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Questionnaire (bis) de Françoise De Paepe
réponses de Francis Moury
questionnaire de Françoise de Paepe
réponses de Francis Moury
Note : Ce texte devait initialement paraître sur Cinérivage. La disparition du site à empêché cette publication.
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Questionnaire (bis) de Françoise De Paepe.
Salut à tous !
En août 2000, jai distribué à de nombreux cinéphiles (professionnels ou amateurs) un questionnaire. Le principe était simple. Il sagissait de répondre à trente questions inamovibles, en puisant dans le vivier de la mémoire, dans le stock des émotions enfouies. Linitiative a été bien accueillie. Jai reçu de nombreuses réponses. Depuis deux ans, semaine après semaine, cent questionnaires ont pu être installés à la " une " du site cinerivage (www.cinerivage.com), avant dêtre archivés (commentaires inclus) dans la rubrique " Feuilleton cinéphilique " où chacun peut les consulter et continuer à les commenter.
A la dernière interrogation ("Y a-t-il une question que vous auriez aimé que lon vous pose ?"), une trentaine de personnes ont répondu. Jai rassemblé ces suggestions, augmentant lensemble de quelques autres propositions faites verbalement. De cette manière, jai élaboré un deuxième questionnaire. Le voici. Jespère que ce " questionnaire bis " remportera le même succès que le premier. Je mengage à ce que toutes les réponses soient mises en ligne sur le site à partir du printemps prochain, selon le même principe que précédemment.
Je reconnais que le nouveau questionnaire est copieux et parfois assez technique. Vous pouvez donc choisir les questions qui vous intéressent prioritairement. Néanmoins, soyez assez aimables pour répondre au minimum à une quinzaine dentre elles. Davance, à tous, merci.
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1. Quelle est la plus belle introduction cinématographique ? Plan, scène, ou encore, générique ? (Question Marnie)
Jaime beaucoup les pré-génériques réussis : ils mettent en scène dans la structure même du film les idées de suspens et de révélation et " jouent " avec. Un bon exemple : le génial pré-générique de KISS OF THE VAMPIRE :[Le baiser du vampire] (GB 1964) de Don Sharp qui transforme un banal enterrement par larrivée dun Clifford Evans halluciné pour le mener jusquau plan paroxystique dun cercueil sanglant sur lequel le générique lui-même vient sinscrire. Un autre exemple de pré-générique si parfait quon peut le qualifier de synthétique (il rassemble tous les éléments defficacité que lon attend du début dun film) ou de banal (on présente une transgression scandaleuse un meurtre et la suite du film nous lexpliquera et la résoudra : catharsis) - il y en a eu avant lui de semblables et lui-même fut souvent copié : la fille abattue dans la piscine par le fusil 30-06 de " Scorpio " au sommet dune tour dans DIRTY HARRY [Linspecteur Harry] (USA 1971) de Don Siegel. Quant aux films sans pré-génériques, alors je crois que les introductions qui installent immédiatement au cur de laction sans notion de préliminaire, dune manière abrupte et violente sont souvent les meilleures : la panique qui règne dans le studio de télévision dans DAWN OF THE DEAD [Zombie] (USA 1978) de George A. Romero montage européen par Argento - la version US " Directors cut " je ne men souviens plus . Autre exemple : louverture de LE FATICHE DI ERCOLE [Les travaux dHercule] (Fr. / Ital. 1957) de Pietro Francisci : lemballement des chevaux qui tirent le char dIole et leur arrêt par Hercule au moyen dun arbre. En quelques plans, tout est là : la Grèce antique et sa mythologie, la rencontre dune princesse et dun demi-dieu, le fatum symbolisé par la roue du char qui peut entraîner aussi bien lun que lautre