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Petit questionnaire indiscret
de la revue Repérages

— réponses de Francis Moury —


Note : Ce texte
est issu d'une interview croisée de Pierre B. Reinhard et Francis Moury publié sous l'intitulé "Pour un mémorial des salles X" dans le N° 15 de la revue Repérages (Novembre - Décembre 2000), insérée dans les pages XII-XIV du "Dossier vol.15" central dont le théme était "Sanctuaires". Cet entretien est publié ici dans sa version intégral sans les interventions de Pierre B. Reinhard.


*



 

RÉPONSES au

PETIT QUESTIONNAIRE INDISCRET

sur le cinéma pornographique en France de 1975 à 1995

adressé par Gaël Le Bellego pour la revue française REPÉRAGES.


NB. : tu trouveras un témoignage de première main à nombre de tes questions dans

1) - Pat Delbe, CINE-X, (PETIT MANUEL A L’USAGE DES AMATEURS), Éditions et Publications Premières, coll. "Éroscope", Paris 1978. C’est un excellent petit livre écrit sur le vif au sommet de l’âge d’or des salles et des films. 2) - G. Lapouge et Marie-Françoise Hans, LES FEMMES, LA PORNOGRAPHIE, L’EROTISME, Éd. du Seuil, coll. "Points", section "Documents", Paris 1978. 3) — Paul-Hervé Mathis, PARIS-CINEMAS (à paraître bientôt (1)) t’apportera aussi des lumières sur les cinémas de Paris, leur programmation, leur sociologie, leur atmosphère. 4) - Francis Moury, PETITS SOUVENIRS SOCIOLOGIQUES D’UN CINÉPHILE-BIS (1968-1990) POUR SERVIR AU LIVRE DE PAUL-HERVE MATHIS (2) dont tu as un exemplaire (version pas encore relue et corrigée).



A) QUESTIONS PRÉALABLES :

1) La première image animée X vue dans une salle ?

Nous venions d’avoir 18 ans (comme dans la chanson de Dalida !) et nous avions été, un copain de lycée et moi, une après-midi d’été, au Clichy Palace (près de La Fourche) voir notre premier X. En double programme (fourni par le distributeur Alpha France), nous avions vu juste avant LES ENVOUTÉS de Torgny Wickman, avec Anita Sanders (1970) qui était un beau film érotique. Mais "il n’y avait rien" dedans, comme on disait entre nous. On était là depuis plus d’une heure trente et on n’avait "encore rien vu"… L’entracte puis LA GRANDE SAUTERIE de Georges Fleury (1977) commence : on voit un type en complet-veston-cravate rouler en voiture sur une autoroute. Il aperçoit une fille en panne. Il s’arrête, la drague en lui expliquant, pendant qu’il change sa roue, qu’il est représentant de la maison "Pommade Éros". Il lui propose d’essayer gratuitement ladite pommade. Elle accepte de bon coeur avec une disponibilité qui nous laissait pantois, presque jaloux et qui nous semblait fantastique. Ils s’éloignent du bord de l’autoroute, se retrouvent dans un sous-bois, s’embrassent. On était à la fois énervés car tout ça nous paraissait durer une éternité et on commençait à se demander si on allait vraiment "voir quelque chose" : ça faisait maintenant presque deux heures qu’on était dans la salle. Cela dit, dès le début du film, une sorte de suspense nous avait pris à la gorge…Nous étions presque certains que tout ça n’était que préliminaires et qu’on se rapprochait du moment interdit, qui allait nous révéler explicitement ce qu’on désirait voir. La caméra a commencé son raccord en s’abaissant du ciel et des arbres pour finir par cadrer la fille à genoux en train de sucer le mec. Mon copain laissa échapper un "Oh !" de stupeur. Pour ma part j’ai pensé : "Voilà. Ça y est, ça commence. On voit ce qu’on n’a jamais vu et on va en voir de plus en plus. Jusqu’où ça va-t-il aller ?" On était un peu dans le même état psychique que les soldats qui effectuent leur premier débarquement sur Tarawa dans le film d’Allan Dwan. Ce fut la première image animée X que j’aie vue dans une salle de cinéma X : la fellation administrée par Christel Lauris à Guy Royer dans LA GRANDE SAUTERIE de Georges Fleury (1977). Pendant tout le film, on ne pouvait s’empêcher de penser : "C’est super. Mille fois mieux que la réalité qui est dehors. Et ces filles, elles existent vraiment, elles font tout ça. D’où viennent-elles ? Si seulement on en trouvait une comme ça ! Comment faire pour en rencontrer une ? Et celles qu’on connaît, est-ce qu’une d’entre elles accepterait de faire pareille ?" Trique monstrueuse pendant toute la projection. A la sortie, sentiment de fierté (à présent nous savons ce que tout le monde sait) et sentiment de supériorité et de mépris juvénile pour les gens, et notamment les filles, qui dissimulent ce que leurs consoeurs nous avaient laisser admirer. Regards techniques portés sur les filles qu’on croisait. Le lendemain on se répétait dans la cour du lycée des morceaux de dialogues en éclatant de rire devant les copains.

