page éditée le 24/02/03
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De quelques problèmes, à posteriori, du cinéma expérimental / février 2003
— par Colas Ricard —


avertissement

le terme "cinéma expérimental"

le champ de l'expérimental
définition
qu'est-ce que le cinéma ?
corporel / structurel
francophone / anglophone / international
art plastique ou cinéma
cinéma / vidéo / numérique
institutionnalisation / marginalité
militantisme / forme / fond
confidentialité
Genre, type, catégorie…



Avertissement 2003

Ce texte, en forme de lexique, voudrait étudier quelque "problèmes" récurrents au "cinéma expérimental". Problèmes notamment, théoriques, sémantiques, ou historiques.

Et voudrait le faire, avec un certain recul. Recul dans le temps, d'une part, c'est à dire à posteriori de l'histoire. Recul dans l'espace, d'autre part, puisque l'auteur de ces lignes, habitant en province, reste partiellement en retrait de la scène expérimentale parisienne.

Cette tentative de vision d'ensemble vient en bonne part, de la série d'entretiens réalisés en 98/99. Il aura fallu 4 ans, pour avoir le recul suffisant, et pouvoir commencer à analyser ces entretiens qui, malgré les manques, constituent "un instantané du milieu", de cette époque, que l'on peut trouver (toute proportion gardée) assez charnière dans l'histoire du cinéma expérimental en France.

À cette époque surgissait en France de nouvelles associations, tandis que d'autres revenaient sur le devant de la scène.

Peut-être finalement que se jouait à ce moment là, la réunion de toutes les forces passées, dans ce qui aujourd'hui constitue véritablement un réseau.

°

Ce texte est forcément subjectif, il ne saurait être exhaustif et définitif.

Ce texte parle peu de cinéastes, et encore moins de films, mais plutôt de tendances, de mouvements, et partiellement de structures.
Il s'agit là, dans un but analytique, d'une inversion, purement et simplement, du degré d'importance tel qu'il devrait être accordé : les films avant toute choses, les cinéastes ensuite et seulement après les structures, les mouvements et les tendances.





le terme "cinéma expérimental"

Le terme "cinéma expérimental" n'existe pas depuis l'origine de ce cinéma et regroupe des approches, des pratiques et des esthétiques très différentes.

De nombreux termes ont été proposés au cours de l'histoire pour désigner ces formes de cinéma. D'autres termes désignent ou ont désignés une portion historique, thématique ou méthodologique.
On pourra consulter la page qui recense une partie de ces termes.

Le terme expérimental est très loin de faire l'unanimité.

- Pour beaucoup (notamment le grand public) ce terme fait trop référence à l'idée de pure expérimentation, scientifique, gratuite, inachevée etc / Si ces expérimentations scientifique, gratuites, inachevées etc, peuvent aussi être, incluses dans le "cinéma expérimental", il ne saurait le définir entièrement et exclusivement.

- Pour d'autres il fait trop référence à l'esthétique et pas assez à sa pratique (artisanale, marginale…) et son économie (associative, coopérative…). Ce qui semblerait pouvoir le réduire à un "genre" esthétique. Sémantiquement parlant le terme expérimental peut faire référence à une pratique mais on revient alors au problème précédent.

- Pour d'autres encore il tend à cloisonner le cinéma qu'il désigne et devrait donc être abandonné. Selon son approche de ce cinéma, chacun aura tendance à lui préférer tel ou tel terme, généralement plus large : "cinéma" (qui pourrait inclure le cinéma commercial), "art du mouvement" (qui pourrait inclure l'art contemporain, les arts vidéo, et les nouvelles technologies), etc

Ce terme est utilisé ici faute de mieux.

 

Les textes qui traitent de la variété du cinéma expérimental ont généralement tendance à tout mélanger : termes historiques, thématiques ou méthodologiques. Ceux-ci correspondent pourtant à des champs lexicaux et à des niveaux d'études différents.