vers la mort violente. La séquence où Constance Towers prostituée se bat avec le client qui refuse de la payer et qui nous révèle sa calvitie dans THE NAKED KISS [Police spéciale] (USA 1965) de Samuel Fuller, est-elle générique ou pré-générique ? Trou de mémoire Cela dit japprécie tout autant linsidieux et le subtil de la voiture blanche traversant une forêt grise et désolée pour arriver au cimetière " standard " de NIGHT OF THE LIVING DEAD [la nuit des morts-vivants] (USA 1968) du même Romero. Enfin, les pré-génériques explicatifs ont aussi leur charme : les pierres primitives de Stonehenge commentées en voix-off au début de NIGHT OF THE DEMON [Rendez-vous avec la peur] (GB 1957) de Jacques Tourneur constituent une " installation" du sujet à la fois ample et lointaine qui demeure un modèle toujours aussi impressionnant. Au fil des remontages des différentes versions dun même film, on a droit à des surprises : le montage US distribué en France de RADON [Rodan] (Japon 1957) dInoshiro Honda (version éditée en son temps par " American Vidéo " en VHS et absente du DVD distribué par Dionnet/Canal + qui ne contient que la version japonaise contrairement à lhabitude du distributeur) souvrait par de délirants stock-shots sur les explosions atomiques et le commentaire français emphatique sachevait par un inoubliable : " - Quelle monstrueuse engeance peut résulter dune si redoutable semence ? Cest ce que nous allons vous conter ! ". Jerry Lewis disait que le plan large est une introduction classique parce quelle est naturelle : lil voit dabord large avant de se concentrer sur un détail précis. Sans doute. Sa banalité est souvent bienvenue car reposante et convenue mais on peut apprécier ce quun Hitchcock tente pour la transcender au début de PSYCHO [Psychose] (USA 1960) : dune ville à lintérieur dune chambre dhôtel dont la fenêtre est déjà noire, ouverte sur le secret et linexprimable, sur la culpabilité et linfini de lhorreur. Il est vrai que labsolue violence graphique du générique de Bass nous avait sommés de - conditionnés à - linterpréter ainsi. Terence Fisher, je me plais à le rappeler ici, est lauteur de quelques uns des plus beaux génériques et pré-génériques de lhistoire du cinéma : celui de THE HOUND OF THE BASKERVILLES [Le chien des Baskerville] (GB 1959) qui montre une défenestration spectaculaire, est inoubliable.
2. Un décor naturel ou une ville ou un pays, que vous avez découvert au cinéma et qui vous a séduit(e) au point de vous donnez lenvie dy aller voir, un jour ? (Question Emilia Marchant)
La jungle tropicale vue de multiples fois dans bien des films fantastiques, de guerre ou daventure (au hasard, OBJECTIVE BURMA [Aventures en Birmanie] (USA 1945) de Raoul Walsh, THE STEEL HELMET [Jai vécu lenfer de Corée] (USA 1950) et MERRILS MARAUDERS [Les maraudeurs attaquent] (USA 1962) de Samuel Fuller, NAKED JUNGLE [Quand la Marabunda gronde] (USA 1954) de Byron Haskin, NAKED PREY [La proie nue] (USA 1966) de Cornel Wilde, etc.) et finalement découverte Les grandes villes contemporaines, on sen rend compte aussi bien en voyant les films qui les prennent comme décors quen les comparant réellement sont de plus en plus identiques dans leur architecture et leur urbanisme. Par contre il est amusant de croiser les regards et leur origine géographique : Melville filmant les USA ou Frankenheimer et Schlesinger filmant Paris. Lexotisme cest le regard surpris et pas une réalité en soi. Lorsque jétais adolescent, je disais quil était inutile de voyager parce quil suffisait de lire un livre ou de voir un film dont laction se passait dans le pays quon voulait connaître : que luvre dart en révélerait la substance bien mieux quun voyage. Conception idéaliste et mallarméenne. En fait les deux pratiques senrichissent mutuellement.
