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Andy Warhol et la trilogie de Paul Morrissey : Flesh Trash Heat
par Francis Moury
Note : Ce texte est initialement paru en tant que critique de dvs sur le site dvdrama, d'où la forme du texte. Bien que cineastes.net s'intéresse plus aux films qu'aux supports commerciaux de diffusion de copies vidéos de ces films, il a été décidé en accord avec l'auteur, de publier ce texte tel quel. Le texte à juste été légerement revu et corrigé par l'auteur.
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Carlotta Films présente une sélection Clipper Films avec laide du C.N.C.
Édition collector numérotée (coffret testé portant le N°002847) distribuée par GCTHV & Columbia Tristar
NEW YORK [19]68-[19]72 Underground : Andy Warhol et la trilogie de Paul Morrissey : Flesh Trash Heat
4 DVD9 Zone 2 (PAL) Format : 1.33 & 1.37 - son : Mono dorigine v.o.s.t.f. (pas de v.o.)
Note sur laspect physique du coffret
La boite a exactement les dimensions dun boîtier mi-plastique mi-cartonné de la Warner zone 1 ou 2 : 19cm x 14cm x 2,5cm. Il sadapte donc sans problème dans les DVDthèques.
Les 3 dominantes retenues pour son illustration (noir, or un peu " blanc " et argent) confèrent aux photos nues et dépouillées un aspect hyperréaliste, esthétisant et glamour qui " glace " dune étrange façon les maquillages et les coiffures 70s des acteurs Le boîtier du coffret est donc au fond un début de réalisation du projet fondamental de Morrissey unifiant cette réédition et leurs bonus : nous assurer que la transparence du début du XXIe siècle éclairera totalement le matériel rassemblé ici, en une synthèse définitive.
Une fois tiré à lextérieur le support cartonné et imprimé des 4 DVD, on ressent immédiatement une tendance inverse : restituer dune façon brute et " telle quelle " les années " sex, drug & rock nroll ". Les sérigraphies de chacun des 4 disques sont splendides, on passe du "colore flash" du PopArt (équidensités jaunes et oranges de la photo de Jo Dallesandro de lune des deux faces externes) à lefflorescence naturelle, simple des lettrines ondulées ou recourbées typiques de lépoque, avec des montages photos et des rapports de teintes directement inspirés, outre les éléments quils lui empruntent évidemment, de lesthétique de la Factory warholienne.
Une fois ouvert en deux parties, le support contient 2 x 2 DVD bien fixés sur leurs ergots mais pas protégés individuellement et complètement. Sur 30cm dabord puis sur 59cm totalement dépliés, limpression densemble est celle dune surcharge démentielle des informations plastiques. Cest comme une petite serre dépoque dans laquelle aurait germé la quintessence de toutes les " fleurs-signes " de lépoque. Fugitif mais agréable à ressentir leffet de condensation et de synthèse est réussi : les supports transparents des DVD eux-même permettent à la lumière de circuler dans ce déploiement labyrinthique. Un bel alliage-hommage ostensiblement référentiel et fétichiste.
Note sur lordre rationnel de visionnage à lattention de ceux qui ignorent tout de ces films et vont les découvrir : on vous conseille de découvrir les 3 films dans lordre chronologique où ils ont été tournés et de ne visionner quensuite les bonus tous sous-titrés - spécifiques à chaque film et ceux rassemblés à part sur le 4ème dvd. Leffet esthétique - de surprise et de choc sera ainsi préservé. Une précision pour les amateurs de v.f. : il ny en a pas. Les films ont été exploités en France à leur sortie uniquement en v.o.s.t.f. dans le circuit " Art et Essais " parisien. Une ultime précision pour les amateurs de v.o. sans sous-titres : ce nest pas offert non plus.
DVD 1 : FLESH (1968)
1h2550
FICHE TECHNIQUE
Mise en scène, sr., photo, : Paul Morrissey
Distribution Scores Movies Ltd. (1968)
Production Andy Warhol
Musique une chanson de Fred Astaire au début
CASTING
Joe Dallesandro, Geraldine Smith, Patti Darbanville, Louis Waldon, Candy Darling, Jackie Curtis, Geri Miller, Barry Brown, Maurice Braddell
Résumé du scénario :
A New York, en 1968. La journée ordinaire de Joe : un itinéraire marginal dun prostitué italien bisexuel de 18 ans marié et père de famille. Joe croise lesbiennes rivales, transsexuelles intéressées et amis-clients possessifs afin, éventuellement, de ramener 200$ qui devront servir à financer lavortement de la meilleure amie de sa femme. Mais il les croise aussi parce que, tout bonnement, il les aime. Une certaine conception de la pureté
1)IMAGE
Copie remastérisée flambante quoique contenant de sympathiques petites rayures et légers défauts de-ci, de-là. Aucune importance ! Après tout, on les reconstitue avec délice en laboratoire pour habiller les bonus et les clips qui les accompagnent alors on peut bien les tolérer sur loriginal ! En revanche, couleurs dépoques, lumière, contraste et définition au top. Lissage du grain 16mm total. Plus aucun grain. La perfection. Format 1.33 dorigine respecté. Tant mieux parce que ça préserve leur aspect sauvage et peu friqué : il eût été stupide de les modifier et cela aurait même été difficilement concevable en respectant techniquement les résultats initiaux de la mise en scène. Sage abstention dont nous félicitons les éditeurs.
2) SON
Mono dorigine en v.o.s.t.f. uniquement. Pas de v.o. pure ni de v.f. Comme on sait, les prises de son étaient parfois lacunaires, de niveau variable intempestivement ou volontairement, et on se félicite là aussi davoir laspect fauché et pris sur le vif parfaitement respecté. La conservation de ces effets est parfaite et ils ne sont pas défigurés par une remastérisation contemporaine qui les auraient, inévitablement, tués ou modifiés.
3) INTERACTIVITE
Pas de chapitrage. Le menu principal est sonorisé de musique seventies dépoque, de la petite chanson de Fred Astaire quentend Joe quand il se réveille au début de Flesh et animé par des extraits en regard des diverses sections. Si on ne fait rien, les différentes sections " sallument " les unes après les autres avec chacune son extrait et sa musique ou sa bande-son, tout simplement.
- Film : pour voir le film immédiatement.
- Scène coupée : (durée 1148) Ça aurait pû être la séquence douverture de Flesh. Mais Morrissey a préféré la couper. On y voit Joe (les cheveux mouillés) et sa femme discuter de problèmes dargent et de travail, Joe demander à sa femme, cool mais très machiste, de lui repasser une chemise pour le lendemain, de faire ci de faire ça mais elle chantonne, sen fiche. Puis " Gerri " a une idée : faire des photos nues de Joe pour les vendre à un magazine du " Village ". Ensuite Joe lui reproche de ne soccuper assez de leur bébé. Très intéressant parce quon saisit la différence entre une séquence de rushe brute et une séquence montée au cordeau. Mais on devine aussi le beau travail sur la notion de temps un peu dilaté, celui sur le rapport dialogues écrits ou improvisés, etc... On y mentionne dailleurs la fameuse belle-mère dont on nentend guère parler dans le film monté et qui déterminait la nécessité de sortir travailler pour Joe, selon Morrissey qui confond un peu ce qui est monté et ce qui ne lest pas 30 ans après, dans le bonus About Flesh intégré au disque " Bonus ".
- Scène coupée avec commentaire du réalisateur : (durée : 959) Cest à peu près la même séquence moins quelques plans mais commentée en voix-off par Morrissey qui la visionne sur une table de montage de la même marque que celle qui a servi à monter Trash (cf. infra). Il confirme ici que Flesh était " son premier film ". Il juge Flesh comme un film réaliste, drôle qui pose dune " façon novatrice " la question de la " responsabilité morale " ! Il commente ensuite le rôle croissant de la beauté et du culte de la beauté du corps dans la société américaine. Il explique que la valorisation de celle-ci était à lépoque libératrice et révolutionnaire mais quau fond le " marché " la ensuite récupéré et que toutes les séquences où les autres acteurs demandent à Joe de se déshabiller sont dépassées par le moindre " reality show " télévisuel daujourdhui.
- Clip de Joe Dallesandro : (durée : 233) : divers plans et photos couleurs et N.&B. de Dallesandro montés sur un tube de lépoque.
- C.-M. de Paul Morissey : (durée 1312) All Aboard the Dreamland Choo Choo (1965 1.33 couleurs avec Richard Toelk). En v.o. muette dépoque et bien sûr en moins bon état que le reste ! Quelques taches, rayures, etc. Très étrange : un jeune homme se roule une cigarette de tabac ( ?) puis la fume puis samuse avec un petit rateau en plastique parcouru de lumière bleutée quil frotte sur sa peau. Puis il ouvre un tiroir, prend un cutter et se lenfonce plusieurs fois dans la cuisse. Gros plans saignants. Mais un plan fugitif de la même cuisse nous la montre immaculée. Rêve, fantasme ?
- Flesh en 1968 : (durée : 130) : actualités politiques, artistiques et cinématographiques de cette année-là : quelques " close-ups " sur les pavés-presses et le matériel publicitaire de films sortis à ce moment-là comme : Midnight Cowboy [Macadam Cowboy] (USA 1968) de John Schlesinger, Rosemarys Baby (USA 1968) de Roman Polansky, The Night of the Living Dead [La nuit des morts vivants ] (USA 1968) de George A. Romero. Sans grand intérêt pour ceux qui ont connu cette époque mais patit rappel utile tout en image pour ceux qui nen ont pas une idée très précise.
4) CRITIQUE
Tourné après la tentative de meurtre de Warhol par Valérie Solanas en fait à peu près pendant que Warhol était soigné de ses blessures à lhôpital - mais déjà en projet antérieurement, Flesh est un second tournant Chelsea Girls (1966) étant le premier - dans lhistoire de la Factory. Il marque le passage progressif de Warhol du flambeau de la réalisation à Morrissey. Ce passage a été jugé positivement par les uns qui y voyaient la maturité enfin atteinte ou négativement par les autres - qui y voyaient précisément lamorce dune irrémédiable décadence.
De 1963 (Sleep est le premier film signé Warhol : il dure 6H, est tourné en 16mm et en 16 images/secondes - selon quon respecte ou non la vitesse originale de projection, le film varie en durée - constitué de " segments " de 10 cadrant telle ou telle partie du corps dun homme qui dort) à 1974 (Blood of Dracula [Du sang pour Dracula] est le dernier film de cinéma auquel Warhol ait pris une part directe ou indirecte et marque le point de séparation avec Morrissey), on peut dire que les rôles de Warhol furent ceux dun homme-orchestre mais que ses collaborateurs ne le furent pas moins.