De même d'ailleurs que le cinéma traditionnel confond les types de récits (fiction, documentaire) et les techniques (animation)

Il est par exemple impossible de mettre sur le même plan le "found footage" (qui relève d'une méthode de travail) et le cinéma corporel (qui relève d'une thématique).

Il apparaît aujourd'hui absolument nécessaire d'établir une typologie du cinéma expérimental pour clarifier tout ça. Cette typologie devra notamment classer les pratiques "expérimentales".

Cette typologie devrait en outre pouvoir s'intégrer à une typologie plus large, tant du cinéma en général, que des arts plastique.

Car quoi qu'on en dise, il sera toujours nécessaire de nommer et classer les choses. Si le cinéaste peut tout à fait s'en passer, c'est en revanche absolument nécessaire au critique, à l'historien, et au chercheur.

Il conviendrait en outre d'écrire (en partant du cinéma expérimental comme point de départ) un livre sur l'ensemble du cinéma, où le cinéma narratif serait intégré comme cas particulier.
Il faudrait en fait 2 livres :
- un livre théorique (et éventuellement historique) sur l'analyse cinématographique, et sur ce qu'est le cinéma
- un livre pratique sur les techniques cinématographiques




le champ de l'expérimental

L'expérimental doit-il être un champ ouvert ou fermé ?

Faut-il inclure dans le "cinéma expérimental" :
- des pratiques de l'ordre de l'expérimentation (scientifique, pré-cinéma…) ?
- un cinéma artisanal, comme le cinéma amateur ou des familles ?
- des films conçus et fabriqués dans le circuit commercial et industriel qui font preuve d'une d'une créativité ? De même pour des films qui procèdent d'une approche, ou utilisent des procédés propre au cinéma expérimental ?
- un cinéma marginal (militant) utilisant une forme classique
- des pratiques proches dans l'esprit mais ne travaillant pas avec le même médium : art-vidéo, nouvelles technologies ?

Sans définition précise, il est impossible de répondre précisément donc pertinemment à ces questions.
Donc là encore chacun, selon son approche, possède sa vision de la chose.






définition

Un terme est une chose, une définition en est une autre.

On peut (tenter de) définir le cinéma "d'art et essais", la musique "classique", ou l'art "contemporain" bien qu'aucun de ces termes ne soit adapté sémantiquement parlant.

On peut trouver que tel terme est plus ou moins adapté (tel Léonard Berstein proposant le terme de "musique exacte" pour la musique classique dans l'un de ses célèbres Concerts pour les jeunes), mais dans tous les cas cela ne peut nous dispenser d'en donner une définition.

Au passage signalons que le fait que le cinéma traditionnel soit plus facile à définir, pourrait justement montrer que ce dernier est restrictif dans sa forme comme dans son contenu.


Le cinéma "expérimental" est trop souvent défini par la négative. Il faut dire que le cinéma traditionnel est tellement réducteur qu’il devient difficile de définir le cinéma expérimental en rapport à ce cinéma, autrement qu’en considérant le cinéma classique comme un cas particulier du cinéma au sens large, ce qui n’est pas la coutume.

Il y a dans "l'expérimental" des courants que tout opposent, ou plutôt que rien n'unis, sinon leur marginalité. Ces courants ont d'ailleurs pus au cours de l'histoire s'opposer, se quereller. Mais toujours leur marginalité les réunissent.

Pour que ces courants puisse enfin acquérir leur autonomie propres, c'est toute l'histoire et la situation du cinéma qu'il faut repenser.
L'économie et l'industrie ont crée leur cinéma. Mais l'art n'a que faire de l'économie et de l'industrie. Il faut, si l'on veut reconnaître le cinéma comme un art, repenser tout le cinéma, et intégrer le cinéma du récit, comme cas particulier de cet art cinématographique général. Ce travail reste à faire.

En attendant on peut essayer temporairement de définir le cinéma "expérimental" (à condition de garder à l'esprit que c'est un abus de langage, d'écriture ou de pensée).

Considérons cette définition comme une astuce théorique ou méthodologique, faute de mieux.


