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Sexy Beast
de Jonathan Glazer
— par Francis Moury —


Note : Ce texte est initialement paru en tant que critique de dvd sur le site dvdrama, d'où la forme du texte. Bien que cineastes.net s'intéresse plus aux films qu'aux supports commerciaux de diffusion de copies vidéos de ces films, il a été décidé en accord avec l'auteur, de publier ce texte tel quel. Le texte à juste été légerement revu et corrigé par l'auteur.

*

 

Un DVD-Zone 2 PAL Studio Canal

Durée : 85’ — format 2 :35 compatible 16/9 — son DD5.1

Film Four / BAC Films présentent une production Recorded Picture Company

SEXY BEAST

(2000)

FICHE TECHNIQUE

Mise en scène : Jonathan Glazer

Dir. Ph. Ivan Bird

Mont. John Scot

Mus. Roque Banos

CASTING

Ray Winstone Gal

Amanda Redman DeeDee

Cavan Kendall Aitch

Julianne White Jackie

Alvajo Monje Enrique, le "Pool boy"

Ben Kingsley Don Logan

Ian McShane Teddy Bass

James Fox Harry (le PDG)

Gérard Barray Fonctionnaire Aéroport

 

 

 

Résumé du scénario :

En 2000, dans une villa luxueuse perchée à flanc de colline dans le Sud de l’Espagne, Gal, un ancien gangster anglais — " rangé " - et sa maîtresse Deedee, une ancienne actrice de porno, vivent heureux. Un incident vient troubler leur quiétude : un rocher est tombé de la montagne dans la piscine et a manqué Gal de peu .Le même soir, au restaurant, leurs amis Aitch et sa maîtresse Jackie- qui sont dans la même situation - préviennent Gal qu’ils ont reçu un coup de téléphone de Londres : Don Logan, membre brutal d’un gang dangereux, réclame le retour de Gal pour une nuit de " travail ". Don arrive le lendemain même par avion…

1) IMAGE

À la différence du DVD zone 1 édité par Fox en 1.85 widescreen, le film est ici présenté dans son format original 2 :35 cinémascope compatible 16/9. Les menus sont en revanche au format 16/9 mis à part les suppléments (les deux BA, le Making Of, et les scènes coupées qui sont toutes en 2.35 aussi). La copie retenue est impeccable et la masterisation numérique excellente mis ç part un ou deux petits défauts de compression fugitifs, quelques fugaces et presque invisibles bruits vidéo. Couleurs, lumière, contraste, noirs, définition sont excellents. Aucun effet de rémanence dans les scènes de nuit. Proche de la perfection mis à part une absence d’encodage 16/9 direct dont certains se plaindront peut-être mais pas nous. C’est le premier film tant du metteur en scène Jonathan Glazer que de son directeur de la photographie, Ivan Bird : il est impeccablement restitué.

 

2) SON

La v.o.s.t.f. comme la v.f. (pas de v.o.sans s.t. proposée) sont en DD5.1. Le résultat est excellent. Les nombreux effets sonores - le perçage sous-marin des murs par exemple - la musique, les dialogues mêmes chuchotés, sont parfaitement équilibrés et on entend le signal discret annonçant que les portes de la Porsche sont ouvertes aussi bien que la moindre voix émanant d’un téléphone portable. Du grand art. Le compositeur Roque Banos a effectué un travail original et on note au générique des remerciements au grand Howard Shore. Il faut écouter le film en v.o.s.t.f. impérativement : la sonorité des voix originales n’est absolument pas rendue par la v.f. qui ringardise le film et le rabaisse nettement d’un cran, esthétique comme dramatique.