3. Vous souvenez-vous de votre premier film " enfants non-admis " ? (Autre question Emilia Marchant)Je me souviens davantage de ceux auxquels jai dû renoncer en découvrant la mention fatale : ma cousine France, femme charmante qui avait travaillé chez Nina Ricci, avait un après-midi proposé à ma mère de memmener au cinéma alors que je navais pas encore 13 ans. Javais jeté mon dévolu sur une salle près de lOpéra qui proposait " linterdit " EL CONDE DRACULA [Les nuits de Dracula] (Esp. 1970) de Jess Franco et, ne pouvant franchir ensemble son seuil, nous fûmes contraints de nous rabattre sur une autre. Idem pour THE LOST CONTINENT [Le peuple des abîmes] (GB 1968) de Michael Carreras à cette différence près que la caissière nous proposa de rentrer, à mon père et moi, en dépit de linterdiction et que jy renonçais de moi-même, trop impressionné par les photos dexploitation affichées et lambiance du hall, lescalier mal éclairé dune petite lueur rouge quil fallait descendre, qui menait à des abîmes encore trop effrayants pour moi
Le plus beau baiser ? (Question Jean-François Pluijgers)Le baiser échangé par Lee et la fille qui provoque / concorde avec lapparition du chien à la fin de THE HOUND OF THE BASKERVILLES déjà cité de Fisher : sauvage, dangereux, interdit mais transgressant linterdit. Cest le premier baiser dont je me souvienne au cinéma. Le baiser en N.&B. de Cliff Robertson avec Beatrice Kay dans UNDERWORDL U.S.A. [Les Bas-Fonds de New York] (USA 1961) de Samuel Fuller : - " Darling, when you kiss me I die " et la plupart de baisers lesbiens dans les films traditionnels (BOUND [Bound] des frères W... - avec Gina Gershon et lautre nana USA 1996 à savourer en v.o. only pour un maximum defficacité) aussi bien quérotiques ou pornographiques.
5. Un exemple flagrant de miscasting ? Et, au contraire, un rôle allant comme un gant à un acteur ? (Question Marlène Pilaete) Alain Cuny dans EMMANUELLE fourvoyé par la mise en scène absurde de J.J. du beau roman dEmmanuelle Arsan. Au contraire, Vincent Price dans la " série Edgar Poe " de lA.I.P. et Corman Cela dit un bon acteur est une pâte entre les mains dun metteur en scène qui doit savoir le modeler conformément au rôle.
6. Un des plus beaux mouvements de caméra ? (Question Jean Leirens)
La révélation de lembuscade dans PURSUED [La vallée de la peur] (USA 1947) de Raoul Walsh, montrant un fusil braqué sur Mitchum qui chevauche en contrebas mais je ne me souviens plus sil sagit dun changement de plan ou dun mouvement de caméra autre exemple certain celui-là celui de la caméra qui accompagne la charge des soldats nordistes dans GLORY [Glory] (USA 1990) dEdward Zwic ; en un seul mouvement et sachève sur la vision des sudistes qui les abattent sans contrechamp. Il est vrai que son directeur de la photographie Freddie Francis était très en forme à cette époque et son musicien James Horner aussi !
- Le plan le plus hallucinant ? (Question Pierre-Paul Renders)
Choix infini : le plan final en travelling puis zoom sachevant en close-up sur les yeux de Barbara Steele à la fin de THE PIT AND THE PENDULUM [La chambre des tortures] (USA 1961) de Roger Corman,, lorsquelle comprend quelle restera prisonnière et mourra dans ladite chambre facile à imaginer mais très bien réalisé tel quel.
Un réalisateur sous-estimé ou à réhabiliter ? (Question Louis Danvers)Terence Fisher bien sûr, du moins en France aujourdhui.
Quel est pour vous le film le plus subversif ? (Question Noël Godin)NIGHT OF THE LIVING DEAD et la plupart des grands films de Terence Fisher.
