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Ian Kerkhof en bref
— par Gary Morris —


Note : Ce texte est initalement paru en anglais dans le in Bright Light Film Journal n° 29 en juillet 2000.

La civilisation occidentale est ébranlée par les films de cet auteur sud-africain expatrié. Les titres des films de Ian Kerkhof sont séduisants mais ils nous avertissent sur ce que nous devons attendre du plus mauvais garçon du cinéma underground contemporain: " Le garçon qui se masturbait à son apogée ", " Les confessions d’un violeur de Yeoville " et " Dix monologues des tueurs en série ", par exemple. Kerkhof est un auteur controversé en Europe mais pas très connu aux Etats-Unis, et cela peut changer plus tard puisque la revue Artforum a publié récemment un portrait étendu sur lui et le San Francisco Yerba Buena Center for the Arts a offert une rétrospective complète de ses films en mars 2000. " Wasted " est le titre d’un de ses films qui porte un regard intérieur sur la scène rave hollandaise et qui nous apprend beaucoup sur sa carrière et son point de vue.

Kerkhof a émigré, ou plutôt il s’est échappé, de son pays natal, l’Afrique du Sud, pour s’installer à 19 ans aux Pays Bas afin de militer contre l’apartheid et afin de ne pas faire son service militaire pour ce pays raciste. Depuis, il a fait une carrière importante avec un mélange d’agitprop, de pornographie, d’érotisme (parfois entre hommes), des performances et des technologies poussées. La plupart de ses films, courts ou longs, sont filmés en vidéo numérique , afin d’exploiter les effets spéciaux de ce médium (surexpositions, pixelation, montage rapide), puis ils sont gonflés en 35mm. Kerkhof a vraiment beaucoup d’imagination et il est si doué pour ces manipulations visuelles qu’il est possible de le confondre avec un technicien. Mais le contenu de ses films prouve le contraire.

Son dernier long-métrage " Shabondama Elegy ", par exemple, a été fait en collaboration avec le producteur des films X Suzuki Akihiro et la vedette en est Mai Honisho, la star porno japonaise, dans le rôle de Keiko, la petite amie d’un gangster hollandais poursuivi par des yakusa en plein Tokyo. Il se cache chez elle et ce séjour est rempli par des scènes pornographiques filmées avec des filtres coloriés pixelisés afin de séduire le spectateur. Kerkhof nous oblige à visionner des scènes de viol et de violence physique contre les femmes, parfois reconstituées, parfois en provenance de films porno préexistants, toujours sur fond du gros plan imposant de Keiko. Pour le cinéaste, le viol est la quintessence des institutions masculines qui n’opprime pas seulement les femmes mais tous les groupes marginalisés en faisant partie. Mais son film n’est pas seulement de la propagande. Son énergie, ses images kaléidoscopiques nous coupent le souffle, au moins chez les spectateurs qui sont parvenus à rester jusqu’à la fin. Ses films sont aussi difficiles et exigeants que les vies des personnages qui les habitent. Ses excès formels peuvent satisfaire les personnages et les spectateurs complices par un genre de fascisme facile et discret mais qui peut surgir à tout moment.

Kerkhof est versatile aussi. Dans le film " Enchanté de vous connaître mais, s’il vous plaît, ne me violez pas " il flirte avec le musical, même si les fans de Fred Astaire et Gene Kelly vont être furieux en y pensant. Le titre est le même de la chanson d’ouverture et le film est une satire de l’Afrique du Sud et de sa mentalité d’agression contre les individus où le viol serait une industrie " en développement ". Son brio aigu montre, par exemple, ses trois protagonistes tous nus sur un toit, en train de programmer leur attaque du statu quo et d’eux-mêmes. Sur la toute première scène on voit un homme noir qui demande à un homme blanc de le violer, ce qui sera fait. Certains spectateurs d’un festival en Burkina Fasso, où ce film a été montré récemment, se sont précipités vers la sortie.

Nous n’avons pas vu le documentaire " Dix monologues des tueurs en série " mais nous devinons qu’il est aussi provocant. Il est fait d’un montage de scènes hard, couvertes par les textes célèbres de J.G.Ballard ou de Charles Manson même. Ce film pourrait également vous donner envie de sortir de la salle.

Kerkhof travaille en collaboration avec des artistes jusqu’auboutistes contemporains : le compositeur bruitiste japonais Merzbow, qui a écrit la bande originale de plusieurs films du cinéaste, l’activiste corporel Ron Athey, immortalisé par Kerkhof dans son film " Ron Athey, It’s Scripted " en train de se lacérer, et l’artiste conceptuel Matthew Barney, le sujet des " Nouveaux Vêtements de l’Empereur ". Ces derniers films sont courts (20 minutes à peine), une durée plus convenable pour son talent et sûrement plus facile pour les spectateurs. " Le Mort 2-Le retour de l’homme mort " envisage la civilisation occidentale comme une errance d’un vieillard pathétique à travers un bar post apocalyptique. Il demande sa dégradation aux clientes qui pissent sur lui, et d’autres plaisirs douteux suivent. La scène d’ouverture est constituée d’une performance gay s/m extrême qui pourrait amener facilement quelques spectateurs à la sortie.


Gary Morris, juillet 2000.
Traduction Dionysos Andronis, mars 2003.



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