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Le cinéma expérimental français se porte assez bien. Merci.
— par Frédérique Devaux —


Le cinéma expérimental français se porte assez bien. Merci.

Mon premier film date de 1980, un an avant l’arrivée de la gauche au pouvoir. Il existait alors des lieux divers de projections, ici et là dans Paris. Auparavant, le milieu très fécond, avait éclaté en pièces éparses, à la suite de l’intervention de l’état dans des affaires qui se sont avérées trop « privées ».
L’élection de François Mitterrand a permis à une nouvelle coopérative de voir le jour (Light Cone), à un festival de fonctionner pendant 5 ans (le FIAG dont j’étais co-fondatrice et co-responsable avec Michel Amarger), à des revues d’émerger.

Puis les espoirs se sont un peu dissipés malgré la permanence du travail de Light Cone et les séances régulières de Scratch dans divers lieux parisiens. Parallèlement, le Centre Georges Pompidou programmait, régulièrement, des hommages et des rétrospectives.
Chacun, artiste, diffuseur ou programmateur, a poursuivi son travail souterrain jusqu’à ce que les institutions muséales (Le musée du Jeu de Paume à Paris en particulier) s’intéressent de plus près au cinéma de recherche.

À la fin des années 90 est apparue une nouvelle génération d’étudiants qui s’est essayée à la réalisation.
Le fait le plus prégnant reste pour moi au milieu des années 90, l’avènement de lieux alternatifs de production (comme les laboratoires) ou de diffusion, qu’ils soient attachés ou non à un lieu fixe. Cela me semble être une des raisons majeures du renouveau du cinéma expérimental en France. Car qui peut produire à moindres frais des copies que nul laboratoire professionnel n’acceptait de tirer jusque-là (ce qui était mon cas) va recouvrer les moyens de s’exprimer et qui voit son travail diffusé régulièrement éprouve un désir accru de travailler et de rencontrer ses pairs pour partager conseils, avis et critiques.
Car, et je ne saurais en donner les raisons exactes, le cinéma expérimental français, a toujours eu des complexes à émerger, enfin, je dirais qu’il a eu du mal à trouver son identité et à se définir en tant quel tel, de manière autonome, avec ses limites et surtout sa richesse et sa complexité. Il nous faut éviter les amalgames avec les installations ou le trop vague concept d’ « audiovisuel ». Nous ne devons pas nous acharner à figurer dans les plaquettes des « arts plastiques ». Or, ici, lorsqu’un artiste se présente au CNC (Centre National du Cinéma), les responsables le renvoient très vite à la section Arts Plastiques du Ministère de la Culture. Dès que nous arrivons là-bas, nous sommes ramenés au CNC et personne, à ce jour, n’est sorti indemne de ce cercle vicié.

N’est-ce pas une des raisons pour laquelle nous devons crier haut et fort que nous sommes des cinéastes comme les autres, dont la seule différence est de chercher en particulier des formes nouvelles, d’exploiter des thématiques absentes de l’autre cinéma, plutôt que de s’asseoir sur des acquis formels et dans les fauteuils de l’historiette mille fois ressassée. Le cinéma expérimental a du mal à s’identifier lui-même, à s’écrire comme persona grata.

En ce sens, l’existence de laboratoires et de lieux de programmation indépendants est un des remèdes fondamentaux à sa quête.

Bien que je sois moi-même enseignante de cinéma expérimental à la Faculté de Paris 7 (Jussieu) je redoute l’ « universitarisation » d’un cinéma qui est avant tout un cinéma du désir, un désir de cinéma et qui ne peut et ne doit se laisser enfermer dans aucune grille théorique ou rhétorique qui lui viendrait de l’extérieur. C’est ce cinéma, notre cinéma, qui doit faire émerger de nouvelles formes de critiques et non l’inverse.

Il est, selon moi, un corpus autonome avec ses codes évolutifs, son histoire , qui recoupe parfois celles des autres arts, avec ses interdits, ses ratés, ses quêtes, ses chefs d’œuvres et ses « classiques ».
Est-ce un hasard si le cinéma expérimental a enfin réussi l’exploit qu’a raté la gauche politique, de décentraliser la production et la diffusion des films ? Je ne le crois pas. C’est, selon moi, le signe que le cinéma expérimental français, en s’ancrant depuis des décennies, dans des chemins parallèles, possède des pouvoirs insoupçonnés, même par les instances dites « supérieures » du pays. C’est là, le signe de sa force et de sa vitalité. Peu importe d’ailleurs, que tel lieu disparaisse au bout d’un an d’existence puisqu’il est relayé par un autre, ailleurs, dans une autre ville. Peu importe que telle génération se lasse, à cause du désintérêt des pouvoirs publics qui, le plus souvent ne leur allouent pas un seul centime, puisqu’elle est suivie par une autre qui elle-même…
(…)


Frédérique Devaux, Juin 2002.
Extrait de ma participation à une conférence à Dalhousie (USA)



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