 

3) INTERACTIVITE

Le menu principal est très soigné, dynamique et met immédiatement dans l’ambiance brutale et tendue du film non sans une distance à l’ironie anglaise très noire, glamour et efficace. Il est divisé en 4 parties :

    1. Film: pour voir le film immédiatement. Durée : 85’. Il démarre en v.f. si on n’a rien sélectionné auparavant.
    2. Chapitres : 12 chapitres encadrés dans des écrans 16/9 répartis par groupe de 4 non-titrés et sonorisés en v.f. uniquement avec la bande-son de chacun alternativement.
    3. Audio : v.o.s.t.f. ou v.f.
    4. En + : les suppléments qui se subdivisent eux-mêmes en :
    1. BA : la B.A. du film (format 2.35 compatible 16/9 — durée 1’46’’) en v.o. ou en v.o.s.t.f. au choix, ce qui permet d’ailleurs de mesurer immédiatement la faiblesse inévitable du doublage français comparé à la force de la v.o. dont les tonalités anglaises sont inimitables et les sonorités de voix sans rapport aucun avec le jeu et la personnalité des acteurs ;
    2. Filmographies : celle de Krishna Banji alias " Ben Kingsley " (il avait dû changer de nom pour échapper au chômage dans sa jeunesse) et celle de Ray Winstone seulement sont proposées en bandeaux déroulant. Dommage car le film recèle des surprises comme la réapparition de James Fox voire de Gérard Barray assez inattendues dans leurs rôles respectifs !
    3. Scènes coupées au montage : 4 scènes sont proposées (durée totale 13’23’’). Le dîner de la " mauvaise nouvelle " (05’29’’), puis le cauchemar de Gal attablé dans le désert et attaqué par une étrange silhouette démoniaque munie d’un PM " Uzi " (05’29’’ — 06’40’’), le réveil de Gal et sa conversation nocturne avec Deedee au sujet de l’arrivée redoutée de Don le lendemain qui arrive effectivement à 09’19’’ à l’aéroport, puis dans une Mercedes coupé sport puis à la Villa. Première discussion tendue et angoissée qui se coupe à 13’23’’. En fait ces 4 scènes sont effectivement enchaînées en quasi-continuité dans le montage final et on relève quelques petites différences. La seule vraiment frappante est celle du cauchemar. La séquence montée finalement l’a épuré, réduit en durée et la version coupée ici présentée est inférieure : plus vulgaire parce que plus lourde et moins bien montée. Au fond, ces séquences n’ont qu’un intérêt : nous faire encore plus apprécier le montage final.
    4. Making Of : L’un des meilleurs que nous ayons vus : il ne dure que 8’11’ en format 2.35 somptueux et contient pratiquement tout ce que l’on peut souhaiter d’essentiel à la compréhension d’un film : le point de vue synthétique de son réalisateur et de son scénariste et de ses acteurs sur ce qu’ils ont fait. Glazer explique que le film repose de son point de vue sur une idée force : celle de l’amour rédempteur. Le personnage aberrant de Don est analysé par Kingsley et les autres de la manière suivante : un psychopathe terrifiant travaillant pour un boss qui le rend intouchable. Ray Winstone devait donc sous-jouer, limiter sciemment sa propre puissance naturelle face à Kingsley dans leurs scènes de dialogue. Ce contre-emploi engendre une insécurité du spectateur et les maintient constamment en attente. Kingsley a ce mot étonnant : "- j’ai joué un personnage qui est davantage proche d’un missile Tomahawk que d’un homme. " Les tonalités contradictoires des dialogues du film sont revendiquées comme participant à sa richesse : Film policier ? Oui et non. Histoire d’amour ? Oui et non. Comédie ? Oui et non. Les acteurs soulignent le soin extrême apporté au montage du film que Kingsley qualifie de " poétique ". Relevons aussi les savoureuses notations matérielles habituelles à ce genre de document : les actrices relèvent avec une joie non dissimulée qu’une partie de leur travail quotidien consistait à bronzer pour donner l’illusion qu’elle vivait depuis longtemps dans le pays alors que le pauvre Kingsley devait avoir l’air d’un homme ayant passé du temps en prison, donc pâle… et Ian McShane confie qu’il aurait bien aimé aller bronzer, pour sa part tandis que Winstone confie, à l’opposé, qu’il aurait préféré se promener à Bethnal Green qu’à rôtir des semaines durant dans ce désert… ! Cavan Randall surprend lorsqu’on le voit " au naturel " : il est visiblement tout à l’opposé, dans la vie, du personnage un peu vulgaire qu’il joue ici. Faiblesse à déplorer cependant : aucune information sur les divers postes de création techniques : effets spéciaux, direction de la photographie, montage…
    5. Crédits : Ce sous-menu est caché sous le " making of " et apparaît lorsque l’on déplace le curseur juste en dessous. Il révèle le nom du responsable du bel authoring de ce DVD pour Studio Canal et indique la firme française responsable du " pre-mastering ".