La politique des auteurs vous semble-t-elle encore une clé valable pour juger le cinéma daujourdhui ? (Question Henri Sonet)Il ny en a pas dautre qui tienne la route même dans le cadre dun genre, on doit reconnaître des individus et leur histoire. On dit " un Hammer Film " ou " un Poliziotti " mais une fois quon a dit ça, on na pas atteint ce quAristote nommait la différence spécifique. Autrement dit, lunicité, la faculté dêtre soi et pas un autre : Don Sharp, Umberto Lenzi. Même le désir de seffacer totalement derrière ce que lon raconte est un désir appartenant à une histoire individuelle quil faut repérer. Le critique comme lhistorien dun art quelconque ne peuvent que distinguer et répertorier des auteurs avec le plus de finesse possible. Dire " une belle actrice " navance guère : si on dit " Yvonne Romain ", on en sait tout de même un peu plus
Quels sont les gens que vous jugez essentiels et que vous navez pas eu loccasion de citer ? Les bons, les vrais. (Question Jean-Marie Buchet)Erle C. Kenton, Stuart Heisler, Phil Karlson, Paul Morrissey, Henry Hathaway, Fritz Lang, Otto Preminger, Richard Fleischer, Lester James Peries, Luis Bunuel, Nobuo Nakagawa, Mizoguchi, Kobayashi, Masumura, Fukasaku, Ray (Nicholas et Satyajit), Godard, Franju, René Clair, Robert Florey, Pierre Chenal, José Bénazéraf, Michael Winner, Scorsese, Bergman, Cornel Wilde et des dizaines dautres encore
12 Penser que tout a été dit en matière de cinéma et ce, depuis cinquante ans, est-ce forcément une manifestation de passéisme ? (Question Maurice Einhorn)
Non, cest une manifestation de réalisme lucide : il reste juste à enregistrer lhistoire du cinéma dans son évolution car du point de vue théorique, tout est dit depuis les origines de cet art. On ne fait que répéter en adaptant les principes fondamentaux aux réalités nouvelles que sont les dernières productions. Des apports théoriques nouveaux sont toujours tentés : ils sont intéressants et il faut les connaître mais lessentiel est derrière nous. On vient trop tard
13Quel est le cinéma qui vous manque aujourdhui ? Quest-ce qui na pas encore eu sa place au cinéma ? (Question Sébastien Verkindere)
Le cinéma porno sur support chimique est mort : il reste juste des films traditionnels excellents sur son histoire comme BOOGY NIGHTS (USA 1997) de P.T. Anderson ou bien RATED X.[Classé X] (USA 2000) dE. Estevez. On aura vu un genre naître, vivre son âge dor, connaître son déclin puis sa mort en lespace dune génération : cas unique dans lhistoire du cinéma français et mondial, assez suggestif et étonnant tout de même !
14.Quel film regrettez-vous de ne pas avoir vu ? (Question Stephan Streker) Quels sont les films que vous navez pas vus et que vous voudriez voir ? (Question Gérard Lenne)
HOUSE OF FRANKENSTEIN [La maison de Frankenstein] dErle C. Kenton, ROUGH CUT [Carnage] (USA 1972) de Michael Ritchie, PARANOIAC [Paranoïaque] et NIGHTMARE [Meurtre par procuration] (GB 1963) et THE PSYCHOPATH (GB 1965) tous trois de Freddie Francis, les films de S.-F. de Terence Fisher, LE SPECTRE DU CHAT de John Gilling, quelques films de Honda, TEENAGE DOLL (USA 1957) de Roger Corman, et bien dautres encore de nombreux péplums invisibles des années 1953 1965 par exemple
Pour quel genre de films avez-vous le plus dindulgence ? (Question Romain Hannebert)Pour les mauvais films de genre, tous genres confondus. Ils ont eu le mérite de vouloir le servir même sils nont pas été à la hauteur. Aussi pour les films académiques et bien-pensants qui recèlent souvent des trésors de subversion involontaire. Pour les films comiques français des années 30 à 60 : débiles mais drôles parce que débiles justement et dont on ne se lasse pas, au contraire
Y a-t-il une salle de cinéma qui vous ait particulièrement marqué(e) ? (Question Eric Russon)Le Brady bien sûr et ses frères en programmation fantastique : Colorado, Mexico, Styx, etc. Je nai pas connu une génération de retard le Midi-Minuit des années 60 tel quen lui-même : cest pour combler cette lacune que jai voulu le faire revivre au Bergère mais cétait déjà trop tard La mort des cinémas indépendants, permanents, lieux de vie sociale, tels que nous les avons connus était trop avancée
Les succès en salle, de foule ou critique qui vous ont vraiment choqué(e) ? (Question Véronique Kirszbaum)Je lai déjà dit dans le premier commentaire : les remakes des sérials des années 40 fabriqués par Spielberg. Pour faire bonne mesure on peut rajouter la série des STAR WAR par Lucas, les conneries comme BATMAN, SUPERMAN ou SPIDERMAN. Aussi les films " réalistes-populistes-socialistes " français des années 1985-1995 comme une UNE SEMAINE DE VACANCE, A NOS AMOURS, SANS TOIT NI LOI par exemple.