Certes, rien ne se faisait sans laval de Warhol, sa présence effective et cest bien lui et sa " Factory " à lintégration verticale au fond très analogue à celle dune société hollywoodienne qui contrôlait chaque produit filmique. Mais Gérard Malonga, Chuck Wein, Ronald Tavel, Morrissey et les autres furent tour à tour aussi bien opérateurs, scénaristes, réalisateurs, cadreurs sur Sleep, sur Eat (1964 : un homme mange des champignons hallucinogènes pendant 45), Blow Job (1964 : un mec se fait sucer par 5 autres mecs pendant 30), Couch (1964 : sur le canapé de Warhol, 50 bobines de 35 chacune totalisant 24 de projection montrent des ébats divers hard !), Horse (1965 : une parodie de western avant Lonesome Cowboys ou Cow-Boys selon les sources impossible de me rappeler du générique que jai vu vers 1985 pour confirmer ou infirmer le trait dunion et la séparation ! 1968) - dont le titre joue aussi sur un mot dargot désignant une certaine catégorie de drogue, durée 105), Vinyl (1965 : première version filmée du roman dAnthony Burgess, Clocwork Orange, durée 64), Blue Movie (1968 : histoire dun film porno avec Viva, tourné en 16mm, durée 130 à 24 images/secondes) et bien dautres ! Et ces postes quils tinrent pour leur producteur, leur producteur les endossa lui aussi et parfois simultanément et sur le même film.
Cela dit, aucun doute sur lévolution cinématographique globale de la Factory : elle commence vers 1960 dans lexpérimental et lunderground le plus narrativement absolu, dépouillé à tel point quon pouvait évoquer une esthétique proche dans sa visée à celle dun Carl Theodor Dreyer afin denregistrer, souvent en plan fixe mais pas systématiquement, aussi bien ce qui est cadré que le son, lorsquil est utilisé, de ce qui est hors-champ mais audible et proche.
Un peu comme si le langage cinématographique renaissait sous nos yeux dans son histoire mais selon un autre principe, les autres types de plan et de cadrages, les mouvements dappareils divers, les effets de montages " images et sons " retrouvent ainsi une densité, une fraîcheur, une intensité perceptive et signifiante comme vierge et neuve.
En marge et cachée parce quelle révèle ce quon ne montre pas dhabitude : la mort, le sexe, le rêve sont au cur dune anti-représentation hollywoodienne qui prétend être, comme dhabitude dans lhistoire de lart, une approche plus vériste de la réalité. Mieux : qui prétend la modifier ! Le pop-art avait décrété que chacun pouvait faire tout ce quil voulait et comme il le voulait. Pourquoi donc ne pas filmer des heures durant une bouche mangeant une banane, un homme en train de dormir, des bouches diverses sembrasser en close-up durant des heures aussi ?
Avec le temps, le succès, largent aussi voir les nombreuses remarques mi-cyniques mi-convaincues de Warhol lui-même sur la nécessité pour lartiste de " réussir " sil veut atteindre son but dartiste - la normalité dramatique, le montage classique, la mise en scène conventionnelle sintroduisent. Ce fut aussi bien une volonté, semble-t-il, de Warhol que de Morrissey. En 1966 le pli commençait à se prendre et il fut accentué par le succès critique et commercial de Flesh. Les films postérieurs marqueront une résistance latente à cette tendance de fond ou au contraire son avancée. En 1974, il était clair que la " convention " lavait emporté. Ce qui nempêcha pas Morrissey, désormais seul, de poursuivre une démarche intéressante : Forty Deuce [New-York quarante deuxième rue] (1982) emploiera le thème des " hustlers " si fréquent dans les " Factory movies " en lalliant au suspense et au split-screen (après Richard Fleisher (1968) et Robert Aldrich (1974 et 1977) il est vrai ) et Mixed Blood [Cocaïne] (1985) sera un dynamitage provocant et détonnant du film de gang traditionnel trouvant peut-être un équilibre parfait entre cinéma conventionnel et underground, longtemps recherché par Morissey.
Cest donc, précisément, la période 1968-1972 qui est celle où ces deux tendances se combattent, salimentent lune lautre qui voit naître la fameuse " trilogie " de la Factory. Et Flesh est sa première figure.
Il y a dès lors deux possibilités pour le spectateur : découvrir Flesh au hasard, en ayant une très vague idée de la période et des créateurs et sans avoir rien lu de précis sur Warhol et la Factory, son évolution esthétique et son histoire interne ni rien vu dantérieur à Flesh ou de postérieur produit par cette même Factory. Cétait notre cas lorsque nous lavons découvert lors dune reprise parisienne vers 1982 ou 3. Et dans ce cas, disons-le, la surprise est totale, géniale, inoubliable. Le plaisir procuré par le film donne immédiatement envie de suivre Joe et de découvrir Trash. Puis Heat bien que ce ne soit plus, ici dans cette troisième " partie ", le Joe de Flesh et Trash. Ou bien on connaît tout de ce mouvement et on opte pour lun des camps en présence : Flesh est lamorce dune décadence de la Factory confirmée par les deux films suivants ou au contraire son accomplissement, sa perfection équilibrée, confirmée par les deux films suivants. Et lorsquon dit " films suivants ", il faut encore savoir que les partisans de la " décadence " y incluent tous ceux signés Morrissey qui, par définition, ne serait plus Warhol mais " juste " Morissey.
Flesh revu en avril 2003, que reste-t-il dune telle querelle, frappée au cur des années 70 ? En fait tout et rien à la fois. " Chair " qui est la traduction littérale de son titre original - jamais utilisée pour le dénommer dailleurs - est génial en soi. Il se porte bien. Au sens de " se tenir tout seul sur ses pieds " et au sens de " fonctionner à plein rendement ". Il présente représente une synthèse et un point déquilibre entre le cinéma expérimental pur et le cinéma traditionnel. Les deux camps ont un peu raison de le revendiquer.
On nest pas près doublier la journée de Joe : chassée de son lit par une emmerdeuse qui le houspille alors quil dormait, nu, du sommeil de linnocent (du juste ?), aussi innocent que son bébé, nu, quil tient un moment dans ses bras, à égalité de regard et de sensation mais avec un certain décalage inévitable tout de même puisque Joe est en fin de compte aussi rusé quinnocent, hésite entre la ruse et linnocence, entre lhabillage et le déshabillage voire la nudité totale physique comme spirituelle, tout au long du film.
Ce portrait acide, dialectique, réceptif aux contraires et tenu par une unité de temps et daction presque de lieux mais plus tout à fait (intérieurs et extérieurs commencent à être nettement différenciés), se développe suivant son rythme propre qui est, précisément, de refuser le rythme du scénario. Joe devrait rechercher de largent fiévreusement : il est décontracté avec ses clients. Au fond, il nest pas intéressé par largent mais par ce quelle loblige à faire : vivre = séduire = être séduit = parler = écouter = tout et rien. Dailleurs lorsque Joe ramène largent au foyer, cest pour constater que rien nen est modifié pour autant : sa femme sen moque et flirte avec une amie denfance aussi défoncée quelle. Il aurait pût aussi bien rester couché. Cest peut-être ce quil pense avant de se rendormir. À quoi rêve-t-il ?
Le délire du film est de montrer un prostitué italien marié et père dun enfant, vivant pauvrement, probablement un peu " junkie ", se promener chez les uns et les autres comme un londonien de la City irait discuter posément et objectivement, avec détachement qui nest pas non plus du désintérêt, de la meilleure traduction de Shakespeare avec les membres de son club. Cest lun des rares films de lhistoire du cinéma qui puisse être interprété dune façon totalement opposée par les critiques. Le fait que les interlocuteurs de Joe soient des marginaux de la société américaine de 1970 est une revendication, révolutionnaire à lépoque, pour la liberté des minorités (sexuelles ou usagères de drogues). Revendication dont la proximité provoque la tendresse mais aussi une ironie socratique et sympathique : lincroyable client de Joe qui veut lui faire imiter la pose dune statue antique est un de ces personnages inoubliables. Candy Darling et Jackie Curtis commentant en historiennes émérites et fascinées les techniques de maquillage décrites dans un vieux magazine dHollywood tandis que Geri Miller suce Joe juste à côté delle en hors-champ puis en contre-champ est une scène inoubliable. En fait le moindre plan de Flesh, je men rends compte aujourdhui, est inoubliable.
Mais cest aussi dû à une qualité particulière de Warhol et aussi de Morrissey qui partageaient la même conception du casting : le soin extrême à sélectionner des personnalités originales, à les diriger librement et à leur faire donner le meilleur delles-mêmes. Cest un cinéma-vérité dont les néo-réalistes des années 1945 avaient rêvé en Italie mais quil fallut attendre 1970 pour voir achevé et on comprend quil ait fasciné certains critiques du néo-réalisme devenus réalisateurs : un Rivette, un Pasolini par exemple... La pauvreté du budget est une composante quasi-obligée de laspect expérimental du film. La qualité des acteurs est une composante quasi-obligée aussi de laspect commercial du film. Entre les deux, il ne faut précisément pas choisir. Le charme de Flesh, cet alliage réalisé en 1968, est précisément dêtre un bon exemple dun alliage typique du cinéma de Wahrol influencé par Morrissey et du cinéma de Morrissey influencé par Warhol.
DVD 2 : TRASH (1970)
1h45
FICHE TECHNIQUE
Mise en scène, sr., photo, montage : Paul Morrissey
Distribution Score Movies Ltd. (1970)
Production Andy Wahrol
Musique dépoque
CASTING
Joe Dallesandro, Geri Miller, Bruce Pecheur, Michael Sklar, Andrea Feldman, Diane Podel introducing Jane Forth & Holly Woodlawn
Résumé du scénario :
Dans la même ville, deux ans plus tard, Joe est devenu drogué à lhéroïne, voleur et impuissant. Il a abandonné la prostitution mais est toujours en butte aux désirs fantasques des unes et des autres. La société qui lentoure est un peu sur la même pente que lui. Ses problèmes dargent se seraient plutôt aggravés depuis le film précédent. À une petite différence près : Joe est ailleurs. Sa maîtresse transsexuelle a lidée, à la suite dune scène de ménage provoquée par sa sur, dun subterfuge pour bénéficier de laide sociale. Constat réaliste ou exaltation de lascèse ? Le film central de la trilogie.
1)IMAGE
Idem que pour Flesh.
2) SON
Idem que pour Flesh.
3) INTERACTIVITE
- Film : pour voir le film immédiatement. Toujours pas de chapitrage.
- Scène coupée : (durée : 939) Joe sort promener le chien dans un extérieur halluciné et hallucinant, rencontre son petit frère, complètement défoncé lui aussi, et ils discutent sur un banc pendant que les gens passent dans la rue. Discussion un peu décousue mais fiévreuse : pas triste !
- Scènes alternatives (durée : 824). Première scène : (durée : 0222) extrait coupé au montage de la discussion de Joe avec le jeune Tommy dragué et ramené chez elle par Holly : ils devisent de choses et dautres pendant quils attendent quHolly ramène " quelque chose ". Seconde scène : extrait coupé au montage de lenquête du fonctionnaire de laide sociale sur Joe et Holly : Joe explique au fonctionnnaire quil a travaillé deux jours dans sa vie dans une pizzéria il y a quelques années et que depuis il vole, attaque et commet aussi quelques " vols de bétails " mais quil veut changer de vie à condition quon lui donne de largent ! Holly explique quelle vendait des cosmétiques dans un drugstore mais quactuellement elle sélectionne des ordures " intéressantes " pour les revendre aux riches ! Le fonctionnaire les écoute patiemment puis moins patiemment et finalement les injurie et refuse de les aider !
