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Guy Hennebelle et les "cinémas de rupture"
— par Raphaël Bassan —



Note :
Pour rendre hommage à Guy Hennebelle décédé le 3 juillet 2003, La Lettre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma (bulletin d'une vingtaine de pages) lui a consacré, dans son numéro 23 (octobre 2003), un florilège de courts témoignages. Outrepassant la commande de ne faire que "quelques lignes", je me suis étendu un peu plus. Un extrait en a été publié. Je vous livre le texte intégral.

 

*

 

J'ai connu Guy Hennebelle vers le milieu des années 1970, lorsque je devins collaborateur de la revue Écran fondée par Henry Moret. Guy tenait, depuis le numéro 22 (février 1974), une rubrique intitulée La Vie est à nous consacrée, d'abord au "cinéma parallèle" puis militant. J'avais, bien sûr, entendu parler auparavant de cet homme, mais en tant que "cinéphile traditionnel" (m'orientant à travers les auteurs, les genres…) – ayant néanmoins un faible pour le cinéma expérimental, virus qui me contamina durant mon adolescence et qui ne m'a jamais quitté depuis –, le cinéma militant n'était vraiment pas ma tasse de thé.

Lorsque Hennebelle lance sa fameuse enquête : L'Avant-Garde en questions : la blanche ou la rouge ? (Écran n ° 55 et n ° 56, février et mars 1977), l'intention me semble "spécieuse" et je n'y réponds pas (Dominique Noguez, Christian Zimmer, Claude Beylie, Ulrich Gregor, Daniel Serceau, entre autres, y donnaient leur avis). Je me ravise le mois suivant (Écran n ° 57), et j'utilise la rubrique La Minute de vérité (sorte de tribune libre) pour donner avec véhémence mon avis sous le titre volontariste : Ultime tabou, le discours sur l'avant-garde (pp. 10 et 11).

Guy Hennebelle se montre intéressé par mes propos et m'invite à une table ronde informelle où sont réunis des représentants du cinéma militant et du cinéma expérimental. Bientôt, avec Guy, Dominique Noguez, Claude Brunel, Bernard Clarens, Jean-Paul Dupuis, Patrice Kirchhofer et Marcel Mazé nous mettons sur pied le fameux "Colloque de Saint-Charles" qui se tient, le 28 novembre 1977, devant deux cents personnes, dans l'amphithéâtre de la célèbre Faculté. Nous en sortons un dossier, Cinémas de rupture, publié dans le numéro 65 d'Écran (janvier 1978).

Ce vaste mouvement de pensée débouche, en mai 1978, sur le premier numéro de CinémAction, édité alors comme un hors série d'Écran, où est consigné, dix après Mai 68, un bilan sur l'état des cinémas militant, différent, politique de fiction et féministe. Ces divers pôles donneront lieu, par la suite, à différents numéros de CinémAction.

Avec Guy et quelques autres activistes des deux bords, je pense que les cinémas militants et expérimentaux représentent une force. Même si nous n'avons pas la même finalité (quoique…), nous souhaitons qu'un cinéma plus libre, moins bridé que celui dont on nous abreuve à longueur de journée et d'année puisse exister. Un cinéma artisanal et non plus seulement industriel : et, croyez-moi, cette utopie existe encore aujourd'hui chez les jeunes cinéastes expérimentaux ! Nous adoptons une plate-forme commune afin de glaner le maximum de témoignages sur ces cinémas dans le monde, avec des textes bien sûr, mais aussi des adresses de groupes militants et expérimentaux. Après deux ans de travail, sort, sous les signatures de Guy et de la mienne (en tant que coordinateurs), le numéro double de CinémAction (10-11, juin 1980) consacré aux Cinémas d'avant-garde (expérimental et militant) dans le monde. Le numéro suscite un vif intérêt, et nous recevons de nombreuses aides et subventions dont une subvention exceptionnelle du CNC.

Je ne sais quel a été l'héritage de ce numéro pour le mouvement militant, qui s'est sabordé en 1981 avec l'arrivée de la gauche au pouvoir pour ne pas, soi-disant, lui nuire, mais l'aspect historique et géographique tracé par l'ouvrage a suscité, depuis sa parution, l'éclosion, dans le cercle expérimental, d'autres volumes collectifs du même type.

J'ai passé les fêtes de Noël et de fin d'année 1979-1980 chez Guy à corriger les épreuves du CinémAction 10-11. Et j'ai découvert un homme ouvert à tout. Il possédait, à l'époque déjà, un projecteur 16 millimètres, et, avec des amis, nous allions chez lui voir des films expérimentaux. Il était parfois critique, mais il lui arrivait d'être intéressé et de le dire.

C'était, contrairement à ce que certains pensent, un homme chaleureux et très ouvert.


Raphaël Bassan, septembre 2003.






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