Si vous étiez acteur, quelle période ? Quel film ? (Question Anne-Cécile Brandenbourger)Jaurais aimé joué des rôles dans des films de genre populaire : western, horreur et épouvante, policiers violents, peplums, films de guerre. TOO LATE THE HEROES [Trop tard pour les héros] (USA 1970) de Robert Aldrich maurait, par exemple, bien plu : être indifféremment le personnage interprété par Michael Caine ou Cliff Robbertson maurait comblé. Ce mélange de lyrisme et de réalisme absolu est le sommet de lart pour un comédien.
- Quel rôle vous colle le plus à la peau ? (Question Pierre De Paepe)
Celui de tous les personnages de THE BAD AND THE BEAUTIFUL [Les ensorcelés] (USA 1952) de Minnelli
Si vous aviez pu réaliser un et un seul film existant, lequel serait-ce ? (Question Franco Delvecchio)THE BRIDES OF DRACULA [Les maîtresses de Dracula] de Fisher (GB 1960) ou NIGHT OF THE LIVING DEAD [la nuit des morts-vivants] de Romero (USA 1968).
Le meilleur film en noir&blanc ? (Question Christian Lebrat)NIGHT OF THE LIVING DEAD [La nuit des morts-vivants] (USA 1968) de Romero, aboutissement dune tradition qui emprunte à tous les courants de la photo N&B depuis Griffith en passant par lexpressionnisme allemand ou bien NIGHT OF THE DEMON [Rendez-vous avec la peur] (GB 1957) de Jacques Tourneur.
La plus belle lumière ? (Question Paul-Hervé Mathis)La lumière naturelle des extérieurs quand elle est retravaillée pour obtenir un effet non-réaliste (un " cinematographer " comme Arthur Grant par exemple) ou son franc contraire : la lumière totalement artificielle du studio (un comme Floyd Crosby). Pour moi la lumière cest ce qui échappe au noir, est menacé par le noir : Joseph H. Lewis, Jacques Tourneur, Romero, Fisher sont des réalisateurs qui savent créer ça. Sans ténèbres, pas de belle lumière.
Quest-ce qui vous exaspère le plus au cinéma ? (Question Damien Marchal)Si cest " dans les salles de cinéma " : presque tout et cest pour ça que jy vais au minimum. Si cest " dans les films ", alors là la réponse à " - Quest-ce quun film exaspérant ? " peut prendre autant de temps que celle à la dernière question du présent questionnaire. Tournons la difficulté : jai commencé à regarder hier soir un film de Damian Lee tourné en 2000 avec Dolph Lundgren intitulé en français " Agent destructeur " ou un truc comme ça. Au bout dune demi-heure, jétais exaspéré par sa nullité et je ne supportais plus lidée de devoir continuer à perdre quelques minutes de ma vie (on nen a quune comme dit lautre !) à lui donner sa chance. Je me suis rabattu sur HELL DRIVERS [Train denfer] de Cyril R. Enfield (GB 1957) avec délice puis sur THE PIT AND THE PENDULUM (La chambre des tortures] (USA 1961) Lorsque je sens quun film va mexaspérer en raison de sa nullité, cest dailleurs rare que je lui donne sa chance. Mon problème cest de voir et de revoir les films de mes metteurs en scène préférés au maximum je laisse le temps décanter les 10 dernières années de production ou mes amis décantent pour moi et jaccepte de me laisser aller à vérifier ce quils me recommandent parfois de bonnes surprises heureusement dans les 10 dernières années. En fait, je naime pas éprouver ce sentiment : ladmiration est la passion que je préfère. Elle fait du bien à lâme, je suis daccord avec René (Descartes).