- Scènes commentées par le réalisateur : (durée : 10) ce sont les trois précédentes. Paul Morissey explique quil aime beaucoup rétrospectivement cette séquence de Joe dans la rue (il a raison !) parce quelle donne une bonne idée du temps et de lespace dans lequel il évolue, du lieu et du moment qui composent son environnement immédiat. Il regrette davoir coupé lintégralité de la scène et aimerait bien linclure aujourdhui dans sa continuité (il a encore raison selon nous). Puis il commente la discussion de Joe et Tommy en attendant Holly : il précise que ladolescent qui interprète le personnage de Tommy était un ami de Holly et quil vivait, en dépit de son jeune âge, à New York en indépendant. " Il était donc innocent dapparence mais pas si innocent que ça " et Morrissey trouve ses talents dacteurs remarquables dans la façon quil a de modifier son personnage. En face dHolly : vulnérable, naïf. En face de Joe : intelligent, plus actif et volontaire, plus ambivalent. Tout cela nous semble parfaitement exact. Concernant la dernière scène et donc aussi un extrait coupé au montage, Morrissey précise sa conception de la personnalité de lacteur opposée à la capacité professionnelle du comédien dimiter une émotion. Les acteurs quil avait ne " cherchaient pas à jouer comme au théâtre " et leur vérité en était dautant plus forte et percutante. Il regrette quon pousse les jeunes qui veulent être comédiens à passer par une école de comédie.
- Clip Icones Factory : (durée : 150) : montage de photos de la famille et des amis de la Factory avec musique dépoque.
- C.-M. de Paul Morrissey : (durée : 1134) Like Sleep (v.o. 1964, N.&B., muet, 1.33). Une jeune et belle black aux cheveux courts pique à lhéroïne un jeune homme black dans une petite chambre dont on ne voit guère les murs. Puis les rôles sinversent. Tous deux sont filmés en gros plans et plans de demi-ensemble avec quelques brefs mouvements de recadrages latéraux. Tonalité trop objective pour quil sagisse dun film médical détaillant les effets physiognomoniques dune injection dhéroïne ( ?). Cen est un détournement dont la force provient de la nature nue et purement cinématographique : on montre ce quon ne voit pas dhabitude, ce qui est dangereux voire mortel. Les deux acteurs sont bien entendu dans une situation dangereuse et illégale. La police, si elle saisit le film, peut les reconnaître, les inculper, etc tout cela est non-dit mais prégnant. Pour lépoque : violent. En soi : un cinéma purement anthropologique digne de Mekas et de Warhol.
- Trash en 1970 : (durée : 130) : même clip documentaire et iconographique de restitution de lépoque que dans le bonus de Flesh. Ici : photos des cosmonautes ayant marché sur la lune, guerre du Biaffra, toujours du Viêt-Nam, matériel publicitaire de THX 1138 (USA 1970) de George Lucas, de Le Conformiste (France-Italie 1970) de Bernardo Bertolucci, des Doors, etc.
4) CRITIQUE
Probablement le film le plus original et le plus libre de la présente trilogie. Celui qui va le plus loin dans lambivalence qui a présidé à sa réception par le public de lépoque. Le titre est un jeu de mots : " ordure " signifiant aussi bien les ordures qui peuvent receler des trésors repérés par Holly dans les décharges publiques que linsulte adressée à Joe lorsquil est impuissant. Il était un " hustler ". Il est devenu un hustler impuissant pour cause dhéroïne : un " trash " - un rebut de la société dans laquelle le sexe était justement son moyen de gagner sa vie par la prostitution. La scène initiale est un lien direct avec Flesh. Geri Miller est devenu la maîtresse entretenue dun homme qui ne la satisfait pas. Elle fait appel à Joe qui ne le peut pas davantage en dépit de ses efforts. La fin de cette scène est le début réel de Trash. Quant à la rencontre avec Andrea Feldman et celle avec Jane Forth et son mari, elles sopposent et se répondent. Joe ne trouve la paix ni chez les femmes droguées et marginales, ni chez les femmes bourgeoises : elles lagressent de la même façon pour lui demander ce quil ne veut plus donner. Holly, la transsexuelle " mode " héroïnomane comme lui est donc la seule personne qui le comprenne et laccepte et quil comprenne et quil accepte. Le reste du monde nexiste plus. De ce point de vue, le film est lhistoire dun amour fou aussi fort que celui que peignaient les films de monstre de la Universal des années 30 sauf quici, ironiquement, ce sont deux " monstres sacrés " de la Factory qui saiment et que le spectateur est estomaqué et sans point de repère en face deux, surtout aujourdhui. Les transsexuelles sont en voie relative de reconnaissance par la société et lhéroïne nest plus un phénomène sociologique évoquant une certaine mystique comme elle put lêtre à lépoque. Cela dit, la structure même du film a préservé, intangiblement, la force et la vérité de ce couple. " Seuls contre tous " a-t-on envie décrire sans quil y ait pour autant un lien quelconque avec le cinéma contemporain ! La scène finale, longue, du dialogue hallucinant entre Joe Dallesandro et Holly Woodlawn, dune part, et le fonctionnaire de lassistance sociale chargé denquêter sur leurs revenus est une des séquences les plus drôles de toute lhistoire du cinéma. Elle sachève par la fameuse tirade du fonctionnaire fétichiste qui dit en substance : - " Vous méritez de crever, vous nêtes que des hippies, des marginaux, des drogués ! ". Tout ça parce que Holly a refusé de lui échanger, contre la signature du document administratif ouvrant droit à laide sociale, sa super-paire de chaussure " Drag-Queen " rare et quelle nest pas certaine de retrouver dans une autre poubelle ! La partie de cette séquence coupée au montage et restituée dans les bonus montre à quel point les acteurs étaient géniaux, jusquoù ils pouvaient aller sous la caméra imperturbablement " objective et vraie " de Morrissey et quel grand directeur dacteurs est celui-ci. On noubliera pas non plus la réconciliation sublime entre Holly et Joe, en contre-jour sur fond noir et gros plans en champ/contre-champ : lyrique, sensible, un peu ironique mais très tendre Ce " noir et blanc coloré " quobtient la photo est ici sublime. Quant à Andrea Feldman, défoncée ici autant quelle le sera dans Heat, on ne sétonne pas trop dapprendre quelle se suicida en se jetant du 17ème étage avec une bible à la main. Elle ne pouvait sans doute pas continuer comme ça. Mais elle introduit avec intelligence un sentiment de folie totale jouant le jeu de la représentation à un point rarement atteint. Le travail de la caméra partagé, entre intérieurs (3/4) et extérieurs (1/4) un peu comme dans Flesh, est plus équilibré et moins fractionné. Léchantillonnage des plans est plus ample et Morrissey adopte même le style le plus classique lors de diverses séquences. Mais il introduit régulièrement dadmirables ruptures de ton (la rencontre devant le porche lumineux, encore en contre-jour, dAndréa et Joe, les déplacements fréquents de Joe en gros plan engendrant une sorte de confusion constante entre sa vision du monde extérieur et la notre). Plus dur que Flesh en raison dune représentation insistante et objective de la misère physique, il est une réflexion, dessence mystique du début à la fin, sur le rapport entretenu par le désir et son insatisfaction, voire même par le désir du renoncement au désir : Joe se pique autant pour trouver la paix intérieure face à un monde pourri (réflexion de lentraineuse qui veut le faire bander mais ny arrive pas au sujet des informations télévisées et sa réponse) que pour échapper au désir excessif que sa beauté engendre. Son rapport à Holly est très proche de celui quil entretenait avec son épouse de Flesh. Il est néanmoins franchement plus risqué car encore moins reconnu par la société. Mais il est traversé par des témoignages damour authentique que le Joe de Flesh navait pas reçu. Holly est amoureuse donc jalouse de Joe, élabore des plans pour améliorer leur situation, veut maintenir un équilibre sexuel entre promiscuité et liberté sexuelle dune part, respect de son partenaire dautre part de même quelle veut établir pour le " sauver " de la déchéance objective la drogue lempêche de faire lamour un " programme de substitution ". Mais Joe ici aussi laime plus pour ce quelle est que pour ce quelle dit. Il apprécie cette communauté marginale fondée sur une base a-sociale mais réinventant une société sur de nouvelles bases. Holly ne dit-elle pas à un moment au fonctionnaire de laide social : - " Nous ne faisons de mal à personne. " ? Entre affirmation de la nouvelle morale du pop-art et le refus de labrutissement " hippie " - Joe explique tranquillement au petit jeune homme qua ramené Holly chez elle quil nest pas un " hippie ", quil " naime pas écouter des concerts de musique ", quil ny a pas " différentes sortes de drogues " - Trash est au fond en dehors de ces classements, de ces partitions, de ces catégories. Son choix et son refus vont au-delà de tout cela. Holly est le dernier lien qui puisse ici retenir Joe à la vie et il le sait. Mais il est presque ailleurs tout du long. Le film repose sur le " presque ". Trash est donc le film le plus risqué scénaristiquement et dramatiquement de cette trilogie. Celui où le cinéma expérimental underground semble porté de lintérieur autant que par des signes cinématographiques extérieurs.
DVD 3 : HEAT (1972)
1h3620
FICHE TECHNIQUE
Mise en scène, photo : Paul Morrissey
Scr. Paul Morrissey daprès une idée originale de John Hallowell
Montage Lana Jokel & Jed Johnson
Distribution Score-Sarx Company (1972)
Production Andy Warhol & Jed Johnson
Musique John Cale Warner reprise album " Academy in peril"
CASTING
Joe Dallesandro, Sylvia Miles, Andrea Feldman, Pat Ast, Ray Vestal, P.J. Lester, Eric Emerson, Harold Chile, John Hallowell, Gary Koznocha, Pat Parlemon, Bonnie Walder
Résumé du scénario :
Joe Davies a tâté de la télé et de la chanson mais le service militaire a ralenti sa carrière Attendant un hypothétique contrat avec son agent à L.A., il élit domicile dans un motel dartistes en Californie : la lumière est plus dorée que celle de la côte Est mais les chairs et les âmes ne sont pas moins tourmentées et avides. Joe rencontreJessie, la fille droguée bisexuelle de Sally Todd, actrice célèbre et riche mais en perte de vitesse. Elle le présente à sa mère dont il devient l amant. Un " Sunset Boulevard " underground aux accents acides.
1)IMAGE
Paradoxalement, la copie du film le plus récent est en plus mauvais état que celle des deux titres précédents : on remarque plus de griffures, une belle déchirure et une séquence de dialogue dans la villa de Beverley Hills aux 36 pièces tremble pendant une bonne minute ! Mais aucune importance : les qualités de report sont les mêmes que précédemment. Définition et luminosité sont au top, supérieure à celles de lédition PAL VHS sortie par Virgin il y a quelques années qui étaient pourtant au top technique concernant ce support.
