page éditée le 25/12/03
dernière mise à jour : le 25/12/03

> sommaire des textes.................. > sommaire des entretiens

[english]

cineastes.net déménage : retrouvez cette page sur http://www.exprmntl.net
accueil---contact---recherche---structures---cinéastes---films---textes---entretiens---festivals---pratique---agenda---annuaire ---liens---go

cineastes.net

Sympathy for Mr. Vengeance
de Chan-Wook Park
— par Francis Moury —


Note : Ce texte est initialement paru en tant que critique de dvd sur le site dvdrama, d'où la forme du texte. Bien que cineastes.net s'intéresse plus aux films qu'aux supports commerciaux de diffusion de copies vidéos de ces films, il a été décidé en accord avec l'auteur, de publier ce texte tel quel. Le texte à juste été légerement revu et corrigé par l'auteur.

*

Un DVD-Zone 3 NTSC de CJ Entertainment double couche

Durée : 2H1 - Format 2 :28 :1 — Dolby Surround 2.0 (DTS)+ D.D. 5.1

Sympathy for Mr. Vengeance

(2002)

FICHE TECHNIQUE

Mise en scène : PARK Chan-Wook

CASTING

SHIN Ha Kyun, BAE Doo-Na, SONG Kang-Ho…

Résumé du scénario :

Corée du Sud en 2002, à Séoul. Ryu, un jeune ouvrier sourd-muet, désireux de sauver sa sœur malade, contacte des trafiquants d’organe, dirigés par une médecin droguée, qui lui réclament 10.000.000 de won. Sa maîtresse, militante activiste qui travaille pour la Corée du Nord, le pousse à kidnapper la petite fille d’un riche industriel. Elle meurt accidentellement et son père désespéré poursuit sa propre enquête. Il torture à mort la maîtresse de Ryu, en dépit des menaces de représailles " politiques " de la jeune fille, et remonte la piste tandis que la police compte les coups…

1) IMAGE

Le film est présenté dans son format original 2 :28 :1 (anamorphic widescreen) idéal pour une TV 16/9. Beau travail d’encodage. Compression pratiquement parfaite, à part un ou deux fugitifs arrières-plans. La copie 35mm n’est pas totalement exempte de légers défauts mais très belle dans l’ensemble. Excellente définition et bonne colorimétrie (scène de l’usine par exemple, ou scènes d’extérieurs dans la campagne, scènes d’intérieurs-nuit). Contrastes et lumière haut de gamme.

 

2) SON

On vous propose une piste DTS / Dolby Surround 2.0 et une piste Dolby Digital 5.1. L’ensemble est équilibré et sophistiqué. Soin extrème apporté aux effets sonores, aux sons nuancés et doux, presque " sub-liminaux " parfois. Montage sonore pointu et nombreux effets de contrepoints ou d’ambiance. On croit entendre la baïonnette USM8 pénétrer dans la poitrine de la victime lors du dernier meurtre !

 

3) INTERACTIVITE

Les " Special features " sont la matière d’un disque entier. Ils ne sont malheureusement pas sous-titrés en anglais mais on peut tirer profit de la vision de certains d’entre eux. La navigation entre les sous-menus est aisée, claire, rapide et rationnelle. Un premier écran propose les 3 premiers et les 3 suivants apparaissent en déroulant la bandeau si on appuie sur " more ", en bas à gauche de l’écran. Au moyen de " Back " vous pouvez remonter aisément. Certains sous-menus sont chapitrés (ceux des interviews notamment).

Le menu principal, affiché sur une image fixe un peu abstraite (en format 2 :28 aussi) mais jolie et sonorisée par le thème musical mélancolique et un peu angoissant (cordes et piano) est divisé en 7 parties :

    1. In Process of Mr. Vengeance : ce " making of " est tourné en 1 :33 standard, mis à part les citations de plans qui respectent toujours le format de l’original. Il se subdivise à son tour en 4 sections :
    2. a) Dactylology :(5’20)intéressant car on y assiste à l’apprentissage par Bae Doo-Na et Shin Ha Kyun, dans une école spécialisée, du langage des signes composés dans l’espace avec les doigts et les mains, langage utilisé par les sourds-muets pour communiquer entre eux.

      b) Star Review : (8’20) interviews, entre deux prises de vues, des 3 acteurs principaux du films auquel malheureusement on ne comprend évidemment rien, à moins d’avoir une traductrice coréenne à nos côtés. Intéressant néanmoins car on voit la difficulté physique du tournage de certaines scènes : le meurtre de Ryu dans la rivière par exemple alors qu’il fait visiblement froid…

      c) Special Makeup (6’50) : explications visuelles des trucages et maquillages les plus importants du film : les chevilles tranchées de Ryu, une autopsie, le tournevis dans la gorge de l’un des trafiquants d’organe et sa lutte avec Ryu, la poupée et la main de la petite fille filmées en gros plan pendant son incinération, etc

      d)Cameo role : (10’30) :ce suplément-là est dédié aux " petits rôles " et contient des interviews entrecoupés de plans de répétition avant les prises de l’idiot au bras bloqué (sorte de " fatum " incarné), du livreur de pizzas qui arrive sans le savoir dans un appartement où on torture quelqu’un (!), de l’instructeur de " lutte " qui a aidé Bae Doo-Na et Shin Ha Kyun a répéter la scène de dispute au cours de laquelle Ryu se fait tabasser par sa petite amie furieuse qui le jette hors de son lit.