2) Sentiments pendant la projection ?

Au fur et à mesure des années les sentiments éprouvés sont ceux d’extase au sens strict pendant les séquences qui sont aux yeux de chacun les plus excitantes à son goût. Le sujet et l’objet coïncident. Le sujet se perd dans l’objet. Face aux séquences auxquelles on est moins sensibles : sentiment de distance amusée. Sentiment constant de marginalité, d’asocialité ou de socialité quasi-criminelle. Le temps prélevé sur les exigences sociales afin de satisfaire l’appétit pour les images X est clairement un temps de rupture. Le fait que la société le tolère et le monnaye, bien que ce soit contre son intérêt profond, maintient cependant un lien contradictoire avec elle. La vue des autres spectateurs, qui agissent de même, crée une sorte d’appartenance à une communauté d’individus marginaux. Elle n’est pas cimentée par un intérêt économique, l’appartenance à une race, à une catégorie sociale ou professionnelle (ces aspects sont ramenés à ce qu’ils sont vraiment : une pure contingence !) mais par un refus de la contrainte et une exigence de liberté totale. Sentiment aussi d’appartenir à la communauté des hommes et de la virilité, ici manifestée dans sa pureté et son essence même. Parfois, après ou avant le séjour en salle, sentiment de marginalité et d’exclusion : ceux qui roulent en voiture, qui bossent dans un bureau, qui se promènent avec une femme devant nous, ceux-là ont et font ce que nous nous contentons de voir. Ils ont la réalité dont nous n’avons que l’image. Mais consolation rapide : peut-être n’ont-ils pas tant que ça. Peut-être avons-nous la meilleure part, celle des fantasmes.

3) Le public ?

Typologie numérique :

En majorité des solitaires. Des petits groupes de copains et des couples aussi mais plus rares. Aucun rapport avec les films ou la conjoncture.

Typologie de l’habitué :

Raseur de mur ou plus exactement solitaires. Toutes catégories sociales. Parfois rigolard ou détendu, lorsqu’il y a un groupe de copains. Parfois ivre ou drogué. Clochards. Retraités. Chômeurs. Étudiants. Cadres. Professions libérales. Toutes les catégories sociales et professionnelles confondues dans les salles de gare par exemple. Dans les salles populaires, nombreux travailleurs immigrés. Dans les salles de quartier : tout le monde. Tous les âges.

4) Existait-t-il une cinéphilie du X pendant son exploitation ?

Oui. Un pourcentage (peut-être 20%) va voir tout les films qui sortent systématiquement. Une partie lit le Pariscope et choisit en fonction de la nationalité (Suède, USA, France..), du nom de l’actrice, de l’année ou du metteur en scène. Parfois on sait l’identifier mais parfois aussi c’est juste le nom qui nous séduit : Érika Cool ou Karine Gambier ou Cathy Stewart…par exemple. Le titre est déterminant. Payet a rencontré un gars dans un café qui avait fait de lui-même sa filmographie détaillée. L’idée qu’une femme a fait le film est très excitante : Carolyne Joyce, Andrée Marchand étaient en réalité Claude Pierson, mais la majorité des gens ne le savait pas. Le public reconnaît bien sûr les acteurs et les actrices françaises. D’une semaine à l’autre, on peut suivre leur évolution physique et vestimentaire. Ils constituent presque une seconde famille ! On repère immédiatement un nouveau ou une nouvelle venue.