2)SON
La v.o.s.t.f. propose un son mono identique aux précédents, quoique de meilleure facture puisque Morrissey navait pas vraiment dingénieur du son sur les deux films précédents. En revanche, on relève une ou deux erreurs dans les sous-titres : tout le monde ne connaît pas lactrice Rita Moreno apparemment son nom est remplacé par une obscure transcription phonétique qui perd la référence tandis que la négation est transformée en affirmation. Quelques phrases ne sont pas traduites du tout. Mais on ne perd rien dessentiel : cest lessentiel !
3) INTERACTIVITE
Toujours pas de chapitrage.
- Le film. Pour voir le film immédiatement.
- 3 scènes alternatives (durée 1523). En fait il y a 6 ou 7 scènes et non pas trois, mais Morrissey les a groupées en 3 familles dans le commentaire audio. On peut donc distinguer :
- la discussion de Jessie avec sa mère concernant le bébé, le fait quelle nest pas lesbienne, le fait que Jessie a été en hopital psychiatrique et le fait, dominant la séquence, quelle est défoncée et à moitié folle et que Sally, sa mère est une pile électrique qui tente de lui faire comprendre les exigences de la société dHollywood concernant sa réputation (626).
- discussion complémentaire au sujet du père probable du bébé de Jessie en présence de Bonnie, la copine de Jessie (723).
- Joe passe un coup de téléphone à son agent et se fait quasiment rembarrer, ce qui lénerve (812).
- Joe discute avec sa logeuse qui lui masse le dos et le drague. (1025)
- La même scène mais avec un dialogue différent.
- Joe parle à sa logeuse de son agent, pendant quil repose sa tête entre ses jambes et lui caresse les seins.(1218).
- Ils sont interrompus par Jessie, toujours aussi défoncée, ce qui provoque la colère de la logeuse qui lui reproche dentrer dans sa chambre sans frapper. Elle explique quelle sest brûlée à la tête en allant aux toilettes dans sa propre chambre et prononce des phrases incohérentes. La logeuse la chasse de sa chambre sous le regard médusé et un peu angoissé quoique " cool " de Joe qui commence à comprendre que le motel où il a élu domicile ne sera pas un endroit de tout repos.
- Scènes alternatives avec commentaire audio du réalisateur (durée : 1216). Morrissey commente la première " famille " de scène : Sylvia Miles et sa fille. Il donne de précieuses indications sur Andrea Feldman : elle était fine et inventive. Il considère que les scènes alternatives de Trash et Heat ont un point commun : elles sont des extensions de dialogues qui magnifient lhumour des acteurs. Elles ne déméritent pas par rapport au reste : elles prouvent que les acteurs donnaient le meilleur deux-même à chaque prise et que son matériel de montage était riche à cause deux et aussi à cause des dialogues qui sont lélément principal permettant de capter lintérêt du spectateur pour les personnages. Il explique quun réalisateur qui écrit ses dialogues ne peut le faire que dans un seul genre : lhumour. Pas pour un film policier, fantastique : seulement dans le cas de lhumour. Le sien, il considère quil est une filiation de celui de Josef von Sternberg et il refait référence à nouveau à Lange bleu, cite aussi Morroco et Shanghaï Express du même von Sternberg avec la même Marlène Dietrich.
Il commente la scène de téléphone de Joe, très courte mais à laquelle il ne confère pas moins dimportance quaux deux autres familles bien plus longues, en expliquant la difficulté pour un acteur dêtre expressif dans une telle scène et le fait que Dallesandro y parvient sans effort.
Enfin les commentaires des scènes avec la logeuse sont loccasion de remarques fondamentales sur la Trilogie dites en passant et pas entendues ailleurs. À commencer par le fait que selon lui, le personnage le plus foncièrement positif des trois films est celui dHolly dans Trash. Parce quelle veut créer une famille à partir de sa simple idée mais quelle a la volonté de la créer. Heat marque la chute voire léclatement de cette idée. Morrissey considère quil a retranscrit la faillite du mode de vie hollywoodien et californien en général dans la famille aberrante de Heat et que le personnage emblématique de ce mode de vie est lidiot qui se masturbe au bord de la piscine. Il donne aussi en passant une nouvelle définition de la trilogie : elle dépeint très scupuleusement des " être sympathiques qui vivent dans un monde consternant ".
- Clip Paul Morrissey (durée : 0253)
Quelques images et photos ou scènes filmées des différentes époques de la vie de Morrissey. Meilleur et contenant un matériel plus riche que les deux autres clips des deux autres disques ça tient peut-être au fait quici on sent un authentique résumé plastique dune biographie.
- C.-M. de Paul Morrissey : (durée : 0930) The Origin of Captain America (v.o. muette, couleurs, 1964, 1.33). Tourné à nouveau en gros-plan. Un jeune homme brun lit la bande dessinée homonyme (en édition originale dépoque semble-t-il) de Stan Lee des années 1940 ou 1950 qui raconte la " création " scientifique dun jeune homme en surhomme (le fameux Captain America parodié par le " Captain Freedom " interprété par Jesse Ventura dans The Running Man [Running Man] (USA 1987) de Paul Michael Glaser) au service des USA dans la lutte contre les espions nazis pendant la WWII. Il est très intéressé par la vision des planches successives qui dialoguent en champ contrechamp avec son visage. Une fois achevé sa lecture, il se lève et jette un il farouche à la caméra.
- Heat en 1972 (durée : 140) : encore un clip dactualités artistiques et politique et sociologique de lannée sonorisé et monté de la même façon que ceux des deux disques précédents. On y croise le massacre de Munich, lélection du Président Nixon, le Viêt-Nam, la culture de la marijuana, la président Mao, Tout va bien (France 1972) de Jean-Luc Godard, Le charme discret de la bougeoisie (France 1972) de Luis Bunuel, The Godfather [Le parrain] (USA 1972) de Francis Ford Coppola, Deliverance [Délivrance] (USA 1972) de John Boorman, Clocwork Orange [Orange mécanique] (USA 1972) de Stanley Kubrick, etc. et finalement une très belle affiche allemande de Heat présentant la célèbre photo de Sylvia Miles nue aux pieds de Joe Dallesandro, le regardant et le désirant.
4) CRITIQUE
Dernier film de la Trilogie, Heat marque une rupture avec les deux précédents. Dans son scénario tout dabord puisque le personnage interprété par Dallesandro nest plus celui des deux films précédents : le dialogue nous précise son histoire. Il fut enfant la vedette dune série télévisée débile, a fait un peu de musique puis arrive à Los Angeles parce que son agent lui a promis un contrat quil nobtiendra dailleurs pas plus que le rendez-vous quil escomptait. Les ruptures étant posées pour être surmontées, Morrissey se plait à limmerger dans un motel thème inépuisable de divers films antérieurs de la Factory où il va croiser quelques spécimens qui semblent directement issus par leur outrance et leurs aberrations des deux films précédents. Mais ici, Joe ne veut pas rester dans ce motel. Il ne sy sent plus du tout chez lui. Il rêve den partir et de fait, il le quitte pour une liaison avec une actrice mûre qui vit dans une luxueuse villa. Nouveau dépassement en forme de synthèse ironique : la rupture avec lactrice consommée provoquée par sa fille droguée en grande partie et linsistance dun ami homosexuel de Sylvia ! Joe sera contraint de retourner au motel où il manquera dêtre assassiné par Sylvia Miles, ici encore plus géniale que Gloria Swanson dans le sien. Morrissey a lair de dire : - " Vous voyez, il croyait que ce nétait pas son monde, mais il se trompait. Il en fait partie au fond et il ny est pas si mal. " Mais la peinture du personnage est dun noir en demi-teinte. Ce qui le séduit chez Sylvia, cest certes son argent mais aussi sa liberté, son refus des conventions dans sa vie privée, son art de conserver son quant à soi. Sylvia Miles : cest le nirvana autant quHolly mais dans le luxe matériel.
Différence que lon reprochera à Morrissey pour laccuser davoir fait un remake " underground " de Sunset Boulevard. Mais il nous assure quil avait songé à Lange bleu et pas du tout à Sunset Boulevard. Morrissey a raison de brouiller les cartes et le film nest pas si simple. Au premier degré cest un " Sunset Boulevard underground " et au second cest bien aussi un " Ange bleu underground ". Et Morrissey continue dexalter en moraliste critique mais tout de même avec la plus profonde sympathie la recherche de labsolu de Joe. Le sexe, la drogue, lamour de Holly, celui de Sylvia : autant détapes qui ne défont pas lunité profonde du personnage. Dautant que Joe a toujours été un " acteur ", a toujours maintenu une " distance " avec le monde dans Flesh, dans Trash comme dans Heat. Comme ici il interprète le rôle dun acteur malchanceux, la boucle peut paraître encore plus bouclée. La liberté pour Morrissey serait de ne jamais adhérer, coller, se confondre avec un rôle. Celui quon croit vouloir jouer, celui que les autres veulent vous voir jouer envers eux. Le brillant de la mise en scène de cette mise en abyme formelle du vieux mélodrame hollywoodien et même de la réflexion wilderienne sur lui vient aussi de là : un jeu de miroirs qui ne renvoie quà lui-même. Un peu comme leau de cette piscine dans laquelle Joe se baigne rarement mais qui le dissout en fragments lumineux, lanéantit comme personne pour le montrer comme reflets, réfléchissements infiniment renvoyés dun plan à lautre
Heat est certes bien une comédie, drôle, ironique, amère mais il est aussi la suite dune quête métaphysique, dune réflexion de lartiste sur son uvre et sur le devenir de cette uvre. Heat marque aussi une étape esthétique : le cinéma traditionnel semble y avoir intégré les éléments expérimentaux, les avoir digérés, intégrés. Lalliage est intelligent et brillant comme dhabitude mais na plus la faculté de surprendre. En trois films, le style et la forme ont perdu de leur nouveauté, il est vrai. On sattache plus aux personnages. La transition filmique entre deux styles est ici achevée. Digestion passionnante et réussie dont Hollywood, juste retour des choses, sera rapidement le bénéficiaire. Ce motel en était bien lantichambre, au fond. Mais la rupture avec le cinéma pur et dur dun Mekas ou dun Warhol est bien consommée.
DVD 4 : BONUS (2003)
Commentaire général.
4 x 4 écrans = 16 bonus aux 16 icônes réparties sur une mosaïque sonorisée. Les écrans des titres sont en 4/3 = 1.33 et le reste des documentaires est en 1.37. Ils sont titrés et sonorisés individuellement lorsque lon clique sur chacun deux. Navigation parfois un peu trop discrète et sophistiquée - il faut repérer les petits chiffres en bas à droite du cadre de lécran de chaque " diapositive " illustrant un sous-menu et ensuite on comprend quon peut revenir au menu général du disque (" retour "), passer dun sous-menu à lautre (flèche de droite avec N° dentrée et de sortie), lancer le sous-menu lui-même en cliquant " enter " - une ou deux fois problématique (impossibilité de faire un arrêt sur image pendant le bonus 10 par exemple ! Pour relever les intertitres de Mekas et vous les communiquer, on a dû faire des avances ou retours rapides sur images une bonne centaine de fois au moins) mais en général simple et intuitive.
