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Le sens ... les sens
— par Simone Dompeyre —


note 2003 : Ce texte à été initialement publié sur le site de Traverse vidéo, pour la sixième édition du festival du 17 au 21 février 2003. Simone Dompeyre a accepté de le reproduire tel quel sur cineastes.net.


Le sens ... les sens puisque le terme- sens- parmi les plus polysémiques de la langue, d'autant qu'il porte en lui son propre sens. On pourrait penser qu'il déroge à la leçon de l'arbitraire des signes, dont on se délecte de l'exemple : le mot cheval ne hennit pas, ou comme je me plais à le répéter, on aurait pu appeler une chaise machine à coudre, et l'on aurait des machines à coudre Starck agréables à voir mais parfois plus redoutables pour une longue station assise.
On pourrait, en effet, jouer sur les potentialités de sens jusqu'aux sens interdits et ce, en tous les sens, pourtant une question, la question sous-jacente conduit plus décidément Traverse Vidéo sur ce chemin.
Ce n'est pas une appellation intellectuellement adroite d'un état des lieux où tout ferait sens, ou l'on dirait que la vue, réputée au long de notre idéologie occidentale comme la « reine des sens » et comme la porte du vrai- et dès lors par la suite accusée de se tromper- préside à toute appréhension d'oeuvres visuelles.

Mais plus délibérément revenir sur cette idée récurrente qui poursuit la dichotomie entre le sens - signification/ meaning / significacion - et le sens- sensation, senses / sentidos alors que le corps des yeux pense avec l'oeil, le tact, l'odorat et les autres sens... alors que l'oeuvre se fait jour dans un tel complexe. Cela semblerait éculé si l'on oubliait la lecture d'articles ou le retour aux brimades envers la sensation, ou inversement le refus de terreau de réflexion, la justification d'un entertainment refusant que l'on puisse avoir plaisir, sensation en pensée, en corps ému y compris intellectuellement.

On se souvient alors des textes lus- au siècle dernier- textes philosophiques écrits bien plus tôt, ainsi L'Essai philosophique concernant l'entendement humain, Locke y apostrophe- c'est en 1693- les tenants d'une pensée déniant aux sens leur valeur et n'accordant qu'à la pensée d'être fondement de la vérité. Locke nettement le remet au monde : « s'il se trouve quelqu'un qui soit assez Sceptique pour se défier de ses propres Sens, § pour affirmer que tout ce que nous voyons, que nous entendons, que nous sentons, que nous goûtons(...) n'est qu'une suite § une apparence trompeuse d'un long songe qui n'a aucune réalité(...) je le prierai de considérer que si tout n'est que songe, il me fait lui-même autre chose que songer qu'il forme une question, § qu'ainsi il n'importe pas beaucoup qu'un homme éveillé prenne la peine de lui répondre. »

Et que l'on n'objecte pas que ce sont arguments voire questionnement dépassés, écoutez ce que l'on dit des oeuvres et comment certains braderaient pour la haute technicité le Sens et dès lors les Sens.
Ce qui ouvre l'espace à d'autres sens, pour exemple, le proprioceptif- rajouté à ceux, les cinq, de la tradition et à des oeuvres qui porteraient dans leur projet les relations, réactions, interconnexions des sens entre eux. Le rappel que l'odorat ouvre des pistes de savoir, que l'audition est une porte vers, mais aussi de l'exhibition du fonds culturel des sens, que sentir n'est pas qu'animal, que les sens se doublent de métaphore au sens de déplacement et de transport.
L'on n'a pas pour rien assorti les psalmodies des temples et des églises d'encens, l'on n'a pas pour rien produit des prothèses pour aborder le monde et je ne pense pas qu'aux lunettes dont témoigne tel tableau du XIV ème mais aussi à l'art technologique qui ne sépare plus l'appréhension audio-visuelle de celle du sens à produire.

Des installations à ressentir ou à sentir.
Des propositions de performance ou le sens vole léger par des propositions du corps.
Des oeuvres dont le sens ne se libère qu'à accepter de ressentir...
N'est-ce pas en sous main nous interroger sur notre relation à l'art ?

Le sens ...les sens opte pour cette réflexion : pourquoi s'escrimer à séparer, à classifier ce qui n'est que dans cette interrelation.

Pourquoi établir à l'instar de l'académie du XVIIème siècle, une classification bien pensante quand c'est l'oeuvre en tant que telle qui fait sens et sens.


Simone Dompeyre, février 2003.



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