Il est possible de repérer des caractéristiques qui sans être ni exhaustives, ni systématiques, réunissent beaucoup de ces films marginaux :

Pour le définir autrement que par la négative on peut dire que c’est un cinéma qui est à la recherche d’un langage cinématographique propre, un art inséparable de son moyen d’expression ; et qui se donne les moyens de son ambition.

Les moyens esthétiques

- Élargissement des normes du cinéma commercial, trop arbitraires et trop restrictives (genre, durée, pellicule…), à tous les champs possibles du cinématographique. Chaque film s’organise selon une logique qui lui est propre.
- Narration complexe, fragmentaire, déconstruite, ou inexistante.
- La conception se fait généralement au cours du film : expérimentations et réflexions, tournage et écriture vont de pair.

Les moyens de production

- Le film est avant tout personnel : le cinéaste maîtrise l’ensemble des tâches de l'élaboration du film et souvent les effectue lui-même (prises d’image et de son, développement, montage…) C’est un cinéma de cinéaste (par opposition au cinéma d’auteur ou de réalisateur).
- Autoproduction et budget réduit.
- La distribution et la diffusion par le biais de structures parallèles (coopératives…)

Le cinéma dit "d’auteur" ou "d’arts et essais" est déjà un cinéma qui prends des distances avec les critères normatifs du cinéma traditionnel, mais s’inscrivant dans un système de production-distribution-diffusion commercial, il lui est souvent difficile de trop s’écarter de la norme.

 

qu'est-ce que le cinéma ?

Définir le cinéma expérimental, ou vouloir penser le cinéma dans sa globalité implique déjà de définir le cinéma.

La définition minimale pourrait faire référence à son médium :
Est cinéma tout ce qui travaille avec de la pellicule.

On pourrait ensuite citer Dominique Noguez :
"La projection sur un écran, devant des spectateurs assis, d'une image obtenue par le défilement d'un ruban de pellicule dans un projecteur" (in Éloge du cinéma expérimental)
Mais cette définition donnée par Noguez ne se veut pas une définition DU cinéma, et encore moins du cinéma expérimental, mais une définition réductrice, servant à mieux définir ensuite le "cinéma élargi".

Pour définir le cinéma au sens large il faut faire appel à plusieurs composantes.

Trois ou quatre composantes suffisent à définir le cinéma. Par exemple :

1) son médium : la pellicule (ou la lumière).
2) Sa mécanique : une machine créant un mouvement. / le projecteur.
3) Ses constituants : image et son.
4) Sa monstration : la projection.

Ces composantes sont la base du langage cinématographique.

Cette définition devra sans doute être revue un jour. Le langage courant nommant cinéma la salle dans laquelle on projette les films, tout ce qui y est projeté tend à devenir "cinéma" et donc les composantes 1 et 2 tendent à disparaître.

 

 

corporel / structurel

En simplifiant très largement les choses, on peut repérer 2 grandes tendances dans l'histoire du cinéma expérimental. Donner des noms à ces tendances est forcément risqué, et inadéquat.

Essayons tout de même.
Pour commencer on pourrait parler d'un cinéma plus "corporel" d'un côté et d'un cinéma plus "structurel" de l'autre.

Le cinéma corporel comprendrait toute la tendance corporelle (justement) des années 70, le cinéma du "je" (journal filmé, films militants…), le cinéma underground, le cinéma de la matérialité, et tous ceux qui se revendiquent plutôt d'un cinéma "personnel".

Le cinéma structurel comprendrait les avant-gardes des années 20, tout le cinéma structurel (justement) des années 60, les autres approches sérielle ou minimale, le lettrisme, le cinéma conceptuel ou qui interroge son médium, et tous ceux qui se revendiquent plutôt d'un cinéma "formel".

Il va de soi que de nombreux cinéastes, peuvent d'un film à l'autre, ou dans un même film, tenir de ces différentes approches.