Les bonus ne sont, pas plus que les films eux-mêmes, chapitrés bien quils soient divisés pour la plupart en sections titrées. On sy déplace en lecture, avance ou retour rapide.
Tous les bonus comportant des langues étrangères sont sous-titrés en français. Les sous-titres sont inamovibles.
Dune façon générale, les signes warholiens cut flashés, montage clippé nerveux et heurté, ont été laborieusement (rayures et griffures " néo "des génériques fabriqués en 2003 en labo !) ou brillamment (selon lhumeur) mais en tout cas fétichiquement reproduits dans la manière de filmer chaque interview, les musiques dépoques constituent autant de documents enrichissant.
Pour le fond, considérable travail critique et historique inédit en France sur des évènements cinématographiques arrivés près de 40 ans avant aux USA - et chez nous aussi ! - qui permet une bonne initiation à la période mis à part quelques points litigieux qui seront détaillés à leur place. En fait, cest un coffret mythique dont on parle dans Paris avant sa sortie aussi bien chez les gens qui ont vécu cette période que chez les cinéphiles plus jeunes. Voyons sa réalité immédiatement :
- NY 68 72 (durée 430)
Cest dans celui-ci que se trouve le bonus caché. Vous ne pourrez le visionner quaprès vous être un peu promené dans le reste, comme vous le signale comiquement un panneau de circulation détourné. Mais, pour ne pas vous faire languir tout à fait, sachez quune fois cette belle promenade accomplie, vous découvrirez quelque chose de pas triste. Pour ne pas vous gâcher le plaisir et vous permettre de le trouver vous-même, je vous indique quil faut observer laffiche de Trash collée sur la colonne Morris à laquelle est adossée Joe Dallesandro le titre du film sur laffiche est dun rouge un peu vif et insistant : il vous attire non ? Eh bien en effet, cest sur lui quil faut cliquer et vous découvrirez un rapport historique entre Pasolini et la Factory assez méconnu !
- PAUL MORISSEY : LES ANNES WARHOL (durée : 1535)
Comment un jeune passionné de cinéma devient un cinéaste majeur du mouvement "Underground".
Manager My Hustler Chelsea Girls Lonesome and Surf.
Celui-ci est à voir absolument parce quon comprend tous les tenants et aboutissants en quelques minutes. Paul Morrissey marche dans les rues de New York, parle et son esprit a conservé intact de nombreux détails. Il prend lexercice, intimement, au sérieux car cest lui au fond qui est honoré autant que Warhol quon lui préféra souvent. Il en est, on le sent, fier mais il se veut aussi mémoire vivante de choses proches de loubli la flamme du détail lhabite. Quelque part, cest de plus en évident, Warhol la fait autant quil a fait Warhol aux yeux de lhistoire. Pendant quil parle : images, extraits, gros plans de lui parlant, musique ou pas bien fait et agréable à suivre.
Il a rencontré Warhol en 1965 et est devenu son homme daffaire (" manager ") : si ça rapporte, il prend 25% ! Les copines qui venaient se fournir à la Factory en came faisaient les actrices. Mais Warhol, toujours selon Morrissey, choisissait parfois de mauvaises actrices, ne savait pas très bien se servir dune caméra et on lui confie finalement lopportunité de tourner My Hustler en 1965 pour 500$ en 3 bobines 16mm avec Edie Sedgwick, une copine de Chuck Wein, qui avait aussi prêté la maison servant de décor. Le son était mauvais. Le film nest pas sorti tout de suite.
En 1966, Jonas Mekas téléphone à Paul Morrissey pour lui demander des films " avec des gens du Velvet Underground ". Ce dernier rassemble des bouts de films tournés çà et là, choisit une histoire de motel comme fil conducteur. Ce sera lhistoire de gens qui vivent au Chelsea Hôtel ! Le film a de bonnes critiques dans la presse.
Ici attention : on nous assure que Chelsea Girls (un film de 203 présenté sur deux écrans (split-screen) est un film 100% warholien et que Morrissey ny pas collaboré alors quil se crédite ici sans complexe Warhol mort il y a près de 15 ans ne va pas le contredire évidemment mais enfin cest un de ces petits points litigieux quil ne faut pas passer sous silence car ils font partie de lhistoire du cinéma.
Un exploitant de Broadway téléphone un peu plus tard à Morrissey et lui dit que " ses films soft-core " ne marche plus très bien et lui demande sil naurait pas quelque chose à lui fournir dans le genre de Chelsea Girls pour sa salle !? Morrissey raconte alors lhistoire amusante de la découverte du fait que My Hustler avait finalement un bon son cétait la visionneuse quils utilisaient qui était pourrie ! ce qui amène à le sortir bel et bien à la place dun soft-core érotique sur Broadway où il rapporte du fric.
Autre histoire savoureuse : le tournage de Lonesome Cowboys en 1968. Warhol et Morrissey faisaient des conférences (ce dernier ne se rappelle plus très bien si cétait en Arizona ou dans le Colorado) et on leur parle de la possibilité de louer une ville western reconstituée où tournaient Robert Taylor et John Wayne !! En se faisant passer pour des étudiants, ils réussissent à la louer 5$ par jour et tournent en deux jours une " histoire de Roméo et Juliette chez les cowboys " (Morrissey dixit, et on peut ajouter, chez les cowboys les plus cools et défoncés sur un écran quon ait vus, Dallesandro dedans- oblige ! Vivement sa sortie en DVD car notre bon souvenir de sa projection au Centre Pompidou est vivace !).
Comment les choses naissent : un des " cowboys " étaient un surfeur de San Diego. Ils décident, Warhol et lui, de tourner une histoire de surfeurs louant des chambres dans un hôtel tenu par Viva ( !) mais la sauce, selon Morrissey, ne prend pas contrairement à ce qui sest passé précédemment. " En deux jours javais fait un bon film. En un mois, un mauvais. " (San Diego Surf) Personnages pas toujours bien dessinés, trop de dispersion, acteurs à la personnalité pas aussi intéressante que dans les autres Et cest alors que Warhol se fait tirer dessus ( !) et quil lui demande de tourner Flesh !
En 15 tout est dépeint comme si ça se passait sous nos yeux. Tout revit - exactement ou pas ? Au fond, peu importe tel que lambiance de lépoque la permis. La contingence absolue liée à une obscure nécessité artistique et poétique : on sent naître, au cours de ce premier bonus, le cinéma underground dans toute sa liberté sauvage.
- ABOUT FLESH (durée 1930)
Toutes les coulisses dun tournage : Macadam Factory Tournage and Co. Sleep Sortie
Passionnant encore. Sur le tournage de Midnight Cowboy [Macadam Cowboy] (USA 1968) du réalisateur anglais John Schlesinger avec, entre autres amies de Warhol la divine Sylvia Miles, précisément ! - Hollywood avait demandé à Warhol de venir faire des photos de la scène de " party ". Ils ignoraient tout du film et ne connaissaient que son argument : la rencontre dun marginal et dun hustler, un gigolo aussi paumé que lui. Hustler, hustler ? Mais oui justement ! Alors comme ça Hollywood faisait un film quils avaient eux-mêmes déjà faits. Il fallait le refaire en encore mieux, les doubler, le sortir avant eux ! Flesh fut donc tourné en 16mm moins de 10 week-ends, 2H chaque samedi après-midi, puisque Morrissey bossait dans un bureau de 10h00 à 19H00 la semaine, et Morrissey avoue sêtre inspiré de La giornata balorda [Ça sest passé à Rome] (Italie, 1960) de Mauro Bolognini, quil admirait tout comme il admirait les scénario quécrivait (sans " en " à la fin comme cest malheureusement orthographié dans le sous-titrage à 557 " " !) pour lui Pasolini. " La trame est la même, les personnages diffèrent. " dit-il. Il se plante un peu dans la description de largument du film : ce nest pas parce que sa belle-mère le tanne pour faire baptiser son fils que Joe, gigolo italien bisexuel, passe une journée à chercher 200$, cest pour payer lavortement dune copine de sa femme !
Pourquoi Joe Dallesandro ? Parce que Morrissey lavait remarqué parmi les figurants de Midnight Cow-Boy. Et aussi parce quil se comportait bien, était patient et posé, plus jeune que les autres acteurs et que Morrissey voulait que son héros fût plus jeune que les autres personnages de lhistoire. " Jai pris un risque en lui donnant la vedette. Je ne peux pas vous dire pourquoi jai agi de la sorte mais je lai fait et, comme à chaque fois que jai pris un risque, ça a marché ! ". Morrissey en profite pour préciser que la personnalité de lacteur est lélément clef du succès de ses films. " On peut apprendre à jouer mais pas à avoir de la personnalité. " Morrissey ne précise pas quil avait déjà employé Dallesandro dans The Love of Ondine en 1967.
La première séquence celle où Joe dort est un clin dil à Sleep, tourné " des années plus tôt " (premier film de Warhol tourné en 1963 en fait et qui dure 6 ou 8 heures !) par Warhol (dont on regrette quil ny ait pas de filmo dans le menu " filmographies " soit dit en passant) et qui avait eu un succès critique.
Le tapis et le bébé qui joue dessus ? Parce que Warhol avait acheté beaucoup de tapis et disait au fisc quils avaient un usage professionnel. Il fallait donc que Morrissey filmât des tapis autant que possible pour prouver au fisc américain que son patron-associé-copain ne mentait pas ! Et Morrissey précise quil était aussi très heureux de lier la nudité de Joe à celle, innocente, dun bébé.
Les coupes brutales déterminant cet effet particulier, " brouillon " ? Elles viennent du fait quils navaient pas de table de montage ! Ils disposaient juste dune visionneuse et dune rembobineuse !
Distribué à Paris par Anatole Dauman (mort il y a peu de temps soit dit en passant et qui avait co-produit et distribué les 2 films érotiques de Nagisa Oshima, Lempire des sens et Lempire de la passion), il eut des problèmes de censure à Londres : les spectateurs se faisaient arrêter à la sortie de la salle. Cet argument fut repris pour la publicité du film aux USA : si vous êtes anglais et munis de votre passeport, venez voir Flesh dans cette salle ! ".
Les crédits du générique, précise Morrissey, furent volontairement minimalistes : mentions légales des acteurs et du propriétaire du copyright.
Le New York Times avait écrit que Flesh était un film " trash " et cela avait amusé Morrissey qui a pensé : " Tiens, cest un bon titre pour un prochain film ! ".
- ABOUT TRASH (durée : 2002")
Première scène Holly Héroïne Tournage et sortie
" La première scène de Trash est la dernière que jai filmée. Jai réalisé après lavoir terminé quil me fallait une meilleure scène de début ". Ou comment Morrissey introduisait une narration plus classique dans le cinéma poétique underground pur. " Javais voulu montrer, dans Flesh, la futilité dune vie basée sur le sexe. Dans Trash, jai voulu montrer un manque dintérêt, une impudence, une vie dans laquelle le sexe ne rime à rien. " (" has absolutely no meaning whatsoever " dans linterview original). Où comment Morrissey introduit un discours moraliste sur ses personnages et ses histories quon lui a reproché mais quil maintient inébranlablement ? Aspect auquel certains critiques sont positivement sensibles avec le recul (voir le bonus " Revue de presse " infra) mais qui fut agaçant pour une partie des contemporains des films.