B) MOTIVATIONS DU PUBLIC / REGARDS DES AUTRES

5) Naissance du sentiment de honte :

Entre lycéens de 18 ans, c’était un motif de fierté et de rigolade d’aller en voir un, y compris en khâgne. Une fois en faculté, comme il n’y avait plus de rapport social entre étudiants, le sentiment de confidentialité et donc de honte relative augmentait. C’était clairement une activité perverse et asociale. Une fois la période étudiante passée, cela redevenait une activité sociale normale puisque les salles étaient légales, étalées publiquement, offertes à qui le désirait. D’autant qu’on y avait, je le répète, le sentiment, lorsqu’on y pénétrait, de s’intégrer momentanément à une communauté partageant la même passion. Le paradoxe était que c’était une communauté atomique, dont les membres n’avaient aucun rapport entre eux et conservaient leur isolement. Isolement et solitude qui renforçaient le pouvoir du film. Les esclandres ou les rires n’étaient que des interruptions, des détentes entre deux tensions ou deux montées du désir sexuel vers les actrices.

6) Motivation du public : vers la solitude du fantasme ou la technique de l’amour physique de l’autre ?

Les deux motifs coexistaient avec malignité. On savait que plus on se branlait, plus on était loin de la réalité et qu’on avait d’autant moins de chance de renouer le fil avec une femme réelle. Mais on apprenait aussi toutes les figures et les techniques de la jouissance en vue d’une future rencontre où elles auraient été mises à l’épreuve. La profonde solitude de la majorité des spectateurs constituait une consolation à la sienne propre et l’atténuait momentanément.

7) Ennui des couples français ?

Lire le Rapport sur le comportement sexuel des français, sous la direction du Pr. Simon, paru en 1972 aux éd. Julliard. C’est un monument, relié, très épais. Equivalent du Rapport Kinsey des années 45 aux USA. On y apprend que 50% des femmes françaises refusaient de tailler une pipe à leur partenaire. Qu’une bonne partie était frigide. Etc…

8) Endroits de rencontres singulières ?

La plupart des spectateurs ne les considéraient nullement comme telles. Elles étaient en majorité des endroits de solitude partagée. Impossibilité totale d’y draguer une femme. Les femmes n’y venaient qu’accompagnées d’un homme ou d’autres femmes, afin d’y être protégée contre toute tentative éventuelle. Ou alors quelques prostituées dans les quartiers chauds. Lorsqu’une femme non prostituée y venait seule, son anormale présence effrayait plutôt qu’elle n’attirait.

9) Les prostituées ?

Oui. Dans les salles populaires du quartier Strasbourg Saint-Denis notamment. Parfois au fond de la salle : fellation. Parfois, elles levaient un client et l’entraînaient au-dehors. Trafic homosexuel intense dans les toilettes de certaines salles hétérosexuelles.




C) ATTITUDES DU PUBLIC

10) Aucun débat, ni dialogue entre les spectateurs et encore moins avec des spectatrices.

11) Parfois des plaintes au sujet de la mauvaise qualité d’un film auprès des caissières ou des ouvreuses. Voir mes Petits souvenirs sociologiques d’un cinéphile-bis pour servir au livre de Paul-Hervé Mathis concernant le cinéma VEDETTE.

12) Les spectateurs arrivaient n’importe quand. On pouvait rester indéfiniment pour voir revenir sa séquence préférée… Les salles étaient permanentes et indifféremment remplies à ras - bord dans certains quartiers de midi (voire 9H.) à minuit : celles des quartiers chauds notamment : Pigalle, Sébastopol, Saint-Denis, Saint-Lazare. Dans les quartiers de gare, foule à la sortie des bureaux à partir de 18H. Petites queues à l’ouverture de la salle dès 9H du matin dans les Cinévog et dès Midi ou14H dans les autres : une dizaine ou une quinzaine de personnes de tous âges et de toutes conditions, qui lisant son journal, qui fumant sa cigarette, qui levant les yeux au ciel ou regardant les autres passants. Les meilleures ambiances étaient celles de l’après-midi : il y avait une certaine détente bon enfant : pendant que les autres travaillent ou se font chier, nous on s’en donne tout notre soûl ! Le soir, c’était plus pesant car on sentait que les "autres" étaient pendant ce temps-là en train de dîner ou de regarder la télé avec leur femme. La marginalité et l’exclusion se ressentaient plus fortement. Plus tard dans la nuit, la différence s’estompait un peu. A l’heure du dîner (20H-21H), c’était flagrant.





D) L’AMBIANCE

Aucuns échanges ni discussion.

Les HH augmentaient l’excitation, diminuaient la censure et favorisaient sans aucun doute la masturbation en couvrant les bruits qu’elle engendrait.

