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dernière mise à jour : le 21/04/03
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Jean-Pierre Lajournade, biographie


Né à Pau en 1937.

Études secondaires, puis IDHEC.

Entre en 1962 à la RTF. À partir de 1965 réalise pour l’ORTF une vingtaine de sujets pour "Point rouge", "Seize Millions de jeunes" et "Zoom", émissions qui constituent, à l’époque, un laboratoire pour documentaires de réflexion et de création. Coproducteur-réalisateur du magazine littéraire "Lire", il signe une quinzaine de documentaires autour de Witold Gombrowicz, Samuel Beckett, Olivier Laronde, Antonin Artaud, Archiloque…

Réalisateur de quatre longs métrages de fiction pour la télévision : Rapide 345 (1967), Bruno (1967), Marche tout droit et ne te retourne pas (1968), Werther (1968). On parle à leur sujet de "premières tentatives de télévision à la première personne", mais la direction de l’ORTF juge leur programmation "inopportune". Seul, Bruno est diffusé en septembre 1967. La même année, Lajournade réalise son premier court métrage pour le cinéma, Assommons les pauvres, avec de la pellicule dérobée à ses employeurs.

Gréviste en mai 1968, il refuse de reprendre le travail le mois suivant et quitte l’ORTF : "Je suis venu faire grève. Et à la fin de la grève, quand les réalisateurs ont dit : Il va falloir reprendre le travail, j’ai dit : Reprenez-le si vous voulez, moi je ne le reprendrai pas. C’est tout. Je ne l’ai pas repris…" (entretien dans Cinéthique). Il réalise alors, hors de toute norme commerciale ou professionnelle, un long métrage expérimental : Le Joueur de quilles, financé en grande partie par Jean-Edern Halier. Il écrit et dirige ensuite trois courts métrages produits par Pierre Braunberger : Libre de ne pas l’être, Cinéma-Cinéma et Le Droit d’asile, qui sera interdit par la Commission de contrôle pour "toxicité mentale".

 

En 1970, toujours pour Braunberger, il tourne en cinq semaines La Fin des Pyrénées. Ce second long métrage (présenté par son producteur comme "un film de contestation et d’amour") sera sa dernière réalisation : Le Mal blanc, que devaient interpréter Michael Lonsdale, Fiammetta Ortega, Philipe Bordier, Jean-Pierre Bouyxou et Monica Swinn, restera à l’état de projet. "C’était un homme d’une exceptionnelle exigence morale, racontera Pierre Braunberger dans ses souvenirs (Cinémamémoire). On peut en juger en regardant ses films. [...] Je l’ai convaincu de tourner un sujet plus classique pour le public, adapté d’un roman policier qu’il avait écrit auparavant avec un ami. Jean-Pierre Lajournade est mort au moment où nous préparions ce film. J’en ai ressenti beaucoup de chagrin car avec la disparition d’un ami, c’était aussi celle d’un grand cinéaste qui eut une énorme influence sur les réalisateurs de sa génération. Je pense que quelqu’un comme Philippe Garrel notamment lui doit beaucoup."

Seule, cette dernière assertion est conforme à la vérité : l’influence de Lajournade sur Garrel (qui fut son assistant à la télé) est manifeste dans les premiers films de celui-ci. Pour le reste, le récit de Braunberger relève de la plus pure fantaisie. Dans l’esprit de Lajournade, Le Mal blanc (dont le scénario ne s’inspire d’aucun roman) devrait être un film à la fois fantastique et politique, et non un simple polar de divertissement comme le voudrait Braunberger. La mésentente est donc totale entre le cinéaste et le producteur, et toute nouvelle collaboration devient inenvisageable. Lajournade, qui se sent de plus en plus mal à l’aise à l’intérieur d’un système qu’il réprouve, se pose de plus en plus de questions sur la fonction idéologique du cinéma. "Je ne pense pas qu’on devienne révolutionnaire en faisant des films, mais je pense que les films révolutionnaires ont l’effet catastrophique de rendre les gens contents d’eux-mêmes", déclare-t-il dans Le Monde le 25 mars 1971, trois mois avant la sortie en salle de La Fin des Pyrénées. Dès l’année suivante, il rompt brutalement avec Braunberger et, à travers lui, avec le milieu professionnel tout entier.

Comédien remarquable dans un court métrage de Jean-Pierre Bastid, Bartleby (1969), dont il tenait le rôle titre, Jean-Pierre Lajournade a également collaboré au scénario d’un long métrage de Jean-Daniel Pollet, Le Sang (1971), sans vouloir être crédité au générique.

En 1975, il rejoint l’équipe de Cinéthique, revue marxiste-léniniste dans laquelle il analysera notamment les films "chinois" de Joris Ivens et Marceline Loridan. La même année, il publie aux Presses de la Cité un roman policier, Le Passeur basque, rédigé avec Jean-Pierre Bastid et signé d’un pseudonyme auto-ironique : R. Koch. Malade, il laisse inachevés (ou, du moins, inédits) plusieurs manuscrits que Bastid reprendra, complètera et publiera après sa mort : Eloge d’un monstre (Vertiges du Nord / Carrere, 1987), Parcours fléché (Gallimard, "Série noire", 1995), d’autres encore...

Jean-Pierre Lajournade est mort à l’hôpital de la Salpétrière en novembre 1976, rongé par un cancer du poumon (et non "précocement usé par l’abus des drogues", comme l’affirmera Helène Tierchant dans un livre [Aquitaine, 100 ans de cinéma, L’Horizon chimérique / Centre régional des Lettres d’Aquitaine, 1991] où l’ignorance se teinte de calomnie).

Principale interprète féminine de ses deux longs métrages, mais également connue comme photographe, peintre et dramaturge, sa compagne, Fiammetta Ortega [Fiammetta Ortega y Costa], allait mourir de la même maladie que lui, vingt-deux ans et demi plus tard, le 29 mars 1999.

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À LIRE :

* La Science-Fiction au cinéma, de Jean-Pierre Bouyxou (Union générale d’éditions, collection 10/18, 1971). Analyse du Joueur de quilles et témoignage de Jean-Pierre Lajournade.

* Cinémamémoire, de Pierre Braunberger (Centre Georges Pompidou / Centre national de la Cinématographie, 1987). Reproduction en fac-similé, pages 211 à 215, d’une lettre de Jean-Pierre Lajournade au sujet de la sortie de La Fin des Pyrénées.

* Mai 68 ou le cinéma en suspens, de David Faroult et Gérard Leblanc (Éditions Syllepse / Résistances, 1998). Outre l’intégralité d’un entretien de Jean-Pierre Lajournade avec Gérard Leblanc et Jean-Paul Fargier, paru dans le n° 3 de Cinéthique (avril 1969), cet ouvrage comporte une analyse de La Fin des Pyrénées par Gérard Leblanc ("Au cinéaste inconnu").

 

LIEN :

http://www.cine-resistances.com/catalogue1998/theme/th_lajournade.htm



Philipe Bordier & Jean-Pierre Bouyxou, 20 avril 2003






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