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Fran°oise de Paepe, fondatrice de cinerivage.com est morte
samedi 12 avril 2003

— par Francis Moury —


Note : Ce texte est initialement paru sur le site dvdrama. Le texte à été légerement revu et corrigé par l'auteur.

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Françoise de Paepe, fondatrice de www.cinerivage.com est morte samedi 12 avril 2003

Elle avait fondé le 06 décembre 2000 un des sites internet francophones les plus connus et les plus sympathiques qui soit.

Pourquoi " Cinérivage " ? Eh bien comme elle se plaisait à le rappeler dans la rubrique " Édito " qui ouvrait chaque nouvel anniversaire du site, en hommage à On the Beach [Le dernier rivage] (USA 1959) de Stanley Kramer, avec Ava Gardner et Gregory Peck, d’après l’hallucinant roman homonyme de science-fiction australien de Nevil Shute décrivant l’apocalypse nucléaire. Mais aussi " parce que " cinérivage " rime avec " image " et " mirage " " ajoutait-elle immédiatement.

Sympathique d’abord en raison de sa personnalité même. Éprise de littérature autant que de cinéma, Françoise avait fondé la plus célèbre librairie de cinéma de Bruxelles, " Le bateau-livre ", en forme d’hommage rimbaldien. C’était dans les années 1980 et 1990 le plus fameux rendez-vous des documentalistes, archivistes, collectionneurs de photos d’exploitation, de livres de cinéma rares ou épuisés, récents ou venant de paraître…

Elle avait été critique de cinéma dans le bi-hebdomadaire belge " Le journal du Médecin " et continuait, outre le travail écrasant qu’elle donnait quotidiennement au site, d’y collaborer (plus de 200 critiques parues de 2000 à la semaine dernière, qui était reprise dans le site). Je dis écrasant parce qu’elle était l’une des rares personnes dont je sois presque certain qu’elle répondrait dans les 24h à une question envoyée par mail. Et si j’envoyais la question à Minuit en la priant de ne me répondre que le lendemain — que cela pouvait attendre, elle me répondait, fraîche et aimable, vers 1H00 du matin, entre deux autres mails !

Aussi par son ouverture d’esprit lui permettait de rendre aussi bien hommage, à l’occasion d’anniversaires ou de dates importantes de l’histoire du cinéma, qu’elle connaissait bien, aussi bien à l’actrice Grace Kelly qu’à la réalisatrice Lenie Riefenstahl, d’accueillir aux côtés de la sublime " Collection [de cartes postales d’actrices] de Marlène " dans la rubrique " L’océan des images ", une collection parallèle (rassemblée par une anonyme de choc qui se nommait " la biche " !) de sublimes photos de films lesbiens classiques ou de films classiques contenant un plan d’esthétique lesbien. Et bien sûr chacun était invité à les commenter, le plus librement du monde !

Connu d’abord en raison de sa variété et de sa haute tenue éditoriale : le succès des " Paroles de cinéphiles " en réponse à un questionnaire de 30 questions qu’elle avait élaboré - plus d’une centaine publiées avec leurs commentaires annexés — archivées dans la rubrique " Le Feuilleton cinéphilique " furent l’occasion, à ce tournant entre deux siècles, de pouvoir les faire, souvent, dialoguer entre eux, et avec quelle vigueur parfois, des cinéphiles nés en 1925 et ceux nés en 1980 ! Les traces conservées de ces affrontement entre cinéphages et cinéphiles, cinéphiles de 60 comme de 40 ou de 15 ans, qu’elle savait modérer mais qu’elle accueillait avec tolérance et bonne humeur constante pouvaient évoquer le ton des " Fanzines " les plus indépendants des années 1970… Elle avait vers la fin de l’année envoyé un nouveau questionnaire, différent et encore plus riche que le précédent, qu’elle nommait le " Questionnaire-bis ". J’espère que les réponses reçues seront, malgré son cruel et brutal décès, publiées par ses collaborateurs.