Holly Woodlawn était à son avis géniale et il a raison de le penser. Il en fut convaincu dès la vision des 2 premières bobines du premier samedi après-midi de tournage même économie de tournage que Flesh ! Et à ce propos une très belle remarque : " On ne peut pas dire à un acteur : cétait génial mais refais-le en mieux. On ne peut pas dire ça aux gens. "
Morrissey assure que Joe Dallesandro se piquait pour la première fois de sa vie, quil avait peur quil se blessât, mais quil accepta son idée de le faire parce que la séquence aurait un effet choc réaliste, contrebalancé par le comique des déblatérations de la fille (Andrea Feldman) qui ne cesse de bavarder pendant ce temps-là et ne sen occupe pas du tout. En fait, la fille sen occupe, elle voit bien ce qui se passe, pose même des questions à Joe sur ce quil ressent. Et comme elle est, de toute évidence, sous acide elle-même pendant toute la séquence, on a droit à un effet de poupée russe hallucinant qui repousse lhumour au second voire au troisième degré, même si lhumour est un peu là. Mais pas autant que pense sen souvenir Morrissey.
Il est plus précis concernant lâge de Jane Forth : 16 ans ! Et se souvient du fait quelle était bonne lorsquelle nattachait pas dimportance au rôle quelle jouait et moins dans le cas contraire. Il laimait tant quil voulut lui donner la vedette et il réalisa Lamour pour cette raison.
Lauthoring est pris en défaut : la dernière section sintitule " Tournage Montage ". On apprend que le film fut tourné dans la rue, depuis une camionnette que le frère de Dallesandro conduisait et que les gens demandaient à Morrissey : -" Savent-ils quils sont filmés ? " !!! Concernant le montage, problème de mémoire. Morrissey assure que Trash est le premier film quil ait monté puis se reprend et pense que cest Lonesome Cowboys mais il se rappelle en revanche très bien que celui-ci fut monté sur une table de marque " Moviela " et celui-là sur une table " Steenbeck " ! Matière et mémoire, quand tu nous tiens !
" Succes is trash. Trash is success." Alors que Flesh avait dû attendre pour avoir de bonnes critiques et avaient eu des problèmes de censure, Trash a reçu laccueil inverse. Morrissey se souvient bien quen France, en revanche, Dauman eut de gros problèmes et que le film fut coupé de 20. La censure aux USA sétait " collapsed " (écroulée) entre-temps.
Tout cela sur fond de table de montage et suivi de 30 photos de tournages avec musique dépoque
- ABOUT HEAT (durée : 1427")
Lange bleu Los Angeles. Rita et Sylvia John Cale Trilogie
Parallèle passionnant - alors quon pense naturellement à Sunset Boulevard [Boulevard du Crépuscule] (USA 1950) de Billy Wilder cest à Der Blaue Engel [Lange bleu] (All. 1930) de Josef von Sternberg dont Edward Dmytryk avait dailleurs fait un remake américain en 1959 assez difficile à voir en France - que Morrissey compare Heat. " Lhistoire était celle dune personne ridicule (Emil Jannings-professeur Unrath dans le film de 1930) qui rencontre une personne immorale (Marlène Dietrich-Lola dans le film de 1930) " et tombe amoureuse de celle-ci, ajoutons. Cest donc Joe Dallesandro qui tient, selon Morrissey, le rôle de Marlène Dietrich en 1972 ! Renseignement - génial en soi - que je remercie les auteurs des bonus davoir importé en France.
Concernant la photo, Morrissey précise quil nest pas un cameraman mais quil a tout bonnement bénéficié de la lumière naturelle de la Californie et quil sen est bien sorti grâce à elle. Modestie sympathique. Le budget était plus conséquent : une véritable équipe technique, un tournage dun mois non-stop. Un nouveau piège de la mémoire : il explique que tout ce qui a été tourné à été retenu et aperçoit justement à ce moment-là une séquence coupée mais il ne sait plus pourquoi, avoue-t-il
Autre précision fabuleuse : cest Rita Hayworth qui a failli tourner le personnage de lactrice hollywoodienne. Mais par timidité, Morrissey nosa pas lapprocher alors que Georges Cukor la lui avait présenté par la suite et quelle lui avait dit quelle aurait accepté sil lui avait proposé. Sylvia Miles en revanche, passionnée - par ce quelle pressentait, ajoutons-nous tout de suite, comme devant être son plus beau rôle (qui prolonge celui quelle avait dans sa séquence avec John Voight dans Midnight Cowboy et qui lui rapporta une nomination aux Oscars) et fut, en fin de compte, selon Morrissey, plus " drôle " et " incongrue " que naurait pût lêtre Rita.
John Cale a fait la musique du film parce quil voulait que la pochette de son album soit réalisée par Warhol qui refusait parce quil " ne voyait pas ce que ça pouvait lui rapporter " (sic !). Morrissey a dit à Warhol : -" Mais si tu le fais, il nous fera la musique de Heat gratuitement ! " et Warhol fit une maquette pop-art célèbre pour sa pochette de disque. Lautre navait pas une tune pour payer la sérigraphie, dailleurs Histoires dargents bien présentes tout de même dans cet univers si poétique ! Lart pour lart oui mais enfin
Paul Morrissey nest pas daccord avec la désignation des ses trois films sous le terme de " trilogie ". Il na pas tort dans la mesure où le personnage principal est, certes, bien interprété par le même acteur, qui vieillit un peu mais pas trop - physiquement et mentalement sous nos yeux mais ne porte pas le même nom de famille dans les trois films. Dans Heat, il a une histoire, un passé, que le scénario nous rappelle plusieurs fois, tout différent de ce quon a vu lui arriver dans les deux films précédents. Il sappelait Joe tout court dans Flesh, Joe Smith dans Trash (il y a continuité absolue narrative entre le Joe de Flesh et celui de Trash, rappelons le ici) et ici Joe Davies Mais Morrissey met en lumière le lien entre les trois qui peut justifier ce terme inventé par les critiques anglais de lépoque : Heat parachève une critique morale systématique et chronologique des années " Sex, drogue et rockn roll ". La révolution sexuelle a tué le sexe dans Flesh, la drogue la achevé encore plus dans Trash et Joe Davies veut devenir une rock-star uniquement pour gagner de largent dans Heat ! Donc, " senfoncer dans la futilité, limmoralité la plus totale " précise Morrissey. La boucle est donc bien bouclée selon lui. Le personnage de Sylvia Miles veut " donner un sens " à sa relation amoureuse avec Joe et est, quelque part, tragique en cela. Joe, lui, ne croit plus en rien quen largent. Doù lérotisme fort de Sylvia Miles dans le film, ajoutons-nous car lérotisme, quand il a un soubassement tragique de sacrifice, augmente mécaniquement sa charge aux yeux du spectateur. Inutile de dire que cette vision de Morrissey sur son uvre, ici réitérée, a été durement critiquée. Elle semble en tout cas absolument sincère et il est évident que le critique doit en tenir compte même si un créateur est toujours le moins bien placé pour juger de son uvre, suivant la formule célèbre
- MEKAS RENCONTRE AVEC JONAS MEKAS, LE PARRAIN DU CINEMA UNDERGROUND (durée : 1130)
Film Culture Underground Paul Morrissey
Beaucoup de split-screens remplis dimages de rues la nuit, de fragments divers, de gros plans de Jonas Mekas (son frère Adolphas, lauteur de Hallelujah les collines (1962), est totalement et étrangement absent des bonus ceux avec comme ceux sans Mekas, comme sil navait jamais existé !) et tout un habillage sophistiqué pour une rencontre avec un cinéaste que daucuns jugent bien plus importants que Morrissey dans lhistoire du cinéma expérimental underground. De fait, sans lui, Morrissey naurait pas fait le cinéma quil a fait. On verra à la fin de ce bonus pourquoi. Commençons par le début : Jonas Mekas parle dabord seul puis arrive Paul Morrissey quil accueille avec plaisir et émotion discrète.
Arrivé à New York le 26 octobre 1949, Mekas pose pour commencer quil a vu tous les films commerciaux ou non tournés pendant les 20 ans qui suivirent ! Il fonde la revue Film Culture dont le N°1 paraît en décembre 1954. Elle est conçue pour rivaliser avec les Cahiers du cinéma (nés peu de temps auparavant la même année) et Positif (en France) et Sight and Sound (en Angleterre) et occuper une place vierge selon Mekas : " il ny avait rien ! ". En 1958 il devient critique pour The Village Voice. En 1961, il décide de laisser la critique des films commerciaux à Andrew Sarris (qui sacquitta bien de sa tâche, ajoutons-nous !) pour couvrir, lui, exclusivement le cinéma indépendant.
Il précise que le terme " underground " fut inventé par Stan VanDerBeek en 1960 ou 1961 à la suite dune conférence de Marcel Duchamp, prononcée à Philadelphie, au cours de laquelle des auditeurs avaient demandé au peintre surréaliste ce quil adviendrait des artistes dans les temps futurs. À quoi Duchamp répondit : - " Ils entreront en clandestinité, en " underground " ". Mekas précise que cest " à peu près comme ça que ça a commencé " mais nuance immédiatement : certains cinéastes " formalistes " tels Stan Brakhage le récusèrent tandis que dautres comme Michael Snow ou Frampton le détestaient. Quenfin, vers 1970, " plus personne ne lutilisait ". Quau fond, dailleurs, des cinéastes des années 1950 avaient déjà, aux USA, pratiqué le tournage en décors naturels avec des acteurs à peine professionnels (référence à Herbert Biberman ? Possible mais il ne cite pas de nom du tout) et que cela sappelait en Europe " The New York School of Film Making ". Selon lui, lorigine de lunderground, cest le désir danarchie mais aussi le désir de poésie et délévation le plus noble. " Quand on me demande qui fait du cinéma underground, je réponds : Hollywood en fait. Le cinéma poétique indépendant élève les gens, celui dHollywood les rabaisse vers le sol voire en dessous ! ".
Il évoque sa première rencontre avec Morrissey vers 1960 ou 1961, dans un appartement nu où il ny avait en tout et pour tout comme ameublement et décoration que des murs nus, une chaise, une table et une caméra Arriflex posée dessus ! Il se souvient que Morrissey venait de réaliser un film dont lhéroïne " marchait dans la rue et se cognait aux choses " (duquel sagit-il ? Ils ne le disent pas).
Mekas résume ensuite un point important : Paul Morrissey faisait pour Warhol des " films sonores ". Il ne va pas jusquà dire " classiquement narratifs et de plus en plus " mais on sent bien quil la sur le bout de la langue. Il dit admirer sa trilogie (il emploie le mot à dessein devant Morrissey), son sens de limprovisation avec les acteurs, la manière dont il les laisse sépanouir. De la non-directivité comme un des ressorts, auquel est, pour le coup, resté fidèle Morrissey, semble-t-il aussi vouloir ajouter, sans le faire bien sûr.