°

Pour ce qui est de la France, on peut dire en schématisant que les deux coopératives nées dans les années 70 se différencient selon ces 2 tendances :
- Le Collectif Jeune Cinéma (1971) sous le nom de "cinéma différent" plutôt proche d'un cinéma corporel pouvant inclure un cinéma issu de la littérature.
-
La Paris Film Coop (1974) plutôt proche d'un cinéma structurel pouvant inclure un cinéma scientifique ou d'animation.

 


francophone / anglophone / international

Par son essence même le cinéma expérimental est international.

La plupart du temps peu narratif et peu dialogué, il est accessible et compréhensible par tous, quel que soit sa langue maternelle.

Cette caractéristique à d'ailleurs permis justement de faire éclater les frontières. Un autre élément étant que la minorité et la marginalité engendre la solidarité et les échanges.

En matière d'expérimental, il est très difficile de parler d'un cinéma national (quelque soit le pays) car les échanges et transferts ont été (et reste encore) très forts.

Paris en particulier et la France en général, à toujours été (et notamment dans les années 20) artistiquement parlant, international, car accueillant des personnalités de tous pays.

Cela dit, un certains nombres de films ou cinéastes utilisent la parole ou le texte, donc une langue précise. Par ailleurs les États-Unis et la France, sont en effet, historiquement et en quantité de films produits, les 2 plus importants pôle de création en matière de cinéma expérimental. Il est donc possible dans une certaine mesure de repérer 2 tendances, 2 langues principales : francophone et anglophone.

Par faute de possibilité de sous-titrage, ces 2 champs peuvent être encore partiellement séparés lorsqu'il s'agit de films utilisant le texte ou la parole.

En revanche dans les autres cas, cette séparation est aujourd'hui quasi obsolète.

 

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En France, dans les années 80 un passage de relais se fait. Une nouvelle coopérative apparaît : Light Cone (1981), tandis que le Festival international du jeune cinéma d'Hyères, principal moteur du Collectif Jeune Cinéma, cesse d'exister (1983). Le Collectif confiera bientôt sa collection de films à Light Cone (1989).
Cette nouvelle coopérative participera à installer en France (plus amplement qu'avant) le cinéma anglophone. Espérons qu'aux États-Unis pareille chose puisse avoir lieu un jour avec une telle ampleur pour le cinéma expérimental francophone.

 

 

art plastique ou cinéma

L'ambivalence art ou cinéma semble avoir toujours existé dans le cinéma expérimental.

Dans les années 20 ou 50 en Europe la pratique du cinéma expérimental est très fortement lié à la fois aux arts plastiques et au cinéma. Dans les années 60/70 en Amérique la France se rapproche sans doute plus du cinéma, tandis que le lien aux arts plastiques se retrouve plus au États-Unis.

Aujourd'hui il paraît de plus en plus impossible de minimiser ou méconnaître l'un ou l'autre de ces 2 aspects. Et c'est sans doute d'ailleurs une des raisons (cette ambivalence) qui fait que le cinéma traditionnel comme les arts plastiques ne pourront jamais tout à fait s'approprier le "cinéma expérimental". Il se positionne presque de fait comme un troisième champ intermédiaire entre ces deux autres.

Il serait sans doute un peu absurde de prétendre aujourd'hui que le cinéma expérimental appartient exclusivement aux arts plastiques.
Il serait sans doute un peu absurde de prétendre aujourd'hui que le cinéma expérimental appartient exclusivement au cinéma.
Sa spécificité même est d'être entre ces deux champs.


°

En France, dans les années 80 Light Cone (1981) défend l'idée d'un cinéma expérimental comme pratique artistique plus que comme pratique cinématographique.
Le nom même de Light Cone (cône de lumière), contrairement aux deux autres coopératives Collectif Jeune Cinéma et Cinédoc/Paris-Film-Coop, ne fait plus directement référence au cinéma, mais à un "art de la lumière".