Autre rubrique incroyable : les belles " Nouvelles du Fronton " consacrées avec passion et précision au " péplum " par Michel Eloy (co-auteur d’un N° " spécial Péplum " de la revue Cinémaction), illustrées de photos et d’affiches toutes plus importantes et rares les unes que les autres, à tel point qu’on avait envie, régulièrement, d’en imprimer les pages et de les mettre sous cadre.

Une rubrique au succès de plus en plus confirmé parle temps fut celle des " Sondages ". Il fallait voter pour " La plus belle garce au cinéma ? " parmi 12 actrices, " Le plus beau vampire au cinéma ? " - ce sondage-ci connut un tel nombre de commentaires comparant les mérites de Christopher Lee, Bela Lugosi, German Robles, et autres acteurs sans parler des films eux-mêmes et de leurs metteurs en scène, et d’une telle longueur parfois, qu’il faillit faire exploser le serveur… Elle le rappelait fièrement dans son " édito " du premier anniversaire du site.

C’était un site où on pouvait croiser aussi bien Christophe Bier que Paul-Hervé Mathis, Alain Venisse que Lucas Balbo, Jean Wéra que Christophe Lemaire, Romain Hannebert que Frédéric Ambroisine, Stéphane Derdérian que Jean-Pierre Bouyxou, Raphael Bassan que Lionel Soukaz, Gilles Esposito que Johannes Roger, Jérôme Vincent qu’Henri Agel, Daniel Georgais (mon éternel et savant contradicteur) que votre serviteur et tant d’autres… , réalisateurs ou en train de le devenir, scénaristes ou critiques à la réputation établie, parfaits anonymes ou succulent dilettante, connus de moi ou inconnus et qui, d’ailleurs, me le sont devenus par la suite et le jeu naturel des " amitiés en chaîne ".

C’était un forum où l’on pouvait, à la rubrique (bien nommée) " Solidarité ", demander les titres de films dont un médecin était le personnage principal ou le héros, et… recevoir en réponse en moins d’une semaine plus de 65 commentaires citant allègrement Der Artz von Stalingrad [Le médecin de Stalingrad] (All. 1958) de Geza Radvanyi avec O.E. Hasse et Eva Bartok (mais oui : la vedette de Six femmes pour l’assassin de Bava !), El Secreto del doctor Orloff / Die Geliebtein des Dr. Jekyll [Les maîtresses du Dr. Jekyll] (Esp, 1964) de Jess Franco ou le moindre film pornographique français 35mm contenant le mot " doctoresse " ou " infirmière" dans son générique !

Nous lui sommes redevables de bien d’autres plaisirs encore, archivés et tous consultables. Elle me signalait il y a à peine un mois ou deux que le site, dont la fréquentation était en hausse régulière et constante, était fréquenté non seulement par les internautes des pays francophones les plus évidents (France, Suisse, Belgique, Luxembourg, Monaco, Andorre, Québec) que par les Philippines, Chili, Israël, Ile Maurice, Mexique, voire - et la boucle initale était d’ailleurs logiquement bouclée — Australie, pays qui a donné naissance au roman de S.-F. dont l’adaptation cinématographique l’avait tant émue.

Ce dernier rivage, elle l’a rejoint hier et je souhaite que son séjour y soit paisible. Je souhaite aussi que son site vive encore longtemps.

Ce nouveau rivage, ce " cinerivage.com " du paysage cinéphile francophone qu’elle a mis au monde, je souhaite que des vagues nombreuses et du monde entier, ne cessent jamais d’en venir battre le sable, d’en alimenter, par delà l’espace et le temps, la richesse et la variété. Ces rubriques dont j’ai parlé au passé simple ou à l’imparfait, il faut les conjuguer au présent, et j’espère, au futur.



Francis Moury, avril 2003





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