Aucun échange (sinon tarifé) dans la salle. Cela dit, un mec a raconté à Pat Delbe qu’il allait volontiers se faire branler dans les salles où venaient des couples. En ce qui me concerne, ça m’aurait semblé absurde qu’une fille me branlât avec l’accord de son mec et en sa présence ! Quand la réalité rejoint la fiction, les spectateurs de X ont peur, comme tout le monde.

À l’entracte, soit silence de mort et gêne avec observation timide des autres voisins, soit atmosphère bonne enfant avec ouvreuse vendant les confiseries pendant les publicités, mecs lisant le journal, allant aux toilettes ou même dans le fonds de la salle fumer une cigarette, soit mélange des deux ambiances !





E) LES CONDITIONS DE L’EXPLOITATION (!)

Quelques conglomérats évidents: Alpha, Cinévog. Beaucoup de salles indépendantes en apparence mais certains exploitants possédaient des salles dont les noms et les emplacements étaient variés. On allait dans un circuit sans le savoir ! Les salles X d’un même quartier se concurrençaient. Mais plus il y a d’offre d’un même produit rassemblée en un espace, plus les affaires de chaque opérateurs sont élevées : B-A-BA du capitalisme.

J’ai raconté dans mon op. cit. supra les quelques shows auxquels on a pu assister au Midi-Minuit ou au Brooklyn vers 1983, un été.

Les revues que tu cites paraissaient après le passage des films en salles. Elles n’avaient donc aucun rôle publicitaire à mon avis et n’étaient lues que par une fraction de la clientèle.

Lorsque les copies étaient en état 4 ou 5 ou 6, on le regrettait si le film était bon. Mais on avait l’impression de voir un joyau en train d’être englouti, d’être peut-être ses derniers témoins, ce qui conférait un charme romantique au film lui-même. Lorsque les copies étaient "pisseuses", on était volé. La vidéo sur écran donnait un son excellent mais une mauvaise image. Les copies d’exclusivité s’abîmaient au bout de la première semaine, comme d’habitude.





F) AUTOUR DE L’EXPLOITATION

La caissière pouvait être l’une ou l’autre des figures que tu décris : matriarcale, revêche, neutre, gentille, etc.

Les places étaient à 15-20 FRF pour deux films en "double-bill". 25-30 FRF dans les salles huppées. Les tarifs réduits (que tu cites) te ramenaient parfois à moins de 15 FRF. Les resquilleurs allaient dans les complexes Cinévog de six salles (un seul film par salle !) et tentaient de passer d’une salle à l’autre sans payer. Voir mon op. cit. ALPHA ELYSEES

Avec les sièges, j’ai toujours eu de la chance. Les chewing-gums étaient le plus redoutable des pièges, comme dans les autres salles non-X, d’ailleurs.

Le voisinage direct pouvait être pénible : clochard endormi ronflant, mec sentant des pieds, mec bougeant tout le temps, mec enfonçant ses genoux dans ton fauteuil. Ni plus ni moins que dans autres salles non-X, cela dit.

Projectionniste : aucune idée. On pouvait voir celui du Beverley qui travaillait dans une cabine transparente, mais je n’y suis allé qu’une fois ou deux vers 1980…

Il y avait des ventes de confiseries, des projections de courts-métrages documentaires sur la pêche à la sardine ou les centrales nucléaires ou la ville de Venise ou les moeurs des pélicans. Ils faisaient évidemment chier tout le monde mais constituaient une telle aberration qu’on s’y détendait quand même. Ils allongeaient le temps de repos entre deux tensions.





G. LA PROGRAMMATION

J’ai jeté un oeil à mon petit carnet jaune où j’ai noté dans l’ordre les films X que j’ai vu pendant des années. Voici les premiers dans l’ordre en 1978 (les N° indiquent les séances, comprenant parfois des doubles programmes. Quand le film n’est pas français, la nationalité est indiquée) :

1-La Grande Sauterie, 2-Candice-Candy, 3-Libres-échanges (USA), 4-Lycéennes perverses, 5-Nicole par-dessus par-dessous, 6-Encore plus (Nordique maquillé en Français si je me rappelle bien), Couples complices, 7-La vorace (USA), 8-Fais-moi tout, 9-La kermesse érotique(érotique), la possédée/Échanges (érotique "strongé" USA), 10-les hôtesses du sexe, Les limeuses, 11-Le feu au sexe, Triples introductions.