Quest-ce qui vous exaspère le plus dans la critique cinématographique ? (Question Christian Collin)Linculture, le manque de connaissance qui empêche le jugement dêtre informé et lobligation de voir les films nouveaux qui sortent. Cest ce que je pardonne le moins : être tenu de parler du nouveau sans pour autant être tenu de connaître lancien. Mais peut-on être critique aujourdhui en France ? Françoise a bien de la chance de dire que cest un métier et quelle lexerce en toute sérénité en Belgique. En France, le critique est lémanation de son journal autant quun esprit libre. Raison pour laquelle Michel Marmin a mis fin de lui-même à son activité critique avec le maximum de retentissement pour dénoncer cette situation et raison pour laquelle je me suis délibérément rabattu sur www.dvdrama.com et www.cinerivage.com pour mexprimer avec le minimum de contrainte spatiale et éditoriale.
Le plus beau décor ? (Question Marie Baudet)Les jungles artificielles-naturelles comme celles de KING KONG [King Kong] (original de E.B.S. et M.C.C., USA 1933 évidemment) ou de THE MOST DANGEROUS GAME [Les chasses du Comte Zaroff] (USA 1932 des mêmes) et les châteaux (extérieurs autant quintérieurs) et bien sûr les reconstitutions de larchitecture antique dans les péplums
Avez-vous découvert au cinéma un certain genre de musique ? Avez-vous connu une expérience si forte quelle vous pousse désormais à associer les images dun film à cette musique ? (Question Isabelle Corbisier)CONCRETE JUNGLE / THE CRIMINAL [Les criminels] (GB 1960) de Losey me semble inséparable de la musique de lépoque que les personnages écoutent au cours dune " party " Je naime le " Jazz " que dans les films il mennuie considérablement en soi sil nest pas intégré à un commentaire filmique. Lorsquil lest, il me ravit. En revanche, toutes les adaptations de musique symphonique me plaisent quelque soit le genre de films pour lequel on lutilise.
Y a-t-il un livre que vous souhaiteriez voir adapté à lécran ? Ou alors, surtout pas !!! (Question Françoise De Paepe)Proust, Joyce, Faulkner, et aussi Cohen cité par Françoise, sont inadaptables en fait rien nest adaptable.
Quel mauvais film que vous avez toutes les raisons de détester, voire de mépriser, ne pouvez-vous vous empêcher daimer quand même ? (Question Jean-Pierre Bouyxou)LE FOND DE LAIR EST ROUGE (France 1978 1988) de Chris Marker documentaire objectivement communiste voire maoïste mais esthétiquement très beau et qui se paye le luxe dadmirer le réalisme de CHE [Che] (USA 1969) de Richard Fleischer : Marker est un grand seigneur de ce point de vue
- Comment êtes-vous devenu cinéphile? (Question Robert Cappadoro)
À cause non pas " dun assassinat " comme dans le film dAlan J. Pakula THE PARALLAX VIEW qui porte ce titre en français mais à cause de THE VALLEY OF GWANGI [La vallée de Gwangi] (USA 1969) de James OConnolly, comme je lavais expliqué dans le premier questionnaire. De lamour provoqué par le plaisir procuré par un objet à la recherche des causes de cet amour, au désir de les connaître puis à celui de les faire partager aux autres et de les leur enseigner, il ny a quun pas
30.La cinéphilie nest-elle pas futile ? (Question Jean-François Houben)Comme toute activité liée à lesthétique et à lart dune façon général elle est contemplative, donc opposée aux valeurs de la société industrielle qui privilégient laction et la continuelle modification de ce qui est. Cela dit, si linformation commence à être considérée comme plus importante que laction matérielle par les économistes, la contemplation esthétique elle-même pourra bénéficier dun réévaluation " économique " comme élément " de connaissance " autant que " dart ". Cest déjà le cas dailleurs depuis lapparition de linformatique grand public vers 1985 En soi, lesthétique est un domaine supérieur aux autres car cest le domaine où la règle absolue peur sallier à la liberté absolue. Le cinéma étant devenu partie intégrante de lesthétique, il bénéficie de ce caractère tout naturellement. Mallarmé disait que le monde était fait pour aboutir à un beau livre. Soyons moderne : remplaçons " livre " par film le mouvement est le même !