    3. My Boksu Story: (15’ à peu près) interviews en format standard 1 :33 (4/3) de 5 membres de l’équipe (techniciens et acteurs) ayant participé au film, dont la petite actrice qui tient le rôle de la kidnappée. Chacun dure à peu près 3’.
    4. Staff interview : (22’) une dizaines d’interviews filmées en 1 :33 aussi, divisée en deux sections de 10’ et 12’, don’t une spécifiquement consacrée à l’équipe technique désignée dans le sous-menu " Art — the gasum ".
    5. Productions Notes : (un peu moins d’1’) 3 panneaux de textes dont les 3 premiers mots en anglais constituent le titre : " Hard boiled people "…mais il n’y a pas sans doute de rapport avec le titre original de À toute épreuve de John Woo ! Le reste est écrit en coréen…
    6. Moving Continuity(10’ a peu près) : des extraits animés et sonorisés du " storyboard " du film conçu par Chung Sang-Yong, au format 2 :28, en noir et jaune. Quelques défauts technique dûs au report vidéo : une ligne horizontale bleue défile parfois de haut en bas de l’image. Mais qu’importe : il est intéressant et beau. Vous pourrez visionner certains plans ou projets de plans contenus dans les séquences 15, 46, 47, 49, 93, 116.
    7. O.S.T. + Photo (non minuté) : 4 interviews en coréen, filmées en format standard 1 :33 sans sous-titre anglais, des techniciens, du chef-opérateur, etc. On n’a pas eu le courage de les minuter.
    8. International Trailer : (1’41) la B.A. au format 2 :28 avec certains slogans sous-titrés en anglais. Sa définition est moins bonne que celle du film et les couleurs un peu ternes. Elle est composée en trois parties successives contenant les " meilleurs " plans où apparaissent Shin Ha Kyun (Ryu), Bae Doo-Na (sa copine), Song Kang-Ho (le père de la petite fille kidnappée). Elle est à l’image du film : profondément désespérée.
    9. East Egg : ultime menu annoncé au dos de la jaquette du boitier mais absent du menu général de ce DVD de Special features, qui n’en compte donc que 7.

 

4) CRITIQUE

Un mélange d’impassibilité boudhiste " zen " et de fureur déchaînée en de brefs instants de violence paroxystique. Savoureux mélange de critique sociale-politique et de récit policier noir (traffic d’organes et kidnapping). La tonalité est désespérée et on note que la jeune révolutionnaire ne bénéficie pas d’un traitement de faveur : au contraire ! La Corée du Sud est présentée comme minée par la crise sociale engendrée par le Krach boursier de 1997 (cf. : la scène incroyable (tragi-comique) de l’employé licencié qui se fait hara-kiri sous les yeux médusés de son patron et de sa famille puis non pas aider mais violemment désarmer !) et celle du Nord n’engendre qu’une chose concrète : la venue d’un commando de tueurs qui exécutent d’une façon particulièrement ignoble l’un des deux " héros ". Aucun espoir à attendre de la société (sans argent, pas de soins pour les malades) ni des hommes. Tout le monde est renvoyé dos à dos. Chacun a ses raisons : elles s’annulent par opposition.

Cela dit, le rythme global est volontairement (trop) lent. Le montage excessivement sophistiqué rend parfois l’intrigue difficilement compréhensible (même si les grandes lignes en sont aisées à comprendre). On ne sait jamais si certais effets sont strictement réalistes ou théâtraux (le repaire des trafiquants d’organe est un décor digne d’Orson Welles : l’étage désaffecté d’un immeuble en construction, ouvert au vent).

En revanche, d’autres sont mélodramatiques et même emphatiques (le meurtre de Ryu par le père est accompagné d’un dialogue justificatif proche du ridicule). D’autres encore sont expérimentaux (jeu sur l’espace et le temps : Ryu nu sur le sol en béton portant la main à sa blessure alors que personnages et décor ont disparu…).

On peut certes y voir une influence du style du grand réalisateur-acteur japonais contemporain Kitano Takeshi mais Park Chan-Wook livre un film dont la linéarité est trop malmenée, les ruptures de ton trop nombreuses et où le suspens se dilue dans les méandres de la recherche stylistique.

Il rend compte cependant de la vitalité d’un cinéma coréen que l’on commence à découvrir en raison de sa nouveauté et de son originalité. C’est une nouvelle facette de l’Asie qu’il nous permet de contempler : en cela, il est passionnant.



Francis Moury, novembre 2003





haut de page
-------------

Autres pages

la page de Francis Moury sur cineastes.net