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Le Profil de Ian Kerkhof
— par Dionysos ANDRONIS —

Note : Ce texte a été publié en premier dans la revue en papier " Gorgeous and Terrific " (Paris) n° 5 — octobre 2000.


Ian Kerkhof est né en 1964 à Johannesburg. Il devient objecteur de conscience à 19 ans et il quitte son pays natal pour s’installer au pays de ses ancêtres, la Hollande. Depuis 1990 il réalise plusieurs films et vidéos underground. En raison du caractère de ses films, il mérite d’être présenté par nous.

D’après une nouvelle de Klossowski, Ian Kerkhof réalise en 1992 " La séquence des barres parallèles ". C’est un film de 10 minutes qui commence par une usine désaffectée, une voiture y amène une femme toute de cuir vêtue. Elle viendra y assouvir ses penchants fétichistes dans un univers de métal empli de jeux d’ombres et de lumière.

" Dix monologues de tueurs en série " de 1994 enchaîne en 55 minutes des sources littéraires variées : J.G.Ballard, les écrits du chanteur Henry Rollins, de Charles Manson et de Roberta Lannes, parmi d’autres. L’ensemble est très hallucinant, accentué par le montage rapide et la musique rap. Il s’agit de 10 aveux de meurtres, pleins d’images dérangeantes et violentes.

Le même ton accompagne son film suivant " Nice to meet you , please don’t rape me " (alias " Confessions of a Yeoville rapist ") de la même année. Jean-Michel Frodon écrivait : " Le public du FES.PA.C.O. ( Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou ) eut droit à un exemple caricatural de ces possibles changements avec la présentation officielle de ce film. Signée d’un réalisateur sud-africain vivant aux Pays-Bas, cette provocation filmique, composée de séquences répétitives, dépourvue d’intrigue, émaillée de scènes de sodomie, d’exhibitions insistantes de sexes masculins et de litanies nihilistes, ont déclenché la fureur d’une partie des spectateurs et la fuite de la plupart d’entre eux. Un cas extrême mais qui témoigne des séismes que risque d’entraîner l’arrivée de nouveaux réalisateurs, souvent formés dans les pays anglo-saxons et appartenant à une autre culture du regard " (in " Le Monde " du 8 mars 1995, page 24) .

D’après la nouvelle homonyme de Georges Bataille, Kerkhof réalise la même année " Dead Man 2 " (26 minutes) qui commence par une scène scatologique entre deux hommes habillés en latex. Il continue en rythmes lents dans une ambiance fortement allégorique où cadavres et jeunes hôtesses nues dansent aux sons d’un tango décadent, dans un bar sombre où des inserts de quartiers nucléaires abandonnés se mêlent en action parallèle.

En 1996 il fait le long-métrage " Naar de Klotte / Wasted ". C’est l’histoire de l’arrestation d’une grosse équipe de trafiquants de drogue grâce à l’intelligence d’une jeune fille cliente dans leur boîte de techno. Ce film est passé sur ARTE aussi.

En 1997 il crée un court-métrage de 15 minutes " Ron Athey, it’s scripted " (alias " So many ways to say Hallelujah!") . C’est un film de performances enregistrées. L’activiste corporel Ron Athey se livre à une véritable orgie d’automutilations qui commence par l’introduction de longues aiguilles dans plusieurs parties de son corps, le sang coulant affreusement. Le contraste avec la voix douce de Nick Cave qu’on entend en couverture musicale crée une véritable angoisse devant ce spectacle jusqu’au-boutiste. La même année Ian Kerkhof réalise " Merzbow " qui est un documentaire expérimental sur le musicien bruitiste Masami Akita, alias Merzbow. Partant des expériences sonores de l’artiste, le film mixe stridences auditives et images de sexe, de sang et de mutilations afin de stimuler les résistances physiques du spectateur.

Ian Kerkhof a réalisé également d’autres films importants dont on espère pouvoir vous en parler plus tard.


Dionysos ANDRONIS, octobre 2000.



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