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Les années 90 en france, février 2003
— par Colas Ricard —



Le dynamisme expérimental parisien
ou celui des années 2000 ne doit pas faire oublier que le mouvement expérimental contemporain en France, pour être perçu dans sa globalité et sa complexité, ne saurait l'être qu'à un niveau (inter)national et en lien avec sa continuité historique.
Il est même presque paradoxal de parler de "cinéma expérimental en France", tant ce cinéma se moque des frontières et des langues.

Si des groupes ou structures apparus ces dernières années
à Paris (Braquage, Etna, Exploding, nouveau CJC, Brigades S'Marti, Les Petits Films…) (1) peut suggérer l'idée séduidante d'un "Néo-Milieu", cette appellation est un peu abusive, dans le sens où il n'y a pas rupture fondamentale, avec ce qui se faisait avant, mais plutôt une suite logique dans la continuité.

Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui il faut revenir en arrière et étudier un peu les années 90 (pour bien comprendre il faudrait remonter plus loin encore (2)).

Il y a à mon avis,
2 éléments particulièrement marquants des années 90,



1)

Le premier élément est presque totalement parisien, c'est le fait que le cinéma expérimental est désormais enseigné (dans les universités, écoles de cinéma etc…)

La nouvelle génération parisienne est complètement sortie de ses cours (de Frédérique Devaux, Stéphane Marti, Rose Lowder, Dominique Willoughby,
Katerina Thomadaki, Nicole Brenez…). Inutile de citer des noms, il ont (ceux qui font le jeune cinéma expérimental à Paris aujourd'hui) à peu près tous suivis ces cours là.

Cette génération à eu la chance (en province c'est encore le quasi désert au niveau enseignement de l'expérimental) de découvrir l'expérimental avec des professeurs de talent.

Ajoutons à cela la création
de Paris Expérimental (depuis déjà 1983) et de Re:voir (en 1994) qui ont donné un puissant outil pédagogique.



2)

Le deuxième élément est presque totalement provincial, il s'agit du mouvement des laboratoires (mouvement intimement liés a des mouvements sociaux alternatifs : squats, économie parallèle, solidarité associative etc).

Les labos, ont permit, et permettent encore aujourd'hui, de réellement réaliser des films en totale autonomie (c'est en cela le complément indispensable des coopératives de distribution et des structures de diffusion alternatives, qui forme le réseau autonome tel qu'il existe aujourd'hui).

Voir par exemple à ce sujet, l'article (3) de Pip Chodorov sur les laboratoires dans Jeune Dure et Pure.

Ce mouvement partit principalement de Grenoble (création de l'atelier MTK en 1992 sur l'exemple du Studio Een en Hollande), s'est étendu au fur et à mesure de la demande : il y a d'abord eu juste un petit groupe qui faisait des films à Grenoble, et qui proposait des initiations gratuites sur le principe du "faites le vous-même".

Ce groupe s'est élargi, des gens venaient de toute la France à Grenoble pour développer leur films, et les grenoblois ont vite été débordés. Ils ont alors demandé à tous ces gens de créer à leur tour des labos dans leurs villes respectives, c'est ainsi qu'est né le réseau européen L'Ébouillanté : MTK à Grenoble, L'Abominable à Paris (en fait Asnières), Studio Een à Rotterdam, ZebraLab à Genève,
Mire à Nantes, Sector 16 à Hanovre, Élu par cette crapule au Havre, La Belle de Mai à Marseille (auxquels viendront par la suite s'ajouter : Super 8 Reversal Lab à Gravenhage, Labométrique Toulouse, Superottomonamour à Turin, Ad Libitum à Cras, Burstscratch à Strasbourg et L'Etna à Paris)

Il y a eu la revue L'Ébouillanté (organe central des labos indépendants) qui est parue de 1995 à juin 1999 (15 numéros édités à tour de rôle par les différents labos). Il n'y a pas eu de nouveau numéro depuis 1999, internet prenant partiellement le relai de l'échange d'informations.

Il y a eu le "Nyctalope" version papier (outil de liaison des programmateurs, entre août 1997 et juillet 1999) préfigurant le Nyctalope web en novembre 2001.

Il y a eu 2 rencontres des labos indépendants :
La première à Genève en février 1997 à Genève (organisée par Zebra Lab et Cinéma Spoutnik).
La
deuxième en mai 2000 à Grenoble (organisée par MTK). Elle à réunie : L'Abominable, Studio Een, Mire, MTK, Les Films de la belle de mai, Élu par cette crapule, Burstscratch, ZebraLab, Sector 16, Labométrique, Superottomonamour, Ad Libitum et Le Nova.
Une troisième rencontre est actuellement en projet.

