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page éditée le 23/12/03
dernière mise à jour : le 23/12/03
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Une deuxième approche des films de Kaganof - Kerkhof
par Dionysos ANDRONIS
Parmi les créateurs du cinéma alternatif daujourdhui, il y a quelquun qui se distingue. Il se distingue dabord parce quil est Majeur et deuxièmement parce quil est vraiment novateur, aujourdhui en 2003, au contraire de tous les autres qui abusent du terme « expérimental ». Il sappelle Aryan Kaganof ou Ian Kerkhof. Il est Majeur parce quil ne se limite pas seulement au cinéma mais dans tous les domaines de création. Il est poète, romancier, artiste multimédia et performer aussi. Après avoir commencé sa carrière aux Pays Bas, où il a vécu entre 1983 et 1999, il continue à créer, de retour à son pays dorigine. Le cinéaste sud-africain Ian Kerkhof Aryan Kaganof est le meilleur représentant de la contre-culture cinématographique daujourdhui. Il est le géant du cinéma nouveau. Si ses films nont pas été encore projetés à Cannes, cest parce quils nont rien à voir avec lauteurisme arriéré et presque nécrophile des cinéastes médiocres comme Angelopoulos.
Les extrémités contraires coexistent chez Kerkhof- Kaganof avec une touche de magie démoniaque, pour utiliser des termes synonymes. La tension psychologique et la violence coexistent harmonieusement avec la tranquillité et la sérénité. Il est parmi les rares cinéastes capables à raconter des actes de torture et de meurtre avec un ton tranquillisant. Regardez les « Dix monologues de la vie des tueurs en série » pour vous convaincre. Il est un vrai Auteur Maudit, à la manière de Baudelaire ou de Georges Bataille mais dans le contexte actuel. Il se différencie de tous les cinéastes tamponnés « expérimentaux ». Ses films sont imprégnés dun nouveau souffle d innovation sur le contenu et pas seulement sur la forme. En travaillant la forme, il veille tout le temps que le contenu soit éloigné de tous les principes esthétiques « bon enfant » des universités et des faux-intellectuels qui prônent le retour à lheure monolithique du faux cinéma expérimental. « Grattez, grattez la pellicule et vous allez devenir la réincarnation de Stan Brakhage ! »
Jai rencontré Ian Kerkhof la première fois au festival de Madrid « Semana de cine experimental » de 1995. Etonné par son film primé « Dead Man 2 », je nai pas osé encore lui parler. Jai promis pourtant de suivre sa carrière de près puisque ce film était une forte révélation pour moi, un film aux pouvoirs contrariés : divin et démoniaque. Daprès la nouvelle homonyme de Georges Bataille, « Dead Man 2» commence par une scène dégoûtante de vomissement et continue avec des rythmes lents dans une ambiance fortement allégorique où cadavres et jeunes hôtesses nues dansent le tango dans un bar sombre où des inserts de quartiers nucléaires se mêlent en action parallèle. Les premières minutes du film, conçues par lartiste spécialisé en scatologie Martin of Holland, mont choqué et bouleversé. Lensemble étant une métaphore extrême de la condition humaine actuelle, jai constaté que ce jeune cinéaste est un génie qui a le pouvoir magique de transformer la sous-culture en chef duvre. Et toute son uvre serait basée sur les ambiguïtés de lHomme. En regardant « Dead Man 2 » jai ressenti le même sentiment que la première fois pour le « Cuirassé Potemkine » dEisenstein et pour ses scènes violentes avec larmée du tsar qui piétine les cadavres et un bébé. Il sagit du Potemkin qui marque la nouvelle ère cinématographique et sociopolitique. Ian Kerkhof, au contraire des soldats qui piétinent, est un grand humaniste et cela est évident dans ses films par le refus de tout dogme politique, esthétique ou même cinématographique. Doù lironie qui découle de son nouveau nom Aryan Kaganof, celui qui combine les deux extrêmes poétiquement. Militant de la cause humaniste, et cest pour cela quil a décidé à devenir objecteur de conscience à lâge de 19 ans afin de ne pas faire son service militaire pour le pays de lapartheid, encore en fonction à cette époque, Aryan Kaganof est un artiste radical qui rejette tous les stéréotypes avec son sens personnel de la négation. Sa « Ghost Sonata » nous parle dun monde contemporain hanté par les spectres sociopolitiques du passé, un passé glorieux mais mort. Avec son discours énigmatique, le cinéaste nous amène à des impasses philosophiques et existentielles que même les grands penseurs ne pourraient résoudre. « Aucun critique na été capable de révéler le sens de cette uvre inaccessible, étrange, choquante, éloignée de ce quon appelle banalement film » écrit Alexandre Fortsch (op.cit.) au sujet de « Dead Man 2». Cette phrase pourrait accompagner la plupart de ses films.
« Si je choisis de montrer la violence, cest quelle est inhérente à notre société. Je ne la dramatise jamais. Mes films sont une méditation sur la violence de notre ère », écrit Kaganof au site web du dernier festival de Lausanne 2003 où il a présenté une rétrospective de ses films. Cette violence est littérale dans le film « Wasted », passé sur ARTE le 21-7-1998 et véritable blockbuster aux Pays Bas où il a battu tous les records de fréquentation. Il raconte lhistoire de larrestation dune grosse équipe de trafiquants de drogue grâce à lintelligence dune fille cliente dans leur boîte de nuit, celle qui gagnera leur fortune aussi. Métaphoriquement et biologiquement, cette violence se trouve au centre de son diptyque subversif sur lactiviste corporel Ron Athey. Dans « Ron Athey. Its scripted » il se livre devant lobjectif à une véritable orgie dautomutilations qui commence par lintroduction de longues aiguilles dans plusieurs parties de son corps, le sang coulant généreusement. Ce soir (le 27-11-2003) nous allons vous présenter le deuxième film de ce diptyque « Ron Athey est la pute de Troie » , qui a été tourné à Paris lannée prochaine pendant lEtrange Festival 1998. « Une androgyne tire un chariot à laide dune corde. Sur ce chariot, un être humain momifié. Une à une, les bandelettes sont sectionnées et un homme-femme quasiment nu apparaît. Les androgynes se chargent alors dhabiller en putain cette homme-femme, de percer ses lèvres et de lui agrafer le sexe » (dans le catalogue du festival en question, page 29).
Evitant tout formalisme vieilli, un élément qui le différencie de la plupart des cinéastes « expérimentaux » daujourdhui, Aryan Kaganof travaille sur le contenu avec des métaphores audiovisuelles où la musique joue un rôle primordial. Le chef duvre suivant de cette soirée serait « Western 4.33 », réalisé en 2002. Il nous parle des camps de concentration construits en Namibie par les colonialistes allemands du début du 20e siècle, appelée encore pendant cette période Afrique du Sud Allemande. Ces camps de concentration ont été copiés par les nazis plus tard. « Un routier en voyage à travers Luderitz, en Namibie, pense à son grand-père, mort dans les camps de concentration de Shark Island, en face de Luderitz, et à sa fiancée qui la quitté. La mémoire embrasse la douleur personnelle mais aussi celle de lHistoire, pour une méditation sur limpossible rêve colonial de « civiliser » lAfrique. Une réflexion qui sinscrit dans la douleur du physique et de la mémoire, où limage et le son, la photographie et le montage constituent une importante expérience sensorielle et politique, pour une nouvelle façon dobserver et de vivre le rapport avec le temps et lespace » ( dans le site web du festival de Milan).
Dionysos ANDRONIS, décembre 2003.
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