La Cinémathèque française (ou tout autre cinémathèque) défend naturellement le cinéma expérimental du point de vue du cinéma dans son ensemble.
Le Centre Georges Pompidou et le Musée National D'art Moderne, choisissent naturellement de mettre l'accent sur la dimension artistique du cinéma expérimental. Il utilise le terme "l'art du mouvement" pour désigner leur collection de films. Dans le même esprit les Archives du Film expérimental d'Avignon (AFEA) utilisent l'expression "l'image en mouvement".



cinéma / vidéo / numérique

La querelle cinéma/vidéo ne date pas d'hier.

Faut-il donner plus d'importance au médium (pellicule ou magnétique) ou à sa monstration (salle, ou "petit écran") pour déterminer ce qui est ou non du cinéma ?

Concernant le cinéma expérimental, le médium est évidemment plus important que dans le cinéma traditionnel, car il peut être en lui-même l'objet du travail. En outre dans son rapport aux arts plastique, le cinéma expérimental ne peut qu'accorder une place importante au médium.

Cela dit cela dépend aussi si on donne plus d'importance au terme "cinéma" (donc au médium) ou au terme "expérimental" (donc à une "pratique expérimentale" pouvant alors être trans-média ou trans-disciplines)

L'hybridation des media, qui est aujourd'hui devenue monnaie courante, tend en outre à rendre difficilement identifiable le matériau utilisé. L'affirmation de l'importance de la connaissance du médium n'en est du reste sans doute alors que plus grande.

Si le cinéma en pellicule disparaît des salles commerciales, une nouvelle donne sera sans doute à faire.
Peut-être que le cinéma expérimental (qui est défini entre autre par son médium) restera seul à utiliser le médium pellicule, tandis que le "cinéma" commercial deviendra tout numérique.
Peut-être que le cinéma expérimental et l'art vidéo fusionneront dans un "art du mouvement", "un art de la lumière et du son", ou autre chose

Qu'adviendra t-il du cinéma expérimental, si l'industrie cesse de fabriquer des pellicules ?

°

En France, A.S.T.A.R.T.I. (1985) fait partie dans le monde du cinéma expérimental, des premiers à avoir accepté de s'ouvrir à la vidéo et aux arts numériques.

 

 

institutionnalisation / marginalité

Le cinéma expérimental, est par nature marginal.
Évidemment, sa qualité n'est pas proportionnelle à son institutionnalisation ou à ses subventions.

Mais il se trouve être le seul art expérimental à être aussi mal reconnu.
Car l'art, la musique, la danse ou le théâtre… "contemporains" n'ont pas d'équivalent au cinéma. Le cinéma "d'art et essais", d'un classicisme sidérant, ne saurait en tout cas pas se prétendre artistiquement à la hauteur de ces autres domaines.
Jusqu'à il y a très peu de temps le cinéma expérimental restait étrangement absent de "l'histoire du cinéma", de l’histoire officielle, telle qu’elle est énoncée par les critiques dans les livres, revues, encyclopédies ou documentaires. Cela change un peu mais reste extrêmement minime, en rapport à la diversité, dudit cinéma "expérimental".

La priorité consiste donc sans doute à faire re-connaître ce cinéma pour sa valeur, son histoire, ses apports, tant à l'histoire du cinéma qu'à l'histoire de l'art.
L'institutionnalisation ou les subventions sont à la fois facultatifs, et en même temps devrait aller de soi lorsque cette reconnaissance aura eu lieu.

Cette reconnaissance permettrait en outre probablement la sauvegarde d'un patrimoine désormais en péril.

Évidemment, de quelque ampleur, que puisse être une éventuelle institutionnalisation, une marginalité militante restera toujours absolument nécessaire et de toute manière inévitable et incontrôlable.

Toujours est-il que si institutionnalisation, il doit y avoir, elle doit tenir compte de la spécifié de l'expérimental et notamment de son ambivalence art et cinéma.
Le cinéma traditionnel doit reconnaître l'expérimental comme du cinéma à part entière, mais il doit aussi le laisser exister en tant qu'art autonome. Et de même pour les arts plastique.




militantisme / forme / fond

Est-ce le film qui importe pour lui-même, ou est le débat qu'il est susceptible de provoquer ? Est-ce le film qui importe, ou est la rencontre qu'il provoque ?