Une interactivité sympathique au total, à la navigation intuitive et agréable, contenant d’intéressants éléments même si elle ne s’assimile en aucune façon à une édition collector : sa filmographie est réduite à la portion congrue, ses scènes coupées assez quelconques, son making-of très agréable mais un peu court. Elle suffira cependant amplement, encore une fois, pour connaître l’essentiel.

 

4) CRITIQUE

Premier film de son réalisateur Jonathan Glazer et de son directeur de la photographie, Sexy Beast est une excellente surprise. Son casting est admirable, sa mise en scène joue sur plusieurs registres avec une virtuosité technique et dramatique confondante, ses caractéristiques techniques offrent la perfection du début du XXIe siècle.

Sexy Beast est d’abord un film policier violent, noir, angoissant qui est aussi, son réalisateur et ses acteurs ont raison de le dire, une histoire d’amour, une comédie en demi-teinte ou parfois franche. Ce mélange des genres est à l’image même de son casting et de son scénario : détonants et profonds. Glazer prend des acteurs sur le retour, âgés mais d’une puissance extrême, d’une technicité comédienne proche de la perfection et la moindre séquence rend ainsi son maximum d’efficacité.

Le film fonctionne par opposition manichéenne entre deux complexes de données : vie-présent-amour-soleil-nature-paix-bonheur-Espagne-désert-amitié-franchise d’une part contre mort-nuit-ville-pluie et froid-passé-mensonge-peur-Londres-Angleterre. Les deux vecteurs entre ces deux univers sont Winstone et Kingsley. Le passage de l’un à l’autre est fatal à l’un et quasi-fatal (de justesse) à l’autre.

La dynamique et l’accélération du suspense proviennent de l’identification du spectateur à ces deux vecteurs, entrecroisés (jusqu’au plan final d’une ironique et surréaliste noirceur) inextricablement vers le milieu du film, lorsque l’un agit en se souvenant de qui est arrivé à l’autre. Puis s’effectue une désintrication qui n’amène pas la paix espérée mais fait rebondir le suspense jusqu’à l’avant-dernière séquence - soit l’ultime séquence londonienne.

Ce film de 85’, ce qui est assez court au regard des standards actuels de durée, fonctionne à plein régime du début à la fin sans une minute de répit : retour à la rigueur totale des années 1960 de ce point de vue et belle leçon d’économie temporelle. On saluera d’étonnantes idées visuelles de mise en scène comme celle du rocher minéral dont la chute est une métaphore visuelle inquiétante du destin - préfigurant le " rocher humain " qui va s’abattre sur Gal le lendemain avec la même force, le génial effet " bonus " du " Steam bath " (bain de vapeur) qui s’illumine psychiquement dans l’esprit du très inquiétant Ian McShane, celle de l’avion stoppé par une cigarette et la façon perverse et drôle dont Don retourne ensuite la situation, sans oublier la démentielle séquence aquatique d’ouverture de la salle des coffres (à la rigueur ironique et glacée digne, par exemple, d’un Peter Yates), etc.

La peinture du milieu londonien est relativement effrayante par sa noirceur : la force de suggestion de certains gros-plans en contre-jour, la sonorité de certaines voix particulièrement bien choisies contribuent à une peinture réaliste dont le non-dit renforce la puissance dramatique. Il y aura bientôt une histoire à écrire sur ce sous-genre (qualification qui n’est pas péjorative mais fonctionnelle) du cinéma policier anglais que constituent les films ayant pour héros des gangsters cachées ou retraités en Espagne depuis The Hit [The hit] (GB 1984) de Stephen Frears avec John Hurt et Terence Stamp à celui-ci qui en est peut-être l’aboutissement le plus démesuré, le plus baroque jusque dans ses excès.

Pour un premier film Glazer a fait très fort et ce percutant Sexy Beast trônera dorénavant à juste titre dans la filmographie de tous ceux qui y ont participé.



Francis Moury, novembre 2003





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