Le bureau de Jonas Mekas est à lopposé de celui du jeune Morrissey quil a décrit : couvert daffiches, encombré de livres et de papiers. Pendant lentretien, on a pu voir passer rapidement à limage une photo dun film expérimental de Brian de Palma : Icarus. On y reviendra dans le bonus suivant qui prolonge dune passionnante manière la rencontre de ces deux figures historiques du cinéma
- ONE MINUTE TOUR (durée : 1230)
Une visite guidée de la cinémathèque Underground : lAnthology Films Archives. Par Jonas Mekas. Guest-star : Paul Morrissey.
Elle fut fondée en 1970 et est située au 32-34 de la Seconde Avenue. " Cest une ancienne prison il y a 14 cellules pleines de films ! ". Son conservateur, que lon a déjà aperçu dans les bonus précédents en train dinstaller les bobines sur la table de montage avec sa visionneuse, a des faux airs de Long Chaney Junior dans The Haunted Palace [La malédiction dArkham] (USA 1963) de Roger Corman. Paul Morrissey est excité parce quil repère une copie de The Cool World de Shirley Clarke quil na jamais vu et rêve de voir depuis longtemps. Saisi au vol : - " Je narrête pas de parler de Pierre Cottrel [le producteur, entre autres, de La maman et la putain (1973) de Jean Eustache] à Jonas ! ". Une ahurissante caverne dAli Baba pour rats underground passionnés qui contient aussi une bibliothèque (les premiers numéros des Cahiers du cinéma sont fièrement repérés pendant 10 ans, ils avaient un documentaliste-archiviste mais faute dargent, il ny a plus que " Lon Chaney Junior " qui garde et sait répertorier ces trésors Sont ainsi conservés 400 films de propagande soviétique, 7000 films éducatifs des années 60 offerts par le Rectorat de New York, 500 copies des meilleurs films dHollywood des années 50 légués par une collectionneuse, 60 et 70 et, last but not least, les copies positives des best-sellers de la pornographie US, gardés jusquà la dernière minute du passage à la vidéo par leurs producteurs ! Ce dernier " trésor " nest pas encore inventorié et il faudrait en faire le catalogue raisonné, ajoute " Lon Chaney Junior " et Morrissey de répondre " Je suis volontaire ! ". Et nous aussi !! Une autre pièce on suit les deux compères et le conservateur tiens des " out-takes " (scènes coupées au montage) de The King of New York dAbel Ferrara (USA 1989) une autre pièce : -" Cest lhôpital des vieilles bobines. Tu sens cette odeur de vinaigre ? " Hallucinant voyage dans la cinémathèque la plus mal rangée, la plus sale, la plus pauvre et la plus riche qui soit au monde !
Dans un bureau en contre-jour, Morrissey tient à ajouter quelque chose avant que la rencontre ne se termine : - " Cest parce que jai lu et mis en pratique tes conseils parus dans ton article du Village Voice sur la façon de faire du cinéma indépendant que je suis pauvre aujourdhui, Jonas ! ". Jonas, le conservateur et Paul rigolent : ils sont aussi pauvres que lui ! Le conservateur raconte sa rencontre avec Morrissey à lissue de la projection de Mary Martins Does It, film très drôle sur " une fille qui erre dans une ville " On nous raconte que Brian de Palma a projeté son premier film chez Paul Morrissey dans la 4ème rue
-" Sil ny avait pas eu Jonas, je serai comme De Palma aujourdhui. Moi jai refusé de collaborer avec Hollywood. Mais je veux ten remercier Jonas ! "
- FILMOGRAPHIES
Paul Morrissey Joe Dallessandro Jonas Mekas
Ici un petit problème de navigation récurrent. Il ne faut pas cliquer sur " enter " ou " play " mais cliquer sur lun des trois noms avec la touche à flèches directionnelles, sinon on ne peut pas rentrer dans ce bonus pourtant essentiel et dailleurs sujet à discussion. Les postes sont méticuleusement crédités mais on ne peut cliquer sur un titre en espérant en voir des photos ou en savoir plus. Le boîtier arrière du coffret signale que Morrissey a " écrit, mis en image, monté, réalisé " Heat alors quici il nest crédité pour ce film quaux postes de " réalisateur et scénariste " pas grave, il suffit de visionner le DVD n°3 pour trancher la question ! Question restant en suspens : pourquoi une filmo comprenant Mekas mais pas Warhol par exemple ? On eût aimé quand même en disposer
Paul Morrissey 12 courts-métrages de 1961 à 1965 - parmi lesquels on relève un Civilization and its discontents (1961) qui reprend savoureusement le titre de la traduction anglaise du célèbre livre de Freud "Malaise dans la civilisation " - et 17 longs métrages de 1966 à 1988 sont crédités. Chelsea Girls est à nouveau attribué à Paul Morrissey comme son " premier long métrage " et aussi Imitation of Christ qui est attribué en général à Warhol et non de Morrissey. Notons que Women in Revolt (1972) est interprétée par des transsexuelles, que Lamour fut tourné à Paris, quAntonio Margheriti revendiquait relativement la paternité technique de Flesh for Frankenstein et Blood for Dracula, que Forty Deuce [New York Quarante Deuxième Rue] (1982) est génial et quon vous le recommande vivement ainsi que Mixed Blood [Cocaïne] (1985) tourné 3 ans avant Colors de Dennis Hooper et consacré un peu au même sujet : la découverte psychologique de lintérieur des gangs latinos. Le ton des deux est bien sûr très différent mais enfin Relevons aussi un Hound of Baskervilles (1977) le " s " rajouté à " Hound " est une erreur : mais il en faut un à " Baskerville ", soit dit en passant - qui est une comédie assez lourde daprès le célèbre roman de Sir Arthur Conan Doyle et pas du tout un film fantastique comme on pouvait sy attendre.
Joe Dallesandro 38 longs métrages de relevés. Débute en 1967 avec The Love of Ondine de Morrissey, puis Lonesome Cowboys (1968) et la trilogie carrière assez éclectique et riche. Sa route croise celle de genres et de gens aussi divers que Louis Malle et Serge Gainsbourg (1975), Jacques Rivette (1978), Bito Albertini (1979), Fernando Di Leo (1979) ; F.F. Coppola (1983), Armando Mastroiani (le génial Double Revenge passé en téléfilm sur la 5 de Berlusconi il y a plus de 10 ans ) et récemment Steven Soderbergh (1999).
Jonas Mekas Considérable filmographie qui démarre avec Film Magazine of the Arts (1964) et dont nous navons, pour notre part, vu que le second titre The Brig [La taule] (1964 N&B) film obsédant et génial sur la terrifiante vie quotidienne de la prison dun camps disciplinaire de " U.S. Marines " et qui sétire jusquen 2000. Les prisonniers y croupissaient dans des fosses propres et froides, en butte tout du long aux hurlements assourdissants de leurs gardiens : atmosphère de folie collective et de sadisme rarement vue aussi réussie. Mais on nous dit et nous nous empressons de le retransmettre - que Award Presentation to Andy Warhol (1964) réunit toute la Factory sur une sorte de photo de classe muette et à peine animée pendant 10 ou 20, que Reminiscence of a Journey to Lithuania (1972), tourné en 16mm est un chef-duvre absolu durant près de 2 heures et pourrait bien être la seule tentative réussie de journal intime filmé de toute lhistoire du cinéma.
- ABOUT FACE (durée 7)
Un des premiers c-m de Paul Morrissey (1964)
Karen Holaer marche, parfois sarrête, puis reprend sa marche, à travers une ville que nous ne voyons quen arrière-plan flou et fragmentaire. Elle est constamment filmée en gros plan et son visage donne limpression dune inquiétude dont on ne connaît pas la source Film muet.
- SCENES FROM THE LIFE OF ANDY WARHOL (durée 3515)
Le journal intime filmé de Jonas Mekas sur la Factory et autres figures incontournables.
Bonus muet sauf quelques films précisément repérés ci-dessous - avec musique dépoque en accompagnement, constitué de flash filmés en divers supports. Problème de navigation : impossibilité de faire un arrêt sur image. Quelque part, on assiste aux origines du vidéo-clip, du cinéma de la violence, de tout ce quil y a de dynamique dans le cinéma depuis les années 70 lambition du cinéma de Mekas est évidemment de dynamiter la représentation traditionnelle au profit dune perception nouvelle, sauvage, poétique. Il joue avec lintertitrage et la chronologie, le documentaire devient poésie voire folie pure. On y saisit des fragments de réel, des regards, en décadrage ou plongées vertigineuses, on y subvertit la notion même dinformation cinématographique Lensemble est vertigineux Il est titré et décomposé par Mekas comme suit chaque morceau dure entre 1 et 2 :
Anthropological Sketches - Scenes from the life of Andy Warhol Friendships & Intersections
- Psychiatrists Convention 14 jan. 1966
- Velvet Underground First Public Appearance
- Sound : Velvet Underground at the Dome, Spring, mars 1966
- Stephen Shores party, 12 jan. 1966
- Village gate, 7 juin 1966 (avec Barbara Rubin, Allen Ginsberg - écrivain contestataire dont les livres furent publiés chez 10/18 soit dit en passant Andy Warhol Peter Orlowsky, Storm de Hirsh, Ed Sanders, Gerard Malanga, Tuli Kupferberg. On remarque à un moment que lenseigne dune boite est inversée : Show-Boat effet volontaire ?)
- It was Barbara who got us all together
- Warhol at Witney, 1er mai 1971 (exposition duvres plastiques de A.W., de détournements, de collages, de duplications comme celle de la brillantine pour chaussure de marque " Brillio " - drôle !)
- George Maciunas dumpling party, 29 juin 1971
- Warhol revisited, mai 1971
- At Kleins
- On Lexington Aven., Andys home rainy morning, 23 avril 1972
- A Visit to Lerners, 23 avril 1972
- Later that day
- PeterBbends footage
- Lee decides to rent one of Andys home
- Outside we could hear the Ocean (celui-là est sonore avec des effets, quelques paroles)
- Director of Action : Peter Beard
- Outside we could hear the Ocean (employé pour la seconde fois mais ne comportant évidemment pas les mêmes images)
- Andy signs Polaroïds
- Life was simpleminded and silly
- Brothers and sisters
- Home scenes or : the house was one big Madhouse
- This is not a documentary film
- John, Anthony, Tina, Caroline, the very peak of this summer (à 2429"" on pense que Mekas avait déjà inventé la scène de la skieuse aquatique attaquée par le Carcharodon Carcharias de Jaws 2 [Les dents de la mer 2] (USA 1978) : tout y est sauf le requin mais il pourrait apparaître sans quon en soit autrement surpris ! Jeannot Swarcz avait-il vu cette géniale séquence dans sa jeunesse ?)
- Andy at work, 15 déc. 1976 (juste après un GP sur crâne dans le film précédent !)
- Andys studio 1981
- Nothing but memories (des décadrages colossaux sur un couple et une plage : dement !)