31.Quel film auriez-vous aimé vivre ? (Question Gregory Crenn) Mauvaise question : ce serait abolir le film comme représentation esthétique. Un film est, par essence, " invivable ". Lorsque la vie commence à ressembler à un film, on est généralement en très mauvaise posture : danger ! Dun autre côté, si on veut faire de sa vie elle-même une uvre dart, il faut en subir les conséquences immédiates : ceux qui sy opposent la majorité inertielle comme disait Baudelaire dans ses " Journaux intimes "
Revoir un film aimé, nest-ce pas courir le risque dêtre déçu ou, davantage, se rendre compte que lon a changé, que lémotion nest plus aussi forte que dans son souvenir que lon a vieilli (beaucoup) et vécu (trop peu) ? Et que le film est déjà presque terminé ? (Question Jean-Pierre Deloux)Oui, mais il le faut le courir régulièrement au cours de sa vie. Lorsque le film est bon, il résiste à lépreuve. On peut aussi y découvrir de nouvelles raisons de lapprécier qui remplacent parfois totalement celles quon avait étant plus jeune. Je ne sais pas si son sujet le vampirise, mais THE PICTURE OF DORIAN GRAY [Le portrait de Dorian Gray] (USA 1945) dAlbert Lewin par exemple ne semble pas atteint par le temps, tout comme lhomme dont il compte lhistoire.
Le film que vous aimeriez voir avant de mourir ? (Question Gael Le Bellego)Peut-être un film traitant de morts-vivants ou de vampires : gratifiant et compensatoire spectacle pour un agonisant ou alors un peplum biblique, mythologique ou historique : spectacle de limmortalité
Pourquoi allez-vous au cinéma ? (Question Laurent Aknin)Je ny vais plus que très rarement : je ne regarde pratiquement plus que des DVD ou des VHS ou des films télévisés le fait de ne pas pouvoir fumer, boire, manger ou me coucher, dêtre forcé de me déplacer avant et après, de supporter des commentaires débiles ou ignobles, davoir trop chaud ou trop froid, de ne pas pouvoir changer de position facilement dans le fauteuil, de ne pas pouvoir étendre les jambes à hauteur du bassin, tout cela mennuie au plus haut point jallais au cinéma quand on ne pouvait pas faire autrement pour voir des films. Maintenant quon peut faire autrement, je le fais. Lidée même de communion esthétique nen est pas atteinte dans son essence : atomisée en autant de télévisions et de lecteurs de DVD ou de magnétoscopes. Internet permet de reformer la communauté des cinéphiles dune manière moins physique mais tout aussi réelle. Les réactions des spectateurs dans la salle sont restituées et archivées dans les commentaires spontanés annexés aux tests / critiques : on en profite autant mais en différé et à tête reposée et surtout quand on en a envie.
Quest-ce que le cinéma ? (Question Gilles Esposito)Lire les volumes dAndré Bazin qui portent ce titre et répondent assez bien à la question quil pose et compléter cette lecture par celle du livre de Jean-Marie Sabatier mais avant lire aussi les différents traités desthétique des Grecs à nos jours pour replacer le cinéma dans lhistoire axiologique de lart. En gros, cest lart de raconter des histoires animées et sonores en deux ou parfois trois dimensions. Cest une synthèse des arts antérieurs, dont il se nourrit sans cesse : architecture, peinture, sculpture, musique, danse, théâtre, littérature cest un art du temps et de lespace à la fois dont la vocation est de délivrer une représentation de son statut de représentation pour en faire une présentation de plus en plus " réelle " : une " mise en présence " ontologique. Voir le beau " Cinéma dhier, cinéma daujourdhui " de René Clair belle mise au point des études esthétiques sur le cinéma des origines à 1970 pour la période théorique contemporaine, je vous laisse vous débrouiller mais Deleuze, Debray et dautres constituent de bons guides cest une question de philosophie. De nombreux cinéastes y ont répondu et le petit Esposito avait cité à juste titre la fameuse réponse de Fuller : Les motion-pictures sont des " E-motion " là aussi, se reporter aux nombreuses monographies des grands cinéastes pour lire leurs réponses à cette question. (FIN)
Francis Moury, mars 2003
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