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dernière mise à jour : le 23/04/03
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La science-fiction au cinéma
— par Jean-Pierre Lajournade

Texte extrait de La Science-Fiction au cinéma, de Jean-Pierre BOUYXOU (UGE, collection 10/18, 1971), chapitre Entretiens et témoignages.

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Témoignage de Jean-Pierre Lajournade

On appelle "science-fiction" un récit ordonné par une hypothèse technique ou scientifique (peu importe qu’elle soit vraie, vérifiable, presque vraie ou fausse). Un tel récit est généralement projeté dans un avenir plus ou moins proche. Quelques remarques :

  1. Ces narrations sont du type dit classique, sans doute parce que la bourgeoisie le mit en honneur au XIX° siècle : personnages "typés" (caractérisés psychologiquement), un commencement et une fin, des pourquoi et des comment, bref l’arsenal de l’illusion romanesque ; la Marquise d’Orion sortit à cinq heures (heure du 11e méridien de Mars) de son spationef. Crétinisme.
  2. Science et technique y sont envisagées à "l’état pur", comme un développement innocent des forces productives, sans tenir compte de la modification des rapports sociaux entraînée par le développement des forces productives : ce qu’on oublie, c’est donc tout simplement la lutte des classes.
  3. D’où le caractère idéologique de ces récits : il s’agit de parler pour se taire, de montrer pour cacher. De toutes les créatures produites par la science-fiction, une seule n’apparaît jamais et les ordonne toutes, puisque les autres ne sont là que pour faire diversion : c’est "le spectre qui hante l’Europe : le spectre du communisme".
  4. Phénomènes annexes : les pays impérialistes, où le développement des forces productives, la technique et la science (dans une moindre mesure) ont atteint un haut niveau, sont les principaux producteurs de science-fiction. Ils y projettent leur présent soit pour le justifier entièrement, soit pour y appliquer des critiques de détail en vue d’améliorations futures, soit pour le condamner au nom de quelque métaphysique (finitude de l’homme, etc.). Un des récents produits, L’Odyssée de l’espace, est tout à fait caractéristique de cette autosatisfaction morose : étalage de gadgets et mal à l’âme. À la fois défilés du 14 juillet, salons de l’automobile et des arts ménagers, les films de science-fiction remplacent peu à peu les expositions universelles du passé : merci, voyez comme nous sommes riches.
  5. D’où le luxe de ces productions où de grands moyens techniques sont mis en œuvre pour susciter un monde magique, tout l’art étant de cacher non pas tellement les moyens (au contraire, des prospectus distribués aux spectateurs de L’Odyssée de l’espace détaillaient complaisamment les machines construites pour le film) mais le travail : comment se fabrique l’idéologie.

 

Donc la guerre. À ce cinéma, nous opposons dans un premier temps un cinéma de cinéma-fiction : une non-narration ordonnée par la réalité technique du cinéma et projetée non dans l’avenir mais sur un écran



Jean-Pierre Lajournade, Maida, 10 août 1970







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