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Hic (de crimes en crimes) / chronique octobre 2003
film de Györgi Pálfi (Hongrie, 2003), avec Ferenc Bandi, Józsefné Rácz, Ági Margitai. par P. Gabor
Un film hongrois ça ne se voit pas tous les jours par ici ; mais qu'on ny aille pas pour entendre résonner la langue : cest un film sans paroles. Très sonore, mais sans dialogues, les rares propos échangés entre les personnages étant saisis comme de loin, et à demi couverts par des bourdonnements divers (il ne sont pas faits pour être compris). Il faut dire, aussi, que beaucoup de personnages ne sont pas des humains, mais des animaux : le chat, le cochon aux grosses couilles, la taupe, la cigogne, le poisson, le serpent, la coccinelle, et jen passe. Il y a bien une trame, un petit peu policière, annoncée dans le titre et dès le début du film par un carton précisant que le récit est inspiré dun fait divers réel, un empoisonnement à grande échelle des hommes dun village hongrois perpétré par les femmes (et quand je dis à grande échelle, ce nest pas mentir : deux mille morts !) ; mais quoique rendue transparente par certaines séquences même, cette trame reste très elliptique, et ne se situe quà un second niveau, presque intersticiel. Les morts ne sont vus que de loin, et les mystérieuses fioles préparées par de vieilles femmes en fichus apparaissent, le plus souvent, dans des plans qui ressemblent à des plans volés.
Le film, qui se déroule dans un petit village isolé et très rural, se concentre avant tout, images et sons, sur les animaux et les mécanismes des machines, montrés en très gros plans. Il présente ainsi un univers plutôt étrange, vaguement oppressant voire angoissant, et où les choses les plus bizarres parfois se passent sous les apparences de ce qui est visible pour un humain ; on assiste jusquà la pousse des plantes et au passage dun avion de chasse sous un petit pont du village (merci linfographie ! qui ne se déguise pas dailleurs). Le monde est est vu depuis une multitude de points de vue parcellaires et restreints, léchelle humaine (celle qui est privilégiée habituellement dans les films de fiction) se trouvant quelque peu reléguée au second plan. Il pourrait ainsi laisser entendre quil existe comme une circulation dénergies plus ou moins occultes et insoupçonnées entre ses composantes et laisser entendre aussi au premier sens, une bonne part de cette impression détrangeté étant véhiculée par le son. Ce nest pas sans faire penser au début de Blue Velvet, avec cette découverte par la caméra dune oreille dans lherbe de la pelouse.
Jexagère un peu en insistant sur ce côté occulte, il nest pas si apparent que ça ; mais une des séquences finales va tout de même dans ce sens, et donne en retour une certaine cohérence à lensemble (au-delà de ce quil se trouve ponctué par le hoquet sans explication dun vieillard édenté, tout ridé sur son banc). Cest une scène de mariage la relation homme-femme, toute de silence, de regards par en dessous, est centrale. Le mari, montré de manière aussi déplaisante que la plupart des hommes du village, se baffre à la table du banquet, tandis quun groupe de femmes entonne une chanson traditionnelle où les femmes empoisonnent leurs maris lorsquelles ne les aiment plus. La scène suivante voit une jeune fille au visage étrange savancer et chanter à son tour une chanson où il est question daller dans un endroit si lointain que même loiseau ne peut y aller. La mariée, comme absente, sert un verre à son mari. Plutôt que daller vers une explication rationnelle des crimes commis avec mobile, etc. , le réalisateur irait ainsi vers la sorcellerie, sans en dire plus ; comme si les femmes, ou du moins leurs agissements, trouvaient un sens dans un ordre du monde plus général, qui dépasse les humains ; va évidemment dans ce sens le ballet des vieilles préparant et séchangeant des fioles emplies de ce mystérieux liquide blanchâtre (qui cause en effet la mort, et on ne prend pas de gants pour le montrer : un chat et un enfant en sont les victimes assez vite imprévues). Cela semble donner à lensemble un ordre allant plus loin si besoin il y a, ce dont on peut discuter que le simple jeu formel dun premier film un peu arty.
P. Gabor, nantes, octobre 2003.
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