Dans une première approche, on peut affirmer que la forme devrait toujours être en adéquation avec le propos et qu'il paraît donc primordial pour un film militant d'être militant autant dans sa forme que dans son contenu. On ne saurait avoir un propos véritablement militant ou alternatif avec une forme qui est celle du cinéma dominant.

Mais faut-il pour autant en conclure que le film importe plus, que la rencontre qu'il provoque ?

Une "manifestation", un "mouvement social" à plusieurs rôles :
- il lutte contre quelque chose de précis (revendications)
- il constitue par lui même une forme de réponse contre le système qu'il critique

Autrement dit pour revenir au cinéma, celui-ci doit sans doute trouver une forme militante pour un propos militant, mais cela à tous les niveaux : non seulement en terme de film, mais aussi en terme de projection et de rencontre du public.

C'est pourquoi il est très difficile en définitive d'affirmer que le film importe plus, que la rencontre qu'il provoque ?

C'est peut-être particulièrement pour le cinéma militant que de nouvelles formes de diffusions peuvent être pensées.

 

confidentialité

Le cinéma expérimental n'est pas éternellement voué à la confidentialité.

Cela dit sans pour autant pouvoir être taxé de confidentialiste, on est en droit de préférer
- des séances avec peu de monde (pour une relation plus humaine et conviviale avec le public)
- un seul spectateur ravi par le film, plutôt que mille qui trouve le film plaisant – autrement dit préférer l'intensité de la réception plutôt que la quantité de spectateurs satisfaits.

 

Genre, type, catégorie…

Le cinéma dominant fait généralement appel à une terminologie littéraire pour définir ses films. Les thèmes que l'on peut y déceler sont proches des thèmes littéraires (aventures, comédie, science fiction, historique, guerre…) plus quelques thèmes plus spécifiquement cinématographique (road movie, comédie musicale…)

les autres classification utilisé par le cinéma dominant, sont la durée (ou le métrage : long, moyen ou court) et le pays de fabrication. ces deux classifications font appel à une nécessité purement commerciale

Le cinéma expérimental ferait lui plutôt appel à une terminologie concernant le champ de l'histoire de l'art.

Enfin une autre classification (qui confond techniques et type de récit) utilisée par le cinéma dominant, est la triade fiction, documentaire, animation. Parfois vient s'ajouter en quatrième le court-métrage ou l'expérimental, dans une confusion sémantique absolue.

Si l'on tient à classer le cinéma par "genre" (il faudrait dire plutôt par catégorie), on peut imaginer différentes manières de de le faire :

en rapport à ce que présente le film :
- fiction
- essai
- documentaire
- reportage
- "expérimental" (au sens esthétique du terme)

en rapport à ce qui le conçoit et le fabrique :
- de techniciens (commercial)
- d'auteur ou de réalisateur
- expérimental ou de cinéaste
- amateur

en rapport au mode d'expression :
- narratif (fiction, documentaire…)
- non narratif ("expérimental"…)

en rapport a des considération socio-culturelle :
- officiel
- marginal, alternatif
- militant

en rapport a des considération économique :
- commercial
- associatif, coopératif

en rapport au mode de fabrication :
- industriel
- artisanal

en rapport à sa durée, son métrage :
- long métrage
- moyen métrage
- court métrage

etc

°

Quoiqu'il en soit le cinéma expérimental à du mal à entrer dans une case et à fortiori dans celle qu'on voudrait lui donner.

Le cinéma expérimental aujourd'hui est avant tout une pratique et une esthétique.
Il est international.
Il appartient autant au champ du cinéma qu'à celui des arts plastiques.

Voilà pourquoi il ne saurait être digéré par le cinéma commercial ou industriel, et encore moins, être réduit par lui à un simple "genre".

 




Colas Ricard, février 2003 /maj juillet 03





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