- The summers of Montauk were full of happiness and fun
- Andy ties Jadeshoes
- Father is going away
- It all comes back now (une tempête filmée sur fond de cantiques religieux ou patriotiques !)
- It all comes back now, in glimpses
Dedicate to Lee copyright Jonas Mekas 1990
- MUSIC FACTORY LE VELVET UNDERGROUND PAR PAUL MORRISSEY (durée : 557)
En 1966 Paul Morrissey avait photographié le groupe pour la première fois. Il proposa alors au Velvet que Nico aille sur scène avec eux. " Cétait un mannequin connu et elle avait joué dans La dolce vita ! ". Le groupe refusait de se nommer " Andy Warhols Velvet Underground ". Alors Jonas Mekas a dit à Morrissey " ça ne fait rien, emmène-les à la cinémathèque : ils pourront chanter et on projettera nos films derrière eux pendant ce temps-là ! ". Paul Morrissey invente le titre " Exploding Plastic Inevitable ". Warhol a payé les 3000$ de frais denregistrement, donné quelques-unes unes de ses toiles à un technicien du studio denregistrement qui les avait aidés et le disque sorti en 1967, 7 ou 8 mois plus tard. Et pendant que Paul Morrissey raconte cette intéressante histoire, nombreux effets optiques, split-screen, images psychédéliques, on sent que le bonus suivant, que vous attendez tous avec impatience, nous le savons, va bientôt commencer !
- EPI : Exploding Plastic Inevitable (durée : 14 + 933)
Une demi-heure de trip scénique : le concert légendaire du Velvet Underground, filmé par Ronald Nameth. Version intégrale et interview du réalisateur.
Film Interview du réalisateur du film, Ronald Nameth.
Le film (tourné en 1967) est précédé de diverses citations (dont une de Warhol) et davertissements historiques, voire théoriques, et présenté en version intégrale, v.o. et on nous prie dexcuser la mauvaise qualité du son, qui nest pas trop mauvais et produit bien son effet néanmoins. Les images filmées au " Dom " sont en revanche somptueuses. Ambiance hallucinée de " trip " de lépoque : magique avec le recul.
Interview de son réalisateur: Ronald Nameth insiste sur lidée cubiste de multidimensionnalité - cf. : la critique de Lhomme unidimensionnel (traduit par Monique Wittig pour les éditions de Minuit, collection " Arguments ", Paris 1968 mais publié en édition originale américaine à Boston dès 1964) dHerbert Marcuse, lun des maîtres à penser de lépoque, cité comme tel par le journaliste joué par Al Pacino vers la fin de The Insider [Révélations] (USA 1999) de Michael Mann par exemple, quil a exploité dans son film et revendique à 100% la thèse du mouvement pop : chacun peut et doit tout faire et faire tout ce quil veut. En esthétique, la conséquence de ce principe est ici, selon lui, tirée : il considère son film comme le premier vidéo-clip jamais réalisé et confirme son amour du genre. Il précise ainsi bien aimer les clips de " Radiohead ". Au physique, il a lair dun ovni tombé dune autre planète : très étonnant bonhomme qui pourrait aussi bien sêtre échappé des Martian Chronicles [Chroniques martiennes] (USA-GB, 1979) de Michael Anderson daprès Ray Bradbury. Comme il est interrogé par des Suédois, les questions sont sous-titrées en anglais, et par-dessus le marché en français. Mais enfin on a vu pire dans le genre (par exemple une projection à la cinémathèque de Chaillot dun film de Nicolas Ray américain en v.o. sous-titrée à la fois en anglais et en hollandais) !! Pendant quil parle on voit une publicité pour un concurrent du " Dom ", le fameux " Fillmore "/Electric Circus mentionné par Holly dans le dialogue de Trash (elle veut y aller mais Joe est trop fatigué). Nameth se revendique tout comme Morrissey du statut de cinéaste " indépendant ".
- FASHION FACTORY (durée : 1544)
Comment la Factory inventa le look arty Avec Anna Sui (designer américaine ? En tout cas, elle parle anglais), Marc Jacobs (Louis Vuitton), Jean Touitou (APC), Olivier Saillard (Musée de la Mode et du Textile)
Hyppie Style vs. Rock Attitude La Factory, usine à faire de la mode Révolutionnaire ? Grandeur et décadence Factory Forever.
Le commentaire de la journaliste Laure Gontier lu - par-dessus les extraits de films, les images diverses darchives, dessins originaux de chaussures ou de fringues - par la voix profonde et douce de Sonia Ricour-Lambard nest pas toujours très audible tandis que les voix des entretiens en anglais sont plus audibles que celles des français mais cest très intéressant car on comprend que pour le milieu de la mode parisienne comme américaine actuelle, Warhol a gagné. Cest lui et son look " artie urbain " qui est " actuel " et le mouvement hippie avec ses pulls en laine et ses jeans est battu. Notations intéressantes : Candy Darling, la transsexuelle blonde platine démente de Flesh qui commente avec une copine un vieux magazine Hollywoodien avec une autre trans, avait choisi comme modèle de femme Kim Novak. Sonia compare le résultat aux " bleus électriques " des paupières dElizabeth Taylor modifiées par Warhol sur son portrait de lactrice. Tous deux voulaient recycler le glamour des années 40 et 50. Ann Sui ajoute que la décadence était une décadence " innocente ", que landrogynie de Candy et Holly était " glamour ". Et elle ajoute cette phrase succulente : - " À lépoque des Punks, tout le monde ressemblait à Candy Darling ! ". On aussi droit à quelques aperçus en fait des lieux communs : on nest pas à la Sorbonne mais chez des fabricants de vêtements qui ont parfois du mal à penser : leur truc cest la création plus que le réflexion évidemment ! du genre : " La Factory : cest du style avec du talent et non pas du style sans talent. " ou bien, autre perle, laspect révolutionnaire de la Factory provient dun " mélange de frivolité et de profondeur ". Enfin, pour lhistoire de France, notons quYves Saint Laurent avait lancé dès 1966 une collection "Pop Art " !
- REVUE DE PRESSE
Bonus passionnant. 12 critiques dépoques rassemblées, dans un certain désordre chronologique, ce qui est dommage pour lhistorien du cinéma, de 1970 à nos jours à loccasion de la sortie et des reprises de la trilogie au cinéma.
- Gérard Lefort sur Flesh dans Libération de juillet 1983 : assez bonne et intéressante.
- Gilles Marceau sur Flesh dans Télérama de janvier 1973 : immonde.
- Philippe Ovens sur on ne sait pas quoi précisément dans Les Echos de janvier 1973
- Jean de Baroncelli sur Trash dans Le Monde doctobre 1972 : na pas aimé, na pas saisi, a refusé lair du temps. Dommage, il navait pas dit trop de mal et même un peu de bien de The Pit and the Pendulum [La chambre des tortures] (USA 1961) de Roger Corman. Là Jean tu nous déçois rétrospectivement, quand même !
- Henri-François Rey sur Trash dans Le Figaro de juillet 1983 : très bonne. Javais ressenti exactement la même chose à lépoque.
- Jean-Luc Douin sur Trash dans Télérama de janvier 1984 : meilleure que celle de son confrère citée plus haut (il ny a pas de mal !) mais quelconque.
- Gilles Jacob sur Heat dans LExpress (le magazine des cadres pressés par la vie moderne !) : bonne avec une phrase pertinente sur le détournement de Sunset Boulevard " où ce nest plus le gigolo mais le revolver qui finit dans la piscine ".
- Jean-Luc Douin sur Heat dans Télérama de mars 1973 : pas triste. Ça commence par " Heat est un épouvantable document sur des épaves désaxées ( ) " !!!
- Jacques Siclier sur Heat dans Le Monde de mars 1973 reproche à Paul Morrissey sa peinture misogyne des femmes qui atteindrait son " apogée " dans Heat. Siclier conclut en écrivant " Morrissey pourra faire carrière dans le " système ". Conclusion bête car fausse. Car, de fait, Morrissey na pas fait " carrière " dans " le système " : il est resté en marge. Même Mixed Blood [Cocaïne], pourtant distribué sur les Champs-Élysées à lépoque de sa sortie en exclusivité à cause de son aspect " film de gang violent ", était un film marginal.
- Florence Colombani sur la Trilogie en général dans Le Monde doctobre 2002 : bon texte. Daccord avec elle.
- Louis Guichard sur la Trilogie dans Télérama doctobre 2002 dit quil sagit de gentilles comédies libertaires, légèrement ironiques. En partie oui mais ça ne suffit pas décrire ça. Cest un peu court.
- Yann Gonzalez sur la Trilogie dans Têtu doctobre 2002 se plaint que Joe ne réponde pas au désir des autres et trouve ça " infiniment triste ". Il a mis le doigt sur un point sensible et important, revendiqué par Morrissey.
- LIENS (INTERNETS + BIBLIOGRAPHIQUES)
INTERNET
- 2 Liens français avec Andy Warhol,
- 4 liens anglais avec le même,
- Liens avec les stars de Warhol : Paul Morrissey, Joe Dallesandro, la Trilogie (1 lien français et 2 liens anglais), lAnthology Film Archives, Velvet Underground (3 liens anglais), Jonas Mekas (2 liens français + 1 lien anglais), la Fashion Factory (liens avec les créateurs et autres présents dans le bonus consacré à la mode). Mentionnons pour mémoire lexistence dun coffret VHS contenant des films de Jonas Mekas intitulé Walden contenant deux VHS dune durée totale dà peu près 260(distribué par Re:Voir Vidéo, accompagné dun livre quon peut acheter indépendamment du coffret - édité par Paris Expérimental) auxquel ont participé Christian Lebrat, Pip Chodorov, Raphaël Bassan, Jean-Pierre Bouyxou, Dominique Noguez, Allen Ginsberg, Timothy Leary et mentionnons aussi, pour ceux qui sintéresse à lenseignement du cinéma expérimental, les cours professés par Nicole Brenez à lInstitut dArt et dArchéologie de la Sorbonne (Paris I), les travaux de Lionel Soukaz un des grands réalisateurs du cinéma expérimental français contemporain - et ses amis de lEtna, etc
BIBLIOGRAPHIE
7 livres français et anglais répertoriés. On peut y rajouter " Andy Warhol Cinéma ", éd. Dominique Carré et Centre Georges Pompidou, Paris 1990. On peut relever des témoignages américains traduits en français, et aussi remarquer que Sébastien Lifshitz, réalisateur de Presque rien et qui vient dachever Wild Side, est crédité comme iconographe.
- FIN CREDITS (durée 131)
Quelques photos de Joe Dallesandro et crédits complets de léquipe qui a produit, réalisé, photographié, monté ces divers bonus, les crédits copyright exacts des films, musiques, extraits de films, le tout sur un fond dimages sonorisées toujours dans le même style maison de la Factory.
Remerciements à mon ami Paul-Hervé Mathis, cinéaste expérimental, critique cinématographique et écrivain, qui ma obligeamment fourni divers renseignement très précis sur ces films et ces gens dont il fut le contemporain (il rencontra Wahrol) et ma aussi permis de consulter le livre " Andy WarholCinema " dans sa bibliothèque.
Francis Moury, mai 2003
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