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Le Rouge de Chine de Jacques Richard
par Raphaël Bassan
Note 2003 : Ce texte est paru en 1979 dans la défunte revue Écran. La présentation de Rouge de Chine dans le cadre de Jeune, dure et pure, à la Cinémathèque française, a permis aux nouvelles générations de découvrir le cinéma très plastique de Jacques Richard qui na pas réussi à occuper la place quil méritait.
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Faire du cinéma pour Jacques Richard cest partir à la recherche dun certain univers ftal, sécurisant, coupé de laction que tous les passionnés de limage, et les cinéphiles plus particulièrement, poursuivent toute leur vie durant. Le temps arrêté, lobjet de sa contemplation magnifié, on sadonne à sa passion. Cinéma du regard donc, où le moi du réalisateur se dissout dans les brumes contrastées dune photographie expressionniste, Le Rouge de Chine, loin du rouge et de la Chine, renoue avec les origines muettes du cinématographe, et un certain passé de cinéphile de lauteur où les salles obscures servaient de cocon protecteur à toute une génération.
Le premier film de Richard, Né, présenté au festival de Toulon en 1975 nous avait intéressé et agacé en même temps par sa trop grande familiarité avec luvre de Godard : si une sensibilité propre sen dégageait, un certain mimétisme esthétique ne pouvait pas ne pas alourdir inutilement la démarche du cinéaste.
Avec Le Rouge de Chine, Jacques Richard trouve une voie qui lui est personnelle, et, si les références abondent, elles proviennent de sources suffisamment variées pour sannuler dans le produit fini. Encore une fois, la présence dArtaud est convoquée (mais le temps où lon se référait impunément à lui est révolu et ses textes retrouvent leur authenticité) au niveau de la bande-son par la lecture de la fameuse pièce radiophonique Pour en finir avec le jugement de Dieu (interdite sur les ondes en 1947).
Le film est un hommage, à travers la personnalité plus mythique que réelle dHenri Langlois (*) - avec qui Jacques Richard a travaillé -, au cinéma des origines, celui dEpstein ou de Murnau. Cette option nest pas isolée dans le jeune cinéma français : Philippe Garrel (Le Révélateur), Patrick Deval (LAcéphale), autres cinéastes-cinéphiles nourris à la lanterne magique de la Cinémathèque, qui diffusait souvent des films muets sans intertitres, avaient tenté de saisir et de restituer cette magie nébuleuse de limage.
Voyage au pays de lenfance et des visions instinctives du cinéma primitif, ce film dialogue directement avec nos fantasmes, avec notre sensibilité par le retour à un étonnant équilibre plastique qui frise la composition abstraite.
Le Rouge de Chine est un film personnel, plus rigoureux quil ny paraît de prime abord, mettant en jeu un lyrisme décorché vif qui laisse augurer des possibilités futures de Jacques Richard : un cinéaste à suivre !
Raphaël Bassan, janvier 1979.
Écran 79, n° 76 (15 janvier 1979)
Le Rouge de Chine
film de Jacques Richard
1977 - 35 mm, n&b et couleur, 80'
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Note 2003
(*) Jacques Richard prépare pour 2003 un vaste documentaire sur Henri Langlois.
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Autres pages
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Le Rouge de Chine sur le site de Jacques Richard
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le site perso de Jacques Richard
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