En la relisant aujourd’hui, je ne trouve aucun fil conducteur. Seuls les titres et la convenance géographique momentanée ont motivé mon choix. Ces premiers films, je me rappelle être allé les voir dans tous les quartiers de Paris. Tels quels, ils constituent (et constitueraient encore aujourd’hui) une très honnête initiation au genre dans sa variété. Il est certain que l’apprentissage se faisait vite : si on avait aimé telle séquence d’un Fleury ou d’un Lansac, on voulait aller voir les autres Fleury ou Lansac repérés dans le Pariscope. Idem pour une actrice qu’on ne savait pas identifier avec certitude mais qui était une star du film. On répérait les noms des filles et si on retrouvait le nom plusieurs fois, on finissait par aller voir tous les films avec ce nom-là mentionné au générique. Lorsqu’il n’y avait pas de générique, c’était la découverte totale. Ce genre fut le dernier qu’on découvrit sans idée préconçue puisqu’il se construisait sous nos yeux au fur et à mesure que les semaines apportaient leur lot de titres nouveaux.

Il y avait des salles spécialisées "gay". Pas de salles avec films "communautaires".

Le cinéma érotique n’était pas un allié ou un concurrent. Il ne correspondait pas aux mêmes critères. Le public féminin le fréquentait bien sûr davantage. Mais je me rappelle d’une projection de "La bonne", honnête film de Salvatore Samperi vers 1985-90 sur les Champs-Elysées : la salle était masculine à 99,9%…

En revanche, la fellation en clair-obscur de Detmers dans "Diavolo in Corpo/Le diable au corps" de Bellochio avait attiré beaucoup d’adolescentes, car le film était Int. - 13 ans seulement.

Les films de violence classés X ne passaient pas dans ces salles. Le public était assez semblable, avec plus de filles ou de femmes évidemment, mais masculin en majorité.

Les programmateurs de salles indépendantes avaient toute latitude. Pour les autres, ils faisaient parti de circuits ou de conglomérats qui avaient une part producteur et projetaient donc leurs propres films.




H) RÔLE SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DU CINÉMA PORNOGRAPHIQUE

Assez sérieuse concurrence avec les prostituées : le film était moins cher qu’une passe, durait beaucoup plus longtemps, offrait plus de variété. Mais il pouvait exciter au point qu’on aille trouver la réalité=prostituée après la sortie de la salle. Les sex-shops offraient de ce point de vue une ambivalence comparable.

Toutes les nationalités d’immigrés étaient présentes dans les salles X. Mais les immigrés ne traversaient pas la frontière uniquement pour aller voir un X ! Ils appréciaient évidemment ces spectacles interdits dans leurs pays.




I) LA CENSURE

Relation complexe. Il y eut des cas de saisies des copies dans les salles par des inspecteurs de la Brigade des moeurs, avec établissement de procès-verbaux. Il y eut des interdictions totales. Des Xages suivis de passage à - de 18 et inversement. Il faudra que tu lises notre livre à Christophe et moi pour en savoir plus car c’est long et complexe. On peut distinguer plusieurs périodes distinctes. Et il y a aussi de nombreux cas savoureux dont "Baise-moi" n’est pas le plus délirant…




J) L’ESPACE

Il valait mieux, à mon sens, éviter l’arrière de la salle. Le milieu était préférable (In medio stat virtu…) sinon l’avant lorsqu’on ne pouvait pas faire autrement. Les côtés étaient plus tranquilles et on y était plus à son aise.

Certaines toilettes semblaient terrifiantes. Mais si on arrivait en honnête homme étranger à toute idée de trafic ou de vice monnayé, elles étaient toutes aussi tranquilles (ou tout aussi peu, suivant le point de vue auquel on se place) que celles des autres cinéma populaires. Le théâtre d’hallucinés, suivant ta jolie expression, était aussi bien dans la salle…




Francis Moury, septembre 2000, mise en ligne, août 2003





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Notes de Francis Moury / août 2003

(1) Le livre PARIS-CINEMA de Paul-Hervé Mathis n'est pas encore paru.

(2) Mes propres souvenirs - mentionnés comme devant servir au livre de Mathis - ont été finalement publiés par Claude Lanzmann dans LES TEMPS MODERNES N°617, éd. Gallimard, Paris décembre 2001 - janvier-février 2002, pp. 251-278 sous le titre "Souvenirs des cinémas parisiens (1968-2000) ou petits souvenirs sociologiques d'un cinéphile-bis" par Francis Moury




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