Il y a eu plein de films, installations, performances etc… qui se sont faits, les labos devenant de plus en plus performants et autonomes.

L'Abominable est finalement devenu aussi important que Grenoble, ils ont fait aussi de nombreuses initiations, et sous la demande… se sont vu à leur tour débordés, et ont dû refuser du monde.
C'est pourquoi il a été nécessaire de créer un deuxième labo à Paris. Ainsi est né le l'Etna (issu du Cinéma Visuel), qui grâce à ce mouvement des laboratoires partit de Grenoble, à put créer son propre labo, et devenir à son tour autonome.


°



Il y a enfin un troisième élément important, c'est c
elui des coopératives, et notamment le rôle joué par Light Cone (crée en 1982) et Scratch (depuis 1983) qui dans les années 80/90 ont été très actif, et par là même un pendant indispensable à l'enseignement du cinéma expérimental.

S'il est incontestablement que Light Cone, fut la coopérative la plus dynamique en France au cours des années 90, cela ne doit bien sûr pas faire oublier les autres.

Pendant le même temps d'autres structures diffusent du cinéma et expérimental un peu partout en France, et
A.S.T.A.R.T.I., avec ses "Rencontres Internationales Art cinéma / vidéo / ordinateur" préfigure l'ouverture du cinéma expérimental à l'art vidéo et au numérqiue.


Ces trois facteurs enseignement / labos / distribution-diffusion ont permis d'offrir le terrain et le terreau à l'émergence d'une nouvelle génération.

Il n'y a pas eu de "désert du cinéma expérimental" dans les années 80/90, mais une pratique constante, associée à une ébullition grandissante et en devenir.

Le nyctalope web, le Manifeste, le site cineastes.net, etc… (et peut-être aussi Jeune Dure et Pure) sont la suite logique de ce mouvement qui s'est basé dès le départ sur la constitution d'un réseau fort, et sur une grande solidarité (chacun échangeant infos, enseignement, pratique etc etc)

Ce mouvement est national, européen, voire international.

°°


Pour ne pas conclure…


Vers la fin des années 2000, un élément important marque le paysage expérimental français, c'est la mise en commun des forces en présences.

D'une part l'enseignement du cinéma expérimental à permis la ressurgence de certains courants de pensée, ou de certaines structures et donc la mise en commun d'énergies historiques (temporelles).

D'autre part l'idée de réseau, héritée du mouvement des coopératives (réseau entre cinéastes), puis du mouvement des laboratoires indépendants (réseau entre cinéastes et entre structures) à permis la mise en commun d'énergies géographiques (spatiales).

C'est la conjonction de ces deux éléments, historique et géographique (temporel et spartial), qui fait la richesse du cinéma expérimental en France aujourd'hui.


Mais le cinéma expérimental ne saurait en aucun cas se résumer à ce qui se passe en France. Et pour l'appréhender dans sa vrai richesse, même si ce texte ne le fait pas, il serait indispensable de le faire dans son historicité de manière plus large et dans son internationalité.




*

Petite chronologie des laboratoires indépendants

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Colas Ricard, février 2003. / maj juillet 03






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notes

(1) En province de nouvelles structures apparaissent aussi. Mais globalement la nouvelle génération s'inscrit dans les structures déjà existantes. La concentration parisienne par contre nécessitte parfois la création de nouvelles structures.

(2) Il y a très peu de textes qui présentent une vision globale du cinéma expérimental.
Et même à se restreindre au cinéma expérimental français les écrits à vocation générale reste encore trop rares. Ce texte n'échappe pas à la règle : en se cantonnant au années 90, il éclipse les années précédentes, pourtant on ne peut plus primordiales. Un ou des autres textes devront combler ces manques.

(3) "The Birth of a labo - L'Abominable, MTK et l'histoire du réseau des laboratoires indépendants en France" - in
Jeune, Dure et pure !, sous la direction de Nicole Brenez et Christian Lebrat, Mazotta/Cinémathèque Française 2001 - p 519


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Birth of a labo - Pip Chodorov (version anglaise de l'article paru dans Jeune, dure et pure !)
http://www.sensesofcinema.com/contents/00/6/labo.html

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