseau mondial de contre-information né des manifestations contre l’OMC à Seattle en novembre 1999.

(2) VIOT Jacques, "Formose", Poèmes de guerre, p. 119, Jean-Michel Place, 1994.

(3) À l’heure où s’écrit ce texte, Wu Ming publie sur Samizdat un texte à l’intitulé explicite :
«DEPUIS LE 15 FÉVRIER, LES MÉDIAS, C'EST NOUS… ET NOUS SOMMES AUSSI L'ESPACE PUBLIC, L'EUROPE, LE MONDE...
À partir d'aujourd'hui, c'est officiel, les médias, c'est nous, et je veux dire "nous tous" : qu'est-ce qu'y peut la mesquine, la malveillante disinfomazja d'un régime contre le bouche-à-oreille de ceux qui ont participé à un des plus grands événements de toujours ? Le bouche-à-oreille joyeux de trois millions et demi de personnes à Rome et de dizaines de millions de personnes dans le reste du monde ? (.…)
Durant ces trois dernières années de luttes, la chose est apparue toujours plus évidente, mais aujourd'hui, elle saute aux yeux et aux oreilles : notre communication peut tranquillement se passer de l'information officielle, télévisuelle, pyramidale. (…)
Dans le cours des décennies, en travaillant parfois dans l'invisibilité, les mouvements se sont dotés de réseaux et d'instruments de langage qui permettent de communiquer "au-dessous, autour et au-delà" des médias officiels, en longeant les bords de ce trou noir du sens dans lequel se noient les "majorités silencieuses", qui ne sont plus des majorités (…)
Les fameuses "cent fleurs" dont on souhaitait l'éclosion sont déjà là, sur la prairie du monde du Net, des radios, des télés de rue, des canaux satellitaires, des fanzines, de la